25 avril 2009

La Tunisie sous Bourguiba: "La torture se faisait au bureau du Ministre de l'intérieur et en présence du Ministre"

Tous les ouvrages cités sont en vente libre en Tunisie . Il suffit de les acheter et de les lire.

 Pour la première fois en Tunisie, un ancien prisonnier politique accuse nommément un ancien ministre de l'intérieur d'avoir assisté à la torture d'un opposant. 


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Gilbert Naccache avait décrit dans "Cristal récit de prison" les éditions Salambo (juin 1982, réédite en 2002, en vente en Tunisie)  les tristement célèbre geôles du ministère de l'intérieur tunisien (lire Cristal à partir de la page 296).

 

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Gilbert Naccache

Dans son nouvel ouvrage  "Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? Itinéraire d'un opposant au régime de Bourguiba (1954-1979)".  Les Éditions le Cerf (en vente en Tunisie) Gilbert Naccache revient sur la pratique de la torture. Selon lui, la torture se faisait aussi au bureau même du ministre de l'intérieur et en sa présence.

 

 

 

A la page 167 de son nouvel ouvrage  on lit:
1027058782.jpg"TaHar_Belkoja_blog_de_sami_ben_abdallah.JPGLa police,autorisée,pour ne pas dire encouragée par le ministre [ Tahar Belkhodja] torture de plus belle ( Belkhoja ne peut arguer de son ignorance: plusieurs militants, dont Mohamed Salah Fliss en 1975, ont été battus en sa présence et dans son bureau, et surtout, dans une interview de 2001 à la télévision al jazira, il a reconnu l'existence de torture pendant tout le régime bourguiba, et a invoqué, pour sa défense, le fait que personne n'était mort sous la torture quand il était ministre). en ce qui concerne, évidemment, les délinquants de droit commun, mais aussi les contestataires ( le témoignage qu'ahmed ben othman, torturé en décembre 1973, réussit à faire publier en 1977 dans Les Temps Modernes montre la sauvagerie accrue de ces pratiques) tout comme les gardiens de la prison soupçonnés d'avoir aidé Ben Salah dans sa fuite. J'ai parlé du rôle de Tahar Belkhoja dans la suppression de notre grâce et l'organisation active de toutes les répressions contre les jeunes de la gauche marxisante (il y avait au moins deux procès par an, souvent davantage). Sa première période au ministère de l'intérieur se caractérise donc par l'aspect répressif" (fin de l'extrait)
 
 
Gilbert Naccache relance ainsi les doutes  sur la crédibilité des mémoires et des témoignages des anciens ministres bourguibistes sur le régime de Habib Bourguiba. De Tahar Belkhoja (ancien ministre de l'intérieur) à Mohamed Sayah (l'homme des milices du parti au pouvoir qui terrorisaient les Tunisiens) à Driss Guiga (ancien ministre de l'intérieur) à Beji Caid Essebssi (ancien Ministre) et bien d'autres... Tous se présentent aujourd'hui comme des authentiques démocrates qui ont voulu réformer  le système de l'intérieur.
Cependant, les témoignages de plus en plus abondants sur le régime Habib Bourguiba attestent que personne ne pouvait ignorer la pratique de la torture.

Les accusations précises de Gilbert Naccache dont personne ne peut mettre en doute la crédibilité et l'honnêteté mettent ainsi fin aux témoignages contradictoires de l'ancien Ministre de l'intérieur Tahar Belkoja.
 
Un récapitulatif des déclarations contradictoires de M. Belkhoja:
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En 1998,
Ouvrage: " Les trois décennies Bourguiba", paru en  1998
Tahar Belkhoja n'évoque pas la torture se contentant en deux phrases de rappeler qu'elle est le fait d'anciens responsables au Ministère de l'intérieur qui ont collaboré avec les français avant d'intégrer l'administration tunisienne après l'indépendance.
 
En 2002:
 
 Ouvrage : "Témoignages politiques de Tahar Belkhodja ( publications de la fondation Temimi pour la recherche scientifique et l'information, Zaghouan, mars 2002 - série 11: Témoignages oraux n° 2, arabe et français).

