18 novembre 2008

Le projet du Coup d’Etat islamiste : Pourquoi le 8 Novembre 1987 ?

Blog de Sami Ben Abdallah www.samibenabdallah.com

Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie

Lire aussi:

Le projet du Coup d’Etat islamiste du 8 novembre 1987 (1).Cliquez ICI

Le projet du Coup d’Etat islamiste du 8 novembre 1987 (2).Cliquez ICI


Rappel des faits par Sami Ben Abdallah

 

Le MTI désigne dans le texte : le Mouvement de la Tendance Islamique.Ce dernier (Selon l’islamologue François Burgat ) a donné naissance à :

en Nahdha,

au groupuscule appelé « parti de la libération islamique » : Il s’agit de la section tunisienne du parti (international) de libération islamique (pli).

Au groupuscule appelé : « Le jihad islamique »

A un groupuscule « pro-iranien »,

A la Gauche islamique : « les islamistes progressistes (appelés aussi 15-21) »

 

 

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Un Premier extrait qui rappelle la situation de Tunisie avant Novembre 1987 :


 

Interview accordée par le Président Zine El Abidine Ben Ali à l'hebdomadaire « Le Nouvel Observateur » (parue dans l'édition du 9-15 septembre 1988).Source: Cliquez ICI

1889491348.jpg« Question : Mais à partir du moment où vous l'avez été, où Bourguiba vous a désigné, vous n'avez pas perdu de temps : un mois et demi après, vous faisiez constater par une commission de médecins, l'inaptitude à gouverner de celui qui vous avait appelé

Réponse : Mais c'est que Bourguiba ne m'appelait pas pour n'importe quoi. Il me choisissait pour que je procède à une succession de répressions sanglantes au lieu d'inaugurer une politique. S'il avait eu de la mémoire, il se serait souvenu de ce que je lui avais dit en février 1987, alors que j'étais ministre de l'Intérieur. Les prisons étaient pleines. L'arbitraire régnait, les islamistes manifestaient dans les rues et on ne songeait qu'à les réprimer. J'étais en net désaccord et je vous dirai quelle est ma politique sur ce point. Mais si la population ne rejetait pas un extrémisme si contraire pourtant au génie de notre peuple, c'est parce que plus personne ne faisait confiance à la justice de l'Etat.(..)

 

 

 

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A partir de quelle date le MTI a entamé les préparatifs de renverser le régime de Bourguiba ?

Deuxième extrait de « la  Tunisie de Bourguiba à Ben Ali » Presses Universitaires de France ,1989 de Mohsen Toumi, pages 222-223.

 

1545031218.jpg«  Le jeudi 23 avril 1987, par exemple, une manifestation déroutante a été organisée, à Tunis, par le mouvement de la Tendance Islamique. Un groupe de manifestants, se comportant d’emblée comme un corps d’émeute, était parti du campus universitaire, pour éclater en noyaux avant d’atteindre Tunis. Chaque noyau, évoluant d’une manière autonome, essaya de rallier, en pénétrant dans la capitale, le maximum de monde avant d’aller investir un carrefour stratégique. Le moment était bien choisi : Le président Bourguiba visitait le Sud du pays, en compagnie d’une bonne partie du gouvernement. Tunis était donc vide, politiquement, et privée aussi d’une part importante des forces de sécurité qui y stationnaient en temps normal. La manifestation du 23 avril était donc un acte prémédité de longue date et organisé selon les techniques d’agitation urbaine. Pourtant, les émeutiers ne furent pas nombreux : 20000 personnes au maximum, alors qu’il était de notoriété publique que le MTI était capable d’en mobiliser bien plus. Que signifiait donc cette contradiction entre un choix stratégique habile et la modestie de son exploitation ? ou bien le MTI était en perte de vitesse ; mais la suite des événements devait infirmer cette hypothèse. Ou bien l’émeute du 23 avril constituait un test dont l’objectif était d’éprouver les capacités sécuritaires de l’Etat, dans une situation de logistique éclatée, c’est-à-dire la dispersion des forces de l’ordre entre le Nord et le sud du pays. Or le propre d’un test est de fournir des enseignements qui permettent de lancer avec succès des actions ultérieures de grande envergure. D’où la question : le mti préparait-il un assaut généralisé contre l’appareil de l’Etat ? »

 

 

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A partir d’octobre 1987, Bourguiba exigeait la réouverture du procès des islamistes et la condamnation à mort de ses dirigeants.

