21 octobre 2008
les aveux tardifs de l’ancien ministre de l’intérieur, Autopsie de la fraude électorale sous le président Habib Bourguiba
Blog de Sami Ben Abdallah www.samibenabdallah.com
Que sont-ils devenus ?
Taher Belkhoja
Plusieurs fois Ministre sous Habib Bourguiba (dont le Ministère de l’intérieur), il a connu une longue traversée du désert, A partir de 1983, marquée par de longues périodes d'exil parisien. Condamné, en octobre 1988, à deux ans de prison avec sursis pour détournements de fonds, il est rentré au pays l'année suivante. Il passe aujourd'hui l'essentiel de son temps à Mahdia, sa ville natale, à 200 km de Tunis.
Source: JeuneAfrique du 26 décembre 2000 + Divers
Driss Guiga :
Ministre de l’Intérieur jusqu’à 1984, jugé responsable politiquement des émeutes du pain en 1984 (bilan officiel 70 morts), un rapport gouvernemental, publié en avril, dénonce la négligence et la corruption des patrons de la sécurité nationale(Driss Guiga aurait été accusé d’être impliqué dans une affaire de commissions occultes suite à l’achat d’équipement pour la police tunisienne de l’Argentine. ). Il a été condamné à 10 ans de travaux forcés.
Exilé à Londres à partir de 1984, il travaille comme conseiller de l'homme d'affaires saoudien Chamseddine el-Fassi, président d'une fondation pour... la promotion du soufisme (sic !).(..)
Le 8 novembre 1987, soit vingt-quatre heures après la destitution de Bourguiba, Driss Guiga débarque à l'aéroport de Tunis-Carthage ».(..) L'ancien ministre de l'Intérieur passe treize jours à la prison civile de Tunis.
Le 13 décembre 1987, il est condamné à cinq ans de prison... avec sursis. Et donc relâché.(..) À 80 ans, l'ancien ministre de l'Intérieur de Habib Bourguiba coule des jours tranquilles à Hammamet, station balnéaire située à 60 kilomètres de Tunis
Source, JeuneAfrique du 17 avril 2005 + Divers
Extrait du livre «les trois décennies Bourguiba » de Tahar Belkhoja

Habib Bourguiba avec le Premier ministre M. Mohamed Mzali
Le XIème congrès du PSD se tint le 10 avril 1981 et eut son moment fort lors de la proclamation historique de Bourguiba en faveur du pluralisme :
« Le degré de maturité atteint par le peuple tunisien, les aspirations des jeunes et l’intérêt qu’il y a à faire participer tous les Tunisiens, quelles que soient leurs opinions à l’intérieur ou à l’extérieur du parti dans la prise de décision, nous invitent à dire que nous ne voyons pas d’objection à ce que des organisations nationales politiques ou sociales voient le jour ».
Les congressistes se levèrent alors comme un seul homme, applaudirent longuement et frénétiquement avant d’entonner l’hymne de l’Indépendance.
(...)
L’opposition dénonça avec véhémence la fraude électorale.
Le ministre de l’Intérieur (Driss Guiga) répondit que si des bavures avaient pu avoir lieu, elles ne faussaient pas le sens du scrutin
Le parlement répondit: "Les recours de l’opposition étaient parvenues à l’Assemblée nationale après la réunion de la commission de vérification des mandats"
Le Premier ministre Mohamed Mzali déclara : « Sur le plan arithmétique, pas un seul opposant ne méritait d’être élu. Pas un seul ne peut prétendre avoir obtenu assez de voix pour être élu »
Mohamed Mzali écrira plus tard en 1988, dans sa « Lettre ouverte à Bourguiba » : « En 1981, Guigua m’avait confié que le Président avait ordonné une victoire totale des listes du PSD ; un commando s’était même rendu, la nuit du dépouillement du scrutin, au siège du gouvernorat de Tunis, pour y trafiquer les résultats... ». Mzali le savait donc ! et ne le révélait publiquement qu’à partir de Paris. Nous [ Taher Belkhoja et les autres ministres]le savions aussi, mais par ouï-dire : nous avions suivi de près les excès de zèle du gouverneur de Tunis soutenu par l’entourage du Président, mais personne n’osait le confirmer précisément.