Ouvrage  en vente libre en Tunisie. Il suffit de l'acheter et de le lire (15 D T) :

Cliquez sur la photo pour agrandir

 

A la page 31, Tahar Belkhoja témoigne:
 
"Quant à la torture ou la violence, quelques jeunes ont été maltraités par les services de la sécurité. j'en assume la responsabilité politique et morale en tant que ministre de l'intérieur. mais les cadres de la sûreté étaient jusqu'en 1967 d'anciens policiers qui ont commencé leur carrière à l'époque coloniale; je vous ai déjà indiqué leur comportement à l'égard des youssefistes. ils ont eu recours aux mêmes méthodes utilisées à l'époque coloniale. mais je peux affirmer qu'aucun étudiant détenu n'est mort ou n'a été mutilé sous la torture; moi j'ai fait mes débuts à l'uget, il m'est inconcevable de l'accepter".(fin de l'extrait)
 
 
 
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 En 2004,

 

Ouvrage: "Habib Bourguiba, la trace et l'héritage (Ouvrage Collectif paru en 2004) sous la direction de Vincent Geisser et Michel camau, on retrouve un entretien avec Tahar Belkhoja ( pp 563- 576)

Les questions de Vincet Geisser et Michel Camau sont précises à Tahar Belkohja mais ce dernier évite de répondre sur l'essentiel en renvoyant la responsabilité de la répression aux responsables du parti au pouvoir (le PSD  l'ancêtre du RCD).

Ainsi à la page 569, il déclare:

" La politique répressive était conduite essentiellement par les membres exaltés du PSD".

 

 

En 2008

 

Dans une interview avec Tahar Ben Hessine au Canal du Dialogue (disponible sur ce lien: http://www.arcoiris.tv/modules.php?name=Search&testo=...

avancez à la minute 24)

 Tahar Belkhodja nie la pratique de la torture et déclare qu'il ne savait pas que la torture se pratiquait aux geôles du ministère de l'intérieur tunisien.  

 

 

 

Or, en  1975, il niait déjà la torture :

Extrait de l'article du Monde Diplomatique, la Tunisie en 1975 (article peu connu par les Tunisiens) qui évoque M. Tahar Belkhoja
 
 1954155312.JPGInterrogé sur les conditions de détention des « politiques » (« Mais il n’y a pas de détenus politiques ! »), et les tortures qu’ils ont subies, Tahar Belkhodja, le ministre de l’intérieur, ne refuse pas de répondre : il nie. En bloc et systématiquement. Avec l’assurance de l’homme fort – n’est-il pas l’un des protégés de la présidente ? – et arrivé. Vêtu d’un costume bleu ciel orné d’une pochette blanche, portant beau, une cravate bariolée à grosses fleurs, le visage carré, l’œil rapide, il paraît à l’aise dans son rôle.

 Des « campagnes mensongères »

Les quelques mois qu’il a passés en prison à l’époque où, directeur de la Sûreté, il « fichait » tous les ministres, lui ont peut-être laissé des traces, mais pas de souvenirs : s’étonnant qu’un journal « sérieux » prête attention à des « ragots », le ministre ne voit dans nos questions que l’« écho de campagnes mensongères ». Lui rappelons-nous qu’une organisation aussi pondérée qu’Amnesty International a porté la Tunisie – comme le Chili – sur la liste des gouvernements tortionnaires, Tahar Belkhodja repousse d’un geste méprisant cette accusation : « Amnesty International ? On sait ce que c’est. Des individus qu’on recrute, ici et là, sur on ne sait quels critères, et qui écrivent n’importe quoi. »

C’est aussi, d’après le ministre, ce que font les avocats – « ces étrangers, qui débarquent en pleine audience sans s’annoncer, portent atteinte à notre indépendance et s’étonnent d’être expulsés » – et les médecins. L’un d’eux, pourtant, a examiné M. Cantal-Dupart, expert de l’UNESCO, torturé dans les locaux de la D.S.T., puis dans des villas spécialisées, Mabrouk-I et Mabrouk-II, à quelques kilomètres de la capitale. Mme Maria Heichert porte encore, elle aussi, des traces de sévices : « Allons donc! s’exclame le ministre. Une fois à l’étranger, ces gens-là racontent ce qu’ils veulent ; ils jouent aux martyrs. »

Tahar Belkhodja, néanmoins, ne nie pas explicitement l’existence des tortures : « Nous n’en avons pas besoin, répond-il. Ceux que nous arrêtons sont généralement d’un haut niveau intellectuel ; nos inspecteurs sont licenciés en droit. Nous avons, dans ce bureau même, de longs débats d’idées. » Est-ce au cours d’une « discussion », dans ce bureau décoré de glaïeuls rouges et d’une tapisserie en soie, que notre ami Khaled s’est, par mégarde, brûlé les pieds à l’acide sulfurique, au point que, trois ans plus tard, il souffre encore en marchant ? « Oubliez ces histoires, nous dit le ministre. Quand on parle de l’intérieur, on pense toujours à la police. Mais la police, c’est presque notre dernier souci ! Le ministère s’occupe des gouvernorats, des délégations, des mairies – bref, de toute l’administration du pays. »

 

Avec son nouvel ouvrage, Gilbert Naccache vient de mettre fin à ces contradictions.