 

Troisième extrait de « Comment les islamistes ont été vaincus », 11 mai 1999 - JeuneAfrique par Ridha KÉFI

 

« En appelant la Cour de sûreté de l'État à siéger et en exigeant des têtes, Bourguiba espère décapiter le mouvement. Il est encouragé en cela par Mohamed Sayah et Mansour Skhiri. Rachid Sfar, Premier ministre, Ben Ali, ministre de l'Intérieur, et quelques autres membres du gouvernement sont d'un avis contraire : donner des martyrs aux extrémistes serait, selon eux, une grave erreur politique. C'est l'opinion partagée par de nombreux intellectuels et leaders de l'opposition légale. » La Cour siège le 27 août, en pleine canicule. Un mois plus tard, jour pour jour, elle rend son verdict : sept peines de mort, dont cinq par contumace, travaux forcés à perpétuité pour l'émir du mouvement, nombreuses condamnations à vingt, quinze et dix ans de travaux forcés, quatorze acquittements. L'opinion nationale est soulagée. Le verdict est même jugé clément par certains journaux étrangers. Seul Bourguiba, qui exigeait la tête de Rached Ghannouchi, est furieux contre les juges. Il est même décidé à appeler la cour à siéger de nouveau afin de rendre un verdict plus conforme à ses souhaits.. »

 

 

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Pourquoi choisir le 8 Novembre ?

Une recherche sur google rappelle les événements historiques qui se sont passés:

« Le 8 Novembre  1904 : Theodore Roosevelt est réélu au poste de président des États-Unis, le 8 Novembre  1912 : les Grecs prennent Thessalonique et Mytilène. le 8 Novembre  1917 : Lénine devient président du conseil en Russie. le 8 Novembre  1923 : À Munich, échec du putsch de la brasserie (Bürgerbräukeller, appelé Hitlerputsch en allemand), fomenté par Adolf Hitler, aussitôt arrêté et incarcéré. le 8 Novembre  1932 : Franklin Delano Roosevelt devient président des États-Unisle 8 Novembre 1933 : Zaher Shah<!--[endif]--> monte sur le trône en Afghanistan. le 8 Novembre  1960 : John Fitzgerald Kennedy est élu président des États-Unis

le 8 Novembre  1942 : Opération Torch : débarquement allié en Afrique du Nord réussi grâce à la Résistance française ».

 

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Que s’est-il passé la première semaine de Novembre 1987?

François Burgat n’en sait pas plus que Salah Karkar, président du MTI en Novembre 1987. François Burgat écrit dans l’islamisme au Maghreb » p 253 :

 

1452581366.JPG« l’expression extrême de ce processus a été la rupture opérée par le mouvement dans sa stratégie légaliste et l’élaboration, en riposte à l’extrémisme bourguibiste de l’été 1987, d’une tentative de déposition armée du chef de l’Etat. Révélée quelques heures après la déposition, réussie celle-là, par le Premier ministre, la tentative orchestrée par le Mouvement de la tendance Islamique (MTI) d’accélérer à tout prix la venue de l’après Bourguiba demeure encore largement mystérieuse. Si l’implication d’un noyau militaire est attestée par les 73 attestation opérées dans les premiers jours du nouveau régime et la mort sous la torture d’un commandant d’active l’importance de l’implication institutionnelle de l’armée demeure inconnue. Ni les porte-parole du mti, qui refusent assez logiquement de donner des précisions (tout en reconnaissant que l’extension de leur courant ne s’est jamais heurtée à des frontières socioprofessionnelles d’aucun ordre), ni les porte-parole du régime, qui ont cherché manifestement – une fois n’est pas coutume- à minimiser l’action du mti, ne permettent d’en restituer clairement l’itinéraire. pour les responsables du mti, il s’est agi d’une contre-violence préventive, que leur mouvement n’aurait en aucune manière voulu exploiter pour prendre un pouvoir considéré en l’état de rapport des forces comme un « cadeau empoisonné ».

