11 novembre 2008

Ben Ali le sauveur? par François Bécet: Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie

Blog de Sami Ben Abdallah www.samibenabdallah.com

 

"L’histoire de la Tunisie ne commence pas en 1987, elle se poursuit en 1987.il y a eu la fin de l’ère Bourguiba, qui n’était pas très heureuse, malheureusement, ni très glorieuse en raison de l’âge du père de l’indépendance. mais je n’ai jamais vu, par exemple, ces donneurs de leçon s’insurger contre Bourguiba, qui descendait dans les prétoires des tribunaux pour dire aux présidents de tribunal, en cas de divorce, par exemple:  toi, tu n’y comprends rien au droit, moi, je vais ‘expliquer qu’est ce-que c’est que c’est le droit(…). Tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans doute (..), mais ça va mieux là qu’ailleurs, et ‘est un fait, même si cela déplaît à certains journalistes (..)"

Antoine Sfeir cité par François Bécet, "Ben ali et ses opposants", page 127. Francois BECET est journaliste à l’ALSACE où 1255744296.2.jpgil a longtemps dirigé les services politiques. Spécialiste des questions internationales, il a effectué de nombreux séjours en Tunisie et a pu suivre l’évolution du pays.. Extrait de «  Ben Ali et ses faux démocrates », François BECET, p 19 et suivantes, Editions PUBLISUD, octobre 2004.Retranscris par SBA qui vous recommande d’acheter le livre.

*C’est nous qui avons choisi le titre

 

 

 

Sans Zine El-Abidine Ben Ali, la Tunisie serait un pays de cauchemar, elle aurait succombé aux assauts des islamistes ou serait tombée dans des affrontements meurtriers. Le 7 Novembre 1987, il a pris en main les destinées d’une nation qui s’interrogeait sur son avenir, le voyait sombre et discutait avec inquiétude des risques d’une succession »musclée ». Il l’a arrachée  à la faillite dans laquelle la sénilité et l’incapacité du père [ Bourguiba] la plongeaient. Puis il a su préserver le capital et le faire fructifier de belle façon.

Et ce fut le Changement, la réconciliation, la remise au travail et la remontée des tunisiens, de la Tunisie. Une œuvre difficile qui a demandé une volonté sans faille. Aujourd’hui, le pays de Bourguiba et de Ben Ali se porte plutôt bien et fait figure d’exception et de modèle sur le continent africain.

Beaucoup voudraient ignorer ces réalités pour n’en retenir qu’une : la poigne de Ben Ali. Oui, le président gouverne sans faiblir un pays centralisé. Oui, il y a eu et il y a encore des abus, des excès et des  bavures. Mais si l’on veut se donner la peine d’aller au fond des choses, de scruter avec attention ce qui s’est passé au cours des deux dernières décennies en Tunisie et chez ses voisins, on aboutit vite à la conclusion que seul un régime fort pouvait sauver l’ancien protectorat français.


 

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près de dix-sept ans ont passé. L’heure d’un bilan et aussi d’une projection dans l’avenir. Zine El-Abidine Ben Ali a su faire entrer la Tunisie dans le nouveau siècle en lui forgeant des armes pour surmonter tous les défis. Sa principale «vision » politique a été de signer, en 1995, le premier accord de partenariat d’un pays du sud de la Méditerranée avec l’Union Européenne. Un pari risqué qui coûte et coûtera cher, en devises et en emplois, mais indispensable pour se hisser, demain, au niveau des pays développés.

 

Depuis 1987, la classe moyenne s’est largement accrue pour représenter à peu prés 70% de la population, la pauvreté  a été réduite à quelques pour cent, le niveau de vie régulièrement progressé, l’économie s’est diversifiée et l’expertise tunisienne en bien des domaines, y compris technologiques, est reconnue au-delà du continent africain.

 

Des ratés pèsent pourtant sur ce bilan globalement positif. Les libertés personnelles et politiques ont pris un retard que les amis de la Tunisie souhaitent voir comblé le plus rapidement possible. La société, dont les élites sont largement aux « normes » européennes s’impatiente, désireuse qu’elle est de jouer un rôle plus actif dans la marche de son pays. La Tunisie bouillonne pacifiquement, attend la nouvelle étape

Elle a besoin d’un nouveau changement, d’un bond qualitatif pour atteindre le niveau de libertés que ses citoyens méritent.

La Tunisie, comme en 1987, et même s’il n’est pas de même nature, semble au bord de ce nouveau sursaut.

Dans son palais de Carthage, le président Ben Ali en est conscient et le sujet est évoqué dans son entourage, sur un ton qui n’était pas de mise ces dernières années.

( …)

« façade, mensonge », crient les bruyants détracteurs du régime. des violations des droits de l’homme et la corruption sont la marque du président et de ses roches, assènent-ils. Et ces zélés défenseurs des droits de l’homme, sans même prendre le temps d’une analyse d’une analyse globale, frappent à coups redoublés sur le régime.

 

Réceptifs et peu curieux, des hommes politiques et des ONG répercutent et amplifient les accusations et décernent, avec une facilité suspecte, le brevet de démocrates à des opposants provocateurs et manipulateurs. Le vrais opposants travaillent à Tunis sans se donner en spectacle.

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Les contemplateurs de Ben Ali- qui affirment tous, la main sur le cœur, agir en toute amitié –emploient trop les mots avec une liberté coupable. Et ils dénient toute crédibilité au président, à ceux qui soutiennent son action, à ceux qui s’efforcent de comprendre le pays et refusent de le voir uniquement en noir et blanc.