14 mars 2009

La Tunisie sous Habib Bourguiba : Etat "moderne" ou Etat "policier"?

 

Extrait de l'article du Monde Diplomatique- 1975

Ombres chiliennes

 

Etat policier ? Certains hésitent, qui répètent, comme pour se rassurer, que « ce n’est pas le Chili ». Sans, doute. Etrange raisonnement qui consiste à se réjouir qu’il n’y ait pas de camps, au lieu de s’indigner qu’on jette au bagne de Borj-Roumi les opposants politiques. Peur des mots, puissance des mythes (la « douceur de vivre » de Sidi-Bou-Saïd) ? Mais d’un pays où la notion de droit n’existe pas, où le citoyen ne dispose d’aucun recours ni d’aucune garantie, où l’abus de pouvoir est érigé en principe de gouvernement, où l’on torture, que dire, sinon, précisément, qu’il n’est pas démocratique ?

 

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Mais par quelle légèreté a-t-on jamais cru qu’il l’était ? Dès 1956, le régime n’hésite pas à liquider les opposants : l’armée ratisse le Sud, où se cachent des partisans de Salah Ben Youssef, tandis que, sous la conduite du député Béchir Zarg El Ayoun, des hommes de main assassinent à Zurich, en 1961, le rival de Bourguiba. Bourguiba lui-même a récemment raconté, dans un discours télévisé, tous les détails de l’exécution, et décoré les assassins, qui n’ont fait que « rendre justice ».

 

En 1963, des militaires, impliqués dans un complot, sont arrêtés et fusillés ; c’est l’occasion, pour le pouvoir, d’interdire le parti communiste et de pourchasser ses militants (retrait de passeport, perte d’emploi, mise en résidence surveillée). En 1965, d’autres progressistes sont emprisonnés ; mais c’est à partir de 1967, quand grèves ouvrières et contestation étudiante troublent l’ordre établi, que la répression s’intensifie : depuis cette date, on relève près de trente procès politiques. Par groupes de quarante, soixante, parfois deux cents (août 1974), ouvriers, étudiants, paysans ou employés sont envoyés devant la Cour de sûreté de l’Etat, et lourdement condamnés. Près d’un millier de personnes l’ont été jusqu’à présent ; d’autres attendent d’être jugées.(Lire:la naissance de l'Extrême gauche et du mouvement des droits de l'Homme en Tunisie,Génération Perspectives.Cliquez ICI) et (La naissance de l’extrême gauche et du mouvement des Droits de l'Homme, Génération Perspectives.Cliquez ICI)

 

De nombreux rapports d’avocats en font foi : qu’ils s’agisse des témoignages de Me Roland Kaufman, mandaté à Tunis par la Ligue suisse des droits de l’homme, de Me Moritz Leuenberger, au nom de la Fédération internationale des droits de l’homme, de Me Ch. Bouchet, pour l’Association internationale des juristes démocrates, ou de Me J.-J. de Félice, refoulé dès son arrivée, tous dénoncent la parodie de justice qu’ils ont pu observer.

 

Généralement inculpés d’appartenance à une organisation illégale (le plus souvent, « Perspectives », d’extrême gauche), d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de diffusion de fausses nouvelles et d’incitation à la rébellion, les accusés n’ont, en réalité, commis qu’un seul crime : exprimer à voix haute, ou par écrit, des opinions contraires aux positions officielles.Lire aussi:Le cinéma de Nouri Bouzid et le syndrome autoritaire en Tunisie.Cliquez ICI

 

Détenus plusieurs mois par la police – il n’y a pas de délai légal de garde à vue -, torturés, défendus par des avocats qui ne prennent connaissance du dossier que vingt-quatre ou quarante-huit heures à l’avance, ils sont condamnés avant d’être entendus. Envoyés – les plus durs – au bagne de Borj-Roumi, près de Bizerte, où les conditions de détention sont telles (cellules à 20 mètres sous terre, nourriture putréfiée) qu’ils sont tous atteints de maladies, ou jetés en prison, ils peuvent parfois être graciés – à condition d’écrire au président de la République une lettre de pardon ; la plupart s’y refusent.