Au fur et à mesure que la campagne électorale progressait, il se révéla très vite que la population éprouvait de l’engouement pour les opposants. Les interventions de Mestiri étaient percutantes et soulevaient les véritables problèmes économiques du pays. Notre Premier ministre, Mzali, se targuait, lui, des performances de “son” bilan dans toutes ses allocutions.
La crispation devint vite évidente devant le risque de voir basculer l’opinion vers l’opposition. Les listes du Parti communiste étaient conduites notamment par son secrétaire général, Mohamed Harmel à la Marsa, et par le vétéran Mohamed Ennafa à Gafsa. Le MUP était notamment représenté à Sousse par son président, Mohamed Bel Haj Amor. Pour le MDS, Dali Jazi est à Nabeul, mais ce sont surtout les deux listes concurrentes de la capitale qui créaient “l’événement”. Ahmed Mestiri, président du MDS en conduisait une composée d’hommes de bonne réputation comme maître Abderrahman Hila et docteur Hachmi Ayari... Le premier incident fut celui des pressions exercées à l’encontre de maître Hila pour l’amener à renoncer à la dernière minute à sa candidature et faire ainsi invalider la liste de Mestiri. Mais la manœuvre échoua, dans la mesure où il se retira à temps et put être remplacé in extremis par un autre candidat qui permit à la liste de se maintenir. En face, la liste du Front national était conduite par un autre Tunisois, Beji Caïd Essebsi, de retour au PSD après sa dissidence du MDS.
Paniqués devant la perspective de voir Mestiri et ses amis l’emporter haut la main devant Caïd Sebsi, on s’employa, surtout au palais, à raviver l’hostilité de Bourguiba à l’égard de Mestiri qui semblait mieux représenter la capitale, où les figures historiques, comme Mongi Slim et Taïeb Mehiri, avaient disparu. Au fur et à mesure que la campagne électorale progressait, la popularité de la liste du PSD s’effondrait. L’inquiétude s’installa provoquant un tournant brutal qui allait compromettre toute la construction démocratique. Les événements vont dès lors se précipiter. Le ministre de l’Intérieur s’entretient avec le chef de l’Etat, puis se rend immédiatement à Monastir où le Premier ministre faisait sa campagne. La décision est aussitôt prise de revenir à la tradition : la victoire absolue du PSD.
La veille du scrutin, des escarmouches sont provoquées tandis que le jour du vote, les militants du PSD s’affrontent aux observateurs de l’opposition. La police n’intervient que mollement. Devant la multiplication des bavures, l’opposition commet l’erreur de retirer volontairement dès midi ses observateurs de certains des 12 000 bureaux de vote. Les responsables locaux entrent alors en action, et les “opérations de vote” reprendront comme d’antan.
En fait, les dés étaient déjà jetés bien avant le scrutin, en faveur du parti au pouvoir. Les listes électorales étaient en effet établies — et non actualisées — par les municipalités, totalement contrôlées par le PSD. La campagne d’information et de sensibilisation pour l’inscription sur les listes électorales et leur révision avait été bien timide. Dans les pays démocratiques comme la France, le contrôle est opéré souvent au moyen du fichier électoral de l’Institut national des statistiques (INS) : l’inscription des électeurs s’effectue d’office, au fur et à mesure qu’ils remplissent les conditions d’âge. En Tunisie, les listes électorales étaient incomplètes ou périmées, mais finalement les bordereaux attestaient le vote massif de tous les inscrits.
Dès lors, avec un taux de participation de 85 % de votants, les résultats proclamés le 2 novembre donnèrent au Front national 94,6 %, le MDS n’obtenant que 3,2 %, le MUP 0,8 % et le PCT 0,7 %.
L’opposition dénonça avec véhémence la fraude électorale. Le ministre de l’Intérieur répondit que si des bavures avaient pu avoir lieu, elles ne faussaient pas le sens du scrutin. Les plaignants se tournèrent vers l’Assemblée nationale qui, dès l’ouverture de la première session le 9 novembre, rejeta les recours de l’opposition et valida les résultats déclarant : “Les recours de l’opposition étaient parvenues à l’Assemblée nationale après la réunion de la commission de vérification des mandats”. Le Premier ministre Mzali déclara : « Sur le plan arithmétique, pas un seul opposant ne méritait d’être élu. Pas un seul ne peut prétendre avoir obtenu assez de voix pour être élu ». ...Pourtant, « jamais fraude ne fut aussi systématique et grossière », constataient près de 50 journalistes internationaux invités par le ministère de l’Information pour témoigner sur ce qui devait être, au départ, une grande manifestation démocratique.