 

Et Salah Karkar (Président du MTI en Novembre 1987) d’ajouter dans un entretien avec François Burgat «  Les trois jours, le 6, le 7, et le 8,[ Novembre 1987] ce sont des jours historiques pour la Tunisie. Jusqu’à présent, ils ne sont pas clairs du tout ».

 

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La version officielle…

1793015303.jpgTout ce que l’on sait, c’est que la réponse du pouvoir s’est faite publiquement le 23 novembre 1987 (comme est précisé sur le site web de la présidence de la république). D’abord par la création d'un Conseil National de Sécurité.

 

 

 

 

 

Le 23 novembre 1987, le Président Zine El Abidine Ben Ali décide la création d'un Conseil National de Sécurité.

Source:ICI

. Dans le cadre de la rationalisation de l'action gouvernementale, le Président de la République, M. Zine El Abidine Ben Ali, a décidé la création d'un conseil national de sécurité que préside le Chef de l'Etat et qui se compose :

 

- du Premier ministre ; du ministre d'Etat, chargé de la Défense nationale ; du ministre des Affaires étrangères ; du ministre de l'Intérieur ; du Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur ; du Chef d'Etat-major des armées auprès du ministre d'Etat chargé de la Défense nationale ; et du Directeur de la Sûreté militaire.

Ce conseil est chargé de la collecte de l'étude, de l'analyse et de l'évaluation de toutes les informations et données relatives à la sécurité nationale aux plans de la politique intérieure, de la politique extérieure et de la politique de défense dans le souci de préserver la sécurité interne et externe de l'Etat et d'en renforcer les fondements.

Ensuite par un Communiqué rendu public :

Le 23 novembre 1987, le Président Zine El Abidine Ben Ali préside la première réunion du Conseil National de Sécurité..

Source: ICI

Le Président de la République, M. Zine El Abidine Ben Ali, a présidé, au Palais de Carthage, la première réunion du conseil national de sécurité, consacrée à l'examen de la situation dans le pays au plan de la sécurité. Au terme de cette réunion à laquelle s'est joint le ministre de l'Information, le communiqué suivant a été rendu public :

« Les services de la sûreté nationale ont découvert une bande de malfaiteurs pris en filature depuis septembre dernier par ces services. Des quantités d'armes individuelles, de munitions, d'explosifs et d'équipements de télécommunications dont cette bande était en possession, ont été saisis le 16 novembre, par les dits services. Cette bande planifiait des opérations terroristes visant l'assassinat d'un certain nombre de responsables et l'attaque d'établissements de sécurité et à caractère civil. Le ministre de l'Intérieur tiendra le mercredi 25 novembre courant une conférence de presse au cours de laquelle il donnera des détails sur cette affaires et sur ses dimensions ».

 

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Le seul témoignage disponible, celui de M.Sahbi Amri qui aurait fait partie du groupe sécuritaire

Il semble que les premières arrestations des membres du groupe sécuritaire sont intervenues le 22 Novembre 1987, comme le souligne M. Sahbi Amri (qui aurait fait partie de ce groupe composé selon lui de 156 personnes) ( lire le témoignage en arabe de M.Sahbi Amri (Abou Yosr raconte…2.Cliquez Ici) ou http://sahbiamri.unblog.fr/

 

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Ils sortiront tous de prison suite à une grâce présidentielle intervenue un an après.

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