 

tahar-belkhodja.JPGInterrogé sur les conditions de détention des « politiques » (« Mais il n’y a pas de détenus politiques ! »), et les tortures qu’ils ont subies, Tahar Belkhodja, le ministre de l’intérieur, ne refuse pas de répondre : il nie. En bloc et systématiquement. Avec l’assurance de l’homme fort – n’est-il pas l’un des protégés de la présidente ? – et arrivé. Vêtu d’un costume bleu ciel orné d’une pochette blanche, portant beau, une cravate bariolée à grosses fleurs, le visage carré, l’œil rapide, il paraît à l’aise dans son rôle.

 

 

 

 

 

Des « campagnes mensongères »

Les quelques mois qu’il a passés en prison à l’époque où, directeur de la Sûreté, il « fichait » tous les ministres, lui ont peut-être laissé des traces, mais pas de souvenirs : s’étonnant qu’un journal « sérieux » prête attention à des « ragots », le ministre ne voit dans nos questions que l’« écho de campagnes mensongères ». Lui rappelons-nous qu’une organisation aussi pondérée qu’Amnesty International a porté la Tunisie – comme le Chili – sur la liste des gouvernements tortionnaires, Tahar Belkhodja repousse d’un geste méprisant cette accusation : « Amnesty International ? On sait ce que c’est. Des individus qu’on recrute, ici et là, sur on ne sait quels critères, et qui écrivent n’importe quoi. »

C’est aussi, d’après le ministre, ce que font les avocats – « ces étrangers, qui débarquent en pleine audience sans s’annoncer, portent atteinte à notre indépendance et s’étonnent d’être expulsés » – et les médecins. L’un d’eux, pourtant, a examiné M. Cantal-Dupart, expert de l’UNESCO, torturé dans les locaux de la D.S.T., puis dans des villas spécialisées, Mabrouk-I et Mabrouk-II, à quelques kilomètres de la capitale. Mme Maria Heichert porte encore, elle aussi, des traces de sévices : « Allons donc! s’exclame le ministre. Une fois à l’étranger, ces gens-là racontent ce qu’ils veulent ; ils jouent aux martyrs. »

Tahar Belkhodja, néanmoins, ne nie pas explicitement l’existence des tortures : « Nous n’en avons pas besoin, répond-il. Ceux que nous arrêtons sont généralement d’un haut niveau intellectuel ; nos inspecteurs sont licenciés en droit. Nous avons, dans ce bureau même, de longs débats d’idées. » Est-ce au cours d’une « discussion », dans ce bureau décoré de glaïeuls rouges et d’une tapisserie en soie, que notre ami Khaled s’est, par mégarde, brûlé les pieds à l’acide sulfurique, au point que, trois ans plus tard, il souffre encore en marchant ? « Oubliez ces histoires, nous dit le ministre. Quand on parle de l’intérieur, on pense toujours à la police. Mais la police, c’est presque notre dernier souci ! Le ministère s’occupe des gouvernorats, des délégations, des mairies – bref, de toute l’administration du pays. »

 La contestation étudiante, où le ministre de l’éducation ne voit qu’une « excitation », connaît actuellement une pause ; mais aux revendications qui l’entretiennent depuis 1966, et qui subsistent – élections libres à toutes les instances de l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET), respect des libertés, participation aux commissions d’élaboration des programmes, – s’ajoutent de nouvelles raisons de mécontentement : sélection plus dure, « élection » d’un bureau syndical, au mois d’août, aussi peu représentatif que le précédent. Il est probable – les responsables s’y attendent – que l’année scolaire connaîtra une certaine « excitation ».

 

Persistera-t-elle en milieu lycéen ? Des centaines d’élèves – à Kairouan, au Kef, à Jendouba et à Djébéniana – ont été renvoyés de leurs lycées en 1975 ; quelques dizaines ont été arrêtés, quelques-uns condamnés à la prison ferme.

 

Cette « agitation » ne laisse pas indifférente la population. Souvent indignée par la violence des matraquages policiers – les BOP (Brigades de l’ordre public) se recrutent parmi les ex-« enfants de Bourguiba », orphelins élevés dans des institutions de charité, et entièrement dévoués à leur « père » -, de simples gens n’hésitent pas à cacher des jeunes que la police poursuit. Bien des familles sont également touchées par la suppression d’une bourse qui les faisait vivre, et constatent, en rendant visite à leur fils de dix-huit ans, que les prisons n’accueillent pas que des truands. Derrière l’image pâlissante du leader, les citoyens découvrent peu à peu la réalité de l’Etat et, dans les filigranes d’un sourire qui s’estompe, la sombre menace de la répression.