Trois jours après le scrutin, le bureau politique du parti se réunit : le ministre de l’Intérieur est interpellé expressément sur les résultats,notamment par Moalla, quelques camarades et moi-même. Il se refuse à tout commentaire se contentant de répéter : « J’ai fait mon compte rendu au Président ». Il ne consent même pas à nous livrer la moindre information sur les résultats réels du scrutin, notamment à Tunis-capitale, Medenine, Jendouba ou à Kasserine où leur proclamation s’était faite avec beaucoup de retard et où différentes sources nous apprirent l’effondrement du parti. Je demandai en vain qu’on nous informe au moins sur nos faiblesses dans certaines régions pour adapter notre action. Rien n’y fit.
Mzali écrira plus tard en 1988, dans sa « Lettre ouverte à Bourguiba » : « En 1981, Guigua m’avait confié que le Président avait ordonné une victoire totale des listes du PSD ; un commando s’était même rendu, la nuit du dépouillement du scrutin, au siège du gouvernorat de Tunis, pour y trafiquer les résultats... ». Mzali le savait donc ! et ne le révélait publiquement qu’à partir de Paris. Nous le savions aussi, mais par ouï-dire : nous avions suivi de près les excès de zèle du gouverneur de Tunis soutenu par l’entourage du Président, mais personne n’osait le confirmer précisément.
Ces élections furent un scandale pour l’opinion nationale et internationale : « Le pluralisme se pratique en solitaire. Le pouvoir danse sans cavalière », titrait L’Express (6 novembre 1981).
« Après le grand espoir, c’est la surprise et le désarroi (...) Que les manipulateurs du scrutin aient pu agir avec une telle désinvolture dépasse l’entendement, [puis avec humour], le scrutin, disent les Tunisiens, a été comme le henné : vous mettez la poudre sur la peau, c’est vert, vous l’ôtez, c’est rouge », écrira Jeune Afrique (18 novembre). [Le vert était la couleur des bulletins de vote en faveur du MDS, le rouge celui des bulletins du PSD].
A la manière du « J’accuse » d’Emile Zola, [à propos de l’affaire Dreyfus, en France au début du siècle], l’Avenir, organe en langue française du MDS, écrira à la une et sous la signature de Mestiri : « J’accuse le ministre de l’Intérieur, les gouverneurs et les délégués d’avoir falsifié les résultats du scrutin. Les résultats officiels proclamés ne sont pas conformes au choix du peuple. La loi a été bafouée ».
Mohamed Harmel — un bon camarade de collège — leader du Parti communiste, déclarera : « les résultats sont ridicules, c’est un coup porté au prestige de notre pays ».
Le ministre de l’Intérieur répond, dans le journal Essabah que « ces accusations (...) constituent une tentative claire de semer le doute à propos de notre marche démocratique et de semer aussi la division au sein des membres du gouvernement ».
Pour ma part, je déclare au même quotidien : « La victoire du PSD est une victoire à la Pyrrhus, puisque des composantes politiques de la société ne sont pas représentées au parlement qui, par définition, est le lieu de rencontre des acteurs politiques dans tout système démocratique. La question qui se pose est de savoir si nous allons continuer à consolider cet Etat, en faisant évoluer rapidement ses structures et les adapter à la nouvelle situation que connaît le pays ? »
Ainsi, comme en 1970, une belle parenthèse était fermée ; le système s’était entrouvert un laps de temps pour se replier rapidement sur lui-même. Avec quelques camarades politiques et notamment Moalla et Karoui, nous étions bien déconcertés. Nous aurions dû alors nous déterminer et prendre la décision de démissionner. Je me bornai à déclarer à un journal saoudien : « La démarche démocratique est difficile, mais il n’y a rien de définitivement perdu... L’évolution des hommes et des mentalités imposera bien un jour les changements nécessaires » (Okadh du 21 juin 1982).
06:59 Publié dans La fraude électorale sous le Président Bourguiba, La répression de l’opposition en Tunisie, La Tunisie sous le Président Habib Bourguiba, Tunisie, les idéaux de l’indépendance trahis, Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, tunis, tunisien, tunisienne, com, www

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