 

Les «bavures » commises par les autorités et la police sont réelles. Autorisent-elles pour autant les propos haineux et excessifs souvent tenus par l’opposition radicale et leurs alliés à l’encontre du pouvoir tunisien ?  On ne peut tenir une telle balance. Ou alors, sur ces plateaux, il faudrait également peser toutes les réalisations positives et l’affection réelle que porte le peuple à son Rais.

 

Il faut être de mauvaise foi pour condamner irrémédiablement la Tunisie de Ben Ali au seul fait de manquements aux droits à l’expression libre. Une mauvaise foi inverse conduirait à tout pardonner, tout admettre au nom de l’environnement géopolitique difficile et la nécessité de vaincre l’islamisme. le régime n’est pas exempt de reproches qu’il faut détailler afin qu’ils soient corrigés. On ne peut dire qu’il existe des violations qui seraient acceptables au regard du développement économique, de l’élévation du niveau de vie. Il faut être clair  et ne tolérer aucune atteinte aux droits de l’homme. et la Tunisie a encore beaucoup de progrès à faire.

En même temps, on ne peut qu’être en désaccord avec ceux qui se livrent à un véritable harcèlement, transforment les faits et montent en « affaire » le moindre incident. Dans n’importe quel pays de libertés, comme la France, les Etats-Unis, l’Allemagne ou la grande Bretagne, on pourrait publier « des livres noirs ». mais qui tromperaient-ils ? alors qu’à propos de la Tunisie…

 

La répression des islamistes et des oppositions :

les deux thèses qui divisent la Tunisie*

 

*C’est nous qui avons choisi le titre.

Extrait de «  Ben Ali et ses faux démocrates », François BECET, p 119 et suivantes, Editions PUBLISUD, octobre 2004.

Francois BECET est journaliste à l’ALSACE où il a longtemps dirigé les services politiques. Spécialiste des questions internationales, il a effectué de nombreux séjours en Tunisie et a pu suivre l’évolution du pays.

 

En Tunisie, si les arrestations sont bien moins arbitraires que ne le prétendent les opposants, le comportement des forces de police laisse parfois à désirer.

(..) la Tunisie n’a jamais tout nié en bloc ni prétendu que des faits déplorables se passent sur son sol. Elle a simplement affirmé qu’elle luttait contre les violences policières qui étaient signalées (des condamnations sont prononcées) et qu’elle demandait du temps pour se hisser au rang des démocraties vertueuses et volontiers donneuses de leçons.

Violations, oui,. Crainte  des extrêmes, oui. Systématisation, non. Les défenseurs des droits de l’homme sont dans leur rôle quand ils dénoncent les manquements, mais ils se trompent et versent dans le domaine politique quand ils prétendent que le pouvoir ne se maintient que par la force et la terreur. (..)

Le fond du problème des droits de l’homme et de leur respect s’appeler islamisme. Un problème que Zine El-Abidine Ben Ali connaît mieux que quiconque, puisqu’il y a déjà été confronté du temps de Bourguiba.

Si l’on considère qu’ils représentaient un danger réel –interrogez les Tunisiennes et les Tunisiens -, on comprend vite que le ministre de l’intérieur, Premier Ministre, puis président a manœuvré avec maestria pour écarter le danger à défaut de pouvoir l’éliminer. Ce fut, bien sûr, au danger à défaut de pouvoir l’éliminer. ce fut, bien sur, au détriment des droits de ceux qui furent arrêtés, parfois pour peu de choses, pour une distribution de tracts, pour un soupçon. Stricto sensu, les droits de l’homme ont été gravement violés dans certains cas ; dans d’autres, des actes criminels avérés étaient opposables à ceux qui se prétendaient emprisonnées du seul fait de leur foi.

Aujourd’hui, quelque six cents prisonniers d’opinion- le régime leur conteste ce titre et parle de quatre cent cinquante soi-disant prisonniers d’opinion- restent dans les prisons tunisiennes encore plus surpeuplées que les françaises (le combat de ong est peut-être à mener à ce niveau..), l’immense majorité étant des islamistes. un nombre sans cesse à la baisse qui pourrait prouver que l’on n’a plus guère, en 2004, jeté en prison uniquement en raison de ses opinions.

Si l’on estime, en revanche, que le danger islamiste a été exagéré dans le seul but de mater toute l’opposition démocratique, on peut croire que le régime est  bien liberticide. cette thèse est mise en avant aujourd’hui par une partie de l’opposition qui justifie ainsi son rejet viscéral du chef de l’Etat. et sa demande d’amnistie.

Ceux qui lisent l’histoire sans arrière-pensées, qui ont suivi, atterrés, le drame algérien nourri en partie  de idées du tunisien Rached Ghannouchi et constatent aujourd’hui les ravages terroristes des islamistes inspirés par Al-Quîda, ceux-là savent que le combat de Ben Ali était le bon, le seul capable de préserver la Tunisie. (..)

La lutte contre Rached Ghannouchi et ses affidés a fait des dégâts, laissé des traces au sein de la population tunisienne, de traces qu’il faut atténuer, effacer. En ouvrant de nouveau le jeu politique –pas aux islamistes cependant- en ouvrant les prisons pour faire disparaître un nuisible abcès de fixation.

 

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