 

La situation en Tunisie

958152792.2.JPGLe monde Diplomatique, Janvier 1976. Source, le CD contenant les archives du Monde Diplo depuis 1973.SBA vous recommande d’acheter ce CD qui coûte 45€. ICI.

La distribution du numéro de décembre 1975 du Monde diplomatique, qui comportait un reportage sur « La Tunisie, vingt ans après », a été interdite dans ce pays. En revanche, l’article nous a valu de la part de Tunisiens vivant en Europe occidentale, de nombreuses lettres d’approbation auxquelles nous regrettons de ne pouvoir répondre individuellement.

 

D’autre part, le reportage citant les propos du ministre tunisien de l’intérieur mettant en doute les rapports d’Amnesty International sur la répression, les représentants de cette organisation en Allemagne fédérale nous ont envoyé le télégramme suivant :

A la suite de votre reportage sur la Tunisie, Amnesty International élève une énergique protestation contre les propos inconsistants du ministre tunisien de l’intérieur à l’égard de notre organisation.

 

Au vu de l’expérience que nous avons eue avec de nombreux détenus politiques tunisiens, nous vous assurons de la convergence des conclusions de votre reportage avec nos propres enquêtes sur la Tunisie.

 

Lire:

L’article qui a provoqué la colère de l’ancien Ministre de l’Intérieur:Cliquez ICI

11 mars 2009

L’article qui a provoqué la colère de l’ancien Ministre de l’Intérieur:"

 

L’article qui a provoqué la colère de Tahar Belkhodja l’ancien Ministre de l’Intérieur:"La Tunisie en 1975: Article du monde Diplomatique"

REGRESSION ECONOMIQUE, REPRESSION POLITIQUE : LE MYTHE DU LIBERALISME N’A PAS

TENU SES PROMESSES ET LE PAYS S’ENFONCE DANS LA DEPENDANCE...

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09 janvier 2009

L’article qui a provoqué la colère de Tahar Belkhodja l’ancien Ministre de l’Intérieur

                 

1992491819.JPG Comment la France s’est débarrassée de la Torture ? Cliquez ICI                     

Général-Jacques-Pâris -de-Bollardière, Cet homme a sauvé l’honneur de la France. Cliquez ICI

 

 

 

 

  

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 La Tunisie, vingt ans après. Le Monde Diplomatique 1975. Tahar Belkhoja

1608438829.JPGIl s’agit de l’article au  Monde Diplomatique  en Décembre 1975 intitulé : « La Tunisie, vingt ans après » :  Régression économique, répression politique : le mythe du libéralisme n’a pas tenu ses promesses et le pays s’enfonce dans la dépendance...

J’encourage tous ceux qui possèdent des documents rares sur la Tunisie à les mettre en ligne afin que les jeunes générations de Tunisiens et de Tunisiennes découvrent l’Histoire de notre pays. .

Vous pouvez télécharger l’intégralité de l’article du Monde Diplomatique sous format PDF.   

 

 

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Autres livres sur la Tunisie trouvés sur le web et que vous pouvez Télécharger

 

 

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30 novembre 2008

La Tunisie sous Bourguiba : Etat « moderne » ou Etat « policier »

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En prison, nous avons découvert la Tunisie moyenâgeuse : les caves, la tonte, les uniformes, les besoins faits à même le sol. Il y avait dans les caves des prisonniers quasiment aveugles qui étaient là depuis la répression du coup d’État de 1962. Nous avons aussi été privés pendant des mois des droits les plus élémentaires comme la visite des parents, la lecture et la correspondance ce qui nous a poussé à faire grève sur grève de la faim afin d’imposer aux geôliers le respect. « Le drame de la répression en Tunisie, c’est que tout le monde devient amnésique. Aujourd’hui, tous disent : « on ne savait pas ! ». C’est le comble du cynisme ! Je suis persuadé que, tôt ou tard, ce dossier s’ouvrira. Ce qu’il révélera sera terrible pour ceux qui croient aujourd’hui avoir échappé à la justice humaine. » . Noureddine Ben Kheder- ancien dirigeant de la gauche tunisienne, ancien prisonnier d'opinion (1936-2005)

 

 

La Tunisie sous Habib Bourguiba:

Etat "Moderne" ou Etat "policier"?

Qu'en pensez-vous?

 

 

 

 

Photo extraite de :Le cinéma de Nouri Bouzid et le syndrome autoritaire en Tunisie.Cliquez ICI

 

 

Publiant ses mémoires, l’ancien ministre de l’intérieur, Tahar Belkhodja ne se rappelle plus ni de la torture ni de ses déclarations « honteuses » qu’il tenait au Monde Diplomatique en 1975(il est vrai qu’il n’est pas le seul à avoir été atteint d’amnésie). Et il n’hésitera pas à vouloir se présenter dans ses mémoires «  les trois décennies Bourguiba » comme étant le champion de la démocratie. Mais les faits et l’Histoire ne pardonnent pas…

 

 

 

<!--[if !vml]--><!--[endif]--> Tahar Belkhodja (le Ministre de l’intérieur de l’époque) niera tout en bloc :

 

Pas de torture! Pas de prisonniers politiques!

Ce  sont des campagnes mensongères! Pourtant,  le Ministre de l'intérieur ne pouvait pas ne pas savoir que la torture était pratiquée,  que les prisons étaient pleines de  prisonniers politiques. 30 ans plus tard, en publiant ses mémoires, il ne se rappellera plus de ses déclarations au Monde Diplo et voudra se présenter comme le champion de la démocratie.

 

En 1975, alors que, Tahar Belkhodja, ministre de l’intérieur, niait la «présence de détenus politiques », niait «en bloc et systématiquement la torture », et ne voyait dans les questions du Monde Diplomatique qui l’interrogeait à propos de la torture, que l’« écho de campagnes mensongères » ; en 1975, quand il évoquait cette thématique récurrente de l’ingérence (et probablement des traîtres à la patrie qui se sont alliés avec l’étranger…etc etc)  : « ces étrangers, qui débarquent en pleine audience sans s’annoncer, portent atteinte à notre indépendance et s’étonnent d’être expulsés » disait-il…

Au même moment, contrairement à toutes les déclarations de ce « ministre », les prisons tunisiennes étaient pleines de détenus politiques, les conditions de détention étaient inhumaines et la torture était pratiquée d’une façon systématique.(lire :l'Histoire interdite de la Torture en Tunisie, l’expérience de la torture sous Bourguiba)et "L'Hitoire interdite de la Torture en Tunisie, Témoignage d’Ahmed Othmani.

 

Les passages qui suivent sont des extraits de « La Tunisie, vingt ans après », Le Monde Diplomatique, Décembre 1975,par Fadela M’Rabet, Maurice T. Maschino.Vous pouvez lire l’intégralité de l’article en cliquant à la fin de ces extraits sur « lire la suite ».

 

 

 

 

 

 

958152792.JPGQue pense Habib Bourguiba de son Premier Ministre Ahmed Ben Salah ?

« Maintenant, il ne reste plus que Ben Salah. Pour les vermines de cette espèce, il n’y a qu’une solution : les balles ! les balles ! » (Il semble que le défunt Bourguiba faisait allusion à l’assassinat de son ancien ami puis adversaire feu Salah Ben Youssef, qu’il a cautionné des années avant. Lire:Taib Mhiri : l’Oufkir Tunisien,Cliquez ICI. Et "Comment ils ont assassiné Salah Ben Youssef".Cliquez ICI. Et  . un livre à lire: L’assassinat de Salah Ben Youssef.).

 

Que pense Habib Bourguiba des du peuple tunisien  ?

« n’a pas les aptitudes nécessaires à la compréhension des affaires de l’Etat, ni même un discernement suffisant pour choisir des hommes capables de remplir leur mission. » ?(lire :les aveux tardifs de l’ancien ministre de l’intérieur, Autopsie de la fraude électorale sous le président Habib Bourguiba.Cliquez ICI)

 

Tunisie, La corruption sous Habib Bourguiba

« Rarement trafics, corruption, dilapidation des deniers publics, ont pris une telle ampleur. Beaucoup spéculent, notamment dans le bâtiment et l’immobilier, d’autres importent tapis, bijoux, diamants, sous le couvert de la valise diplomatique ; l’un profite de sa position pour vendre à tous les hôtels et hôpitaux du pays les tableaux de sa femme, artiste-peintre, paraît-il ; tel autre, moyennant juste rétribution, abandonne à un pays voisin une partie des eaux territoriales ; d’autres encore revendent des villas de fonction, s’attribuent gratuitement des terrains de la municipalité qu’ils président, confisquent des usines de conserves appartenant à l’Office national des pêches.

 

Il arrive, parfois qu’un trafic soit découvert... par Interpol ; on se hâte de l’étouffer en désignant un bouc émissaire. Tel le récent scandale des douanes : pendant plus de quatre ans, des camions transcontinentaux, chargés de toutes sortes de marchandises (téléviseurs, machines à laver, mobylettes...) ont pu clandestinement débarquer au port de Tunis, en sortir, décharger leur cargaison et repartir tout aussi secrètement vers l’Europe ; de très hautes personnalités seraient impliquées ; mais depuis l’arrestation de quelques réceptionnistes et autres agents subalternes, l’affaire paraît entendue ».

 

Tunisie, la torture sous Habib Bourguiba et sous Tahar Belkhodja

Interrogé sur les conditions de détention des « politiques » (« Mais il n’y a pas de détenus politiques ! »), et les tortures qu’ils ont subies, Tahar Belkhodja, le ministre de l’intérieur, ne refuse pas de répondre : il nie. En bloc et systématiquement (…)le ministre ne voit dans nos questions que l’« écho de campagnes mensongères ». Lui rappelons-nous qu’une organisation aussi pondérée qu’Amnesty International a porté la Tunisie – comme le Chili – sur la liste des gouvernements tortionnaires, Tahar Belkhodja repousse d’un geste méprisant cette accusation : « Amnesty International ? On sait ce que c’est. Des individus qu’on recrute, ici et là, sur on ne sait quels critères, et qui écrivent n’importe quoi. »… C’est aussi, d’après le ministre, ce que font les avocats – « ces étrangers, qui débarquent en pleine audience sans s’annoncer, portent atteinte à notre indépendance et s’étonnent d’être expulsés » – et les médecins. L’un d’eux, pourtant, a examiné M. Cantal-Dupart, expert de l’UNESCO, torturé dans les locaux de la D.S.T., puis dans des villas spécialisées, Mabrouk-I et Mabrouk-II, à quelques kilomètres de la capitale. Mme Maria Heichert porte encore, elle aussi, des traces de sévices : « Allons donc! s’exclame le ministre. Une fois à l’étranger, ces gens-là racontent ce qu’ils veulent ; ils jouent aux martyrs. »

(…)

De nombreux rapports d’avocats en font foi : qu’ils s’agisse des témoignages de Me Roland Kaufman, mandaté à Tunis par la Ligue suisse des droits de l’homme, de Me Moritz Leuenberger, au nom de la Fédération internationale des droits de l’homme, de Me Ch. Bouchet, pour l’Association internationale des juristes démocrates, ou de Me J.-J. de Félice, refoulé dès son arrivée, tous dénoncent la parodie de justice qu’ils ont pu observer.

 

Généralement inculpés d’appartenance à une organisation illégale (le plus souvent, « Perspectives », d’extrême gauche), d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de diffusion de fausses nouvelles et d’incitation à la rébellion, les accusés n’ont, en réalité, commis qu’un seul crime : exprimer à voix haute, ou par écrit, des opinions contraires aux positions officielles.

 

Détenus plusieurs mois par la police – il n’y a pas de délai légal de garde à vue -, torturés, défendus par des avocats qui ne prennent connaissance du dossier que vingt-quatre ou quarante-huit heures à l’avance, ils sont condamnés avant d’être entendus. Envoyés – les plus durs – au bagne de Borj-Roumi, près de Bizerte, où les conditions de détention sont telles (cellules à 20 mètres sous terre, nourriture putréfiée) qu’ils sont tous atteints de maladies, ou jetés en prison, ils peuvent parfois être graciés – à condition d’écrire au président de la République une lettre de pardon ; la plupart s’y refusent.

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Cette «agitation » ne laisse pas indifférente la population. Souvent indignée par la violence des matraquages policiers – les BOP (Brigades de l’ordre public) se recrutent parmi les ex-« enfants de Bourguiba », orphelins élevés dans des institutions de charité, et entièrement dévoués à leur « père » -, de simples gens n’hésitent pas à cacher des jeunes que la police poursuit. Bien des familles sont également touchées par la suppression d’une bourse qui les faisait vivre, et constatent, en rendant visite à leur fils de dix-huit ans, que les prisons n’accueillent pas que des truands. Derrière l’image pâlissante du leader, les citoyens découvrent peu à peu la réalité de l’Etat et, dans les filigranes d’un sourire qui s’estompe, la sombre menace de la répression.

 

La liberté d’expression sous Habib Bourguiba

Ainsi, la presse, contrôlée par le parti ou le ministère de l’information, et célébrant, chaque jour, le génie historique du Combattant suprême n’est diverse qu’en apparence : « l’Action », « le Temps » ou « Es-Sabah » ne sont que la version vulgarisée du « Journal officiel ». Des jeunes fondent-ils un hebdomadaire, « Tunis-Hebdo », qui s’exerce à la critique ou, pire, à la caricature, leur journal est suspendu ; un an après, il reparaît : l’équipe a changé – et le ton.

 

 

L’activité théâtrale, où les Maghrébins excellent, est étroitement surveillée : de nombreuses pièces ne connaissent qu’une seule représentation. Ainsi Ezzenj (« Les Noirs ») et El Hallaj, d’Ezzedine El Madani, l’un des plus brillants dramaturges tunisiens.

 

Se veut-on humoristique, on n’est pas plus heureux : Thumma Madha (« Et puis après ? »), d’El Allani, qui tourne en dérision quelques faits d’actualité, est interdite. Interdite également une fresque historique dans laquelle l’auteur, El Khadraoui, tente d’analyser la personnalité de Khereddine, précurseur du mouvement nationaliste : la pièce portait ombrage, en le relativisant, à l’unique « fondateur de l’Etat tunisien », comme il se définit lui-même.

 

Les cinéastes ne sont pas mieux traités : Mataru El Kharif (« Pluies d’automne »), d’A. El Khechine, vient d’être amputé des scènes qui lui donnaient son sens : on ne porte pas à l’écran la misère sociale. Ridha El Bahi, lui, attend depuis deux ans que son long métrage, qui présente de façon caustique la Tunisie touristique, soit projeté. Faisait-il de l’humour, en lui donnant comme titre le Seuil interdit ?

 

Mais qu’est-ce qui n’est pas interdit dans la Tunisie d’aujourd’hui ? Reconnues par la Constitution – il est vrai que l’état de siège, proclamé lors du bombardement de Sakiet-Sidi-Youssef, en 1958, n’a jamais été levé, – les libertés fondamentales ne sont pas respectées. (Lire aussi: L'histoire du culte de la personnalité sous Habib Bourguiba.Cliquez ICI)

 

Complot contre la sécurité de l’Etat, terrorisme et association de malfaiteurs

Des étudiants se rencontrent-ils pour discuter de questions idéologiques, ils « complotent » contre l’Etat, et la police les arrête ; formule-t-on l’hypothèse, dans un écrit théorique, que la révolution est inséparable de la violence, on fait figure de terroriste, et la police, qui déjà cherche les armes, vous interpelle, en attendant que le tribunal vous emprisonne ; un fonctionnaire reçoit-il, par la poste, un exemplaire d’El Amal Tounsi (« L’ouvrier tunisien »), que publient, à Paris, des opposants de gauche, et l’apporte-t-il à son supérieur par crainte d’être suspecté, il est arrêté, inculpé d’association de malfaiteurs et jeté en prison.

 

Condamné à 18 mois de prison pour « diffusion de fausses nouvelles »

Un étudiant exprime dans un tract l’opinion que « Thieu est une marionnette des U.S.A. » : poursuivi pour diffamation d’un chef d’Etat étranger et, par ricochet, du chef de l’Etat tunisien -puisque les présidents Thieu et Bourguiba sont amis, – et inculpé de diffusion de fausse nouvelle, il est condamné à six mois de prison pour chaque accusation – au total, dix-huit mois.

 

Passeport confisqué et les parents en otage

Etudiante, elle aussi, Neila ne fait pas de politique ; elle prépare sagement sa licence de lettres, et son trousseau ; mais son frère vient d’être condamné : la jeune fille se voit confisquer son passeport à la frontière ; elle attendra deux ans pour le récupérer. Poursuivi, Hamidi est introuvable : la police prend ses parents en otage. Déjà inculpé d’outrage au chef de l’Etat, Noureddine l’est également d’outrage aux mœurs : les enquêteurs ont découvert qu’il vivait en union libre.

 

 

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La Tunisie sous Bourguiba : Etat « moderne » ou Etat « policier » (2)

Suite de l'article:

La Tunisie sous Bourguiba : Etat « moderne » ou Etat « policier » (1)

 

 

La Tunisie, vingt ans après Régression économique, répression politique :

le mythe du libéralisme n’a pas tenu ses promesses et le pays s’enfonce dans la dépendance...

 

 

 

958152792.JPGLe Monde Diplomatique, Décembre 1975. Source, le CD contenant les archives du Monde Diplo depuis 1973.SBA vous recommande d’acheter ce CD qui coûte 45€. ICI.

 

Par Fadela M’Rabet et Maurice T. Maschino (Journaliste, auteur de Oubliez les philosophes, Complexe, Bruxelles, 2001) Fadela M’Rabet, Maurice T. Maschino.

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