02.07.2009

La police en Tunisie: Les flics, les tortionnaires et les autres par Gilbert Naccache

 

 

 

La police en Tunisie:

 

 Les flics, les tortionnaires et les autres

 

 par Gilbert Naccache

 

pp 264-266. Extrait de "

 

 

 

2092658480.JPGGilbert Naccache est né en 1939 à Tunis. Il fait ses études supérieures à Paris à l’Institut national agronomique. De retour en Tunisie, il travaille au ministère de l’Agriculture comme ingénieur agronome. Ses activités politiques au sein du groupe Perspectives lui valent d’être arrêté en mars1968 et lourdement condamné. Il sera libéré en 1979. Il vit actuellement en France. De ses écrits de prison, Cristal a été publié (réédité aux Éditions Chama en 2001), ainsi que Le Ciel est par-dessus les toits. Nouvelles, contes et poèmes, aux Éditions du Cerf (Paris) en 2005.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1096757599.JPGSon dernier ouvrage paru en  Avril 2009 est :

 

 

“Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? Itinéraire d'un opposant au régime de Bourguiba (1954-1979)  Suivi de « Récits de prison »,488 pages. Cet ouvrage est en vente en Tunisie et en France !Vous pouvez l’acheter via des sites de vente en ligne (Fnac, amazon…etc)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisez des ouvrages et des documents sur la Tunisie. Ne pas lire nuit gravement à la santé et vous risquez d'être atteint de la bêtise, de la maladie de l'ignorance et de l'inculture.



Ne Soyez pas/ Ne devenez pas une « racaille » dixit Sarko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tunisie: Les geôles du ministère de l'Intérieur

 

 

Gilbert Naccache avait décrit dans "Cristal récit de prison" les éditions Salambo (juin 1982, réédite en 2002, en vente en Tunisie)  les tristement célèbres geôles du ministère de l'intérieur tunisien (lire Cristal à partir de la page 296).

 

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La lourde responsabilité historique du PSD-Parti Socialiste Destourien dans la répression des Tunisiens

 

le PSD rebaptisé RCD en 1988

 

"Depuis 1955, et au moment du conflit Bourguiba-Ben Youssef, ont été mis en place des « comités de vigilance » qui seront légalisés quelques mois après leur constitution de fait par un arrêté du Ministre de l’Intérieur(…). « Un embryon de police politique prend forme avec l’organisation de comités de vigilance destouriens, légalisés sous l’autorité du ministre de l’Intérieur » (J.Bessis).

 

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03.06.2009

Tunisie, un opposant de Bourguiba témoigne sur l'après prison.

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L’après prison sous Habib Bourguiba

 

 

Libéré en 1979, il n’a pu avoir un passeport  qu’en 1990....

"Quand on sait que le passeport par exemple est un Droit Constitutionnel garanti par la Constitution… on ne peut que s’interroger : ces articles de la Constitution Tunisienne qui garantissent les droits élémentaires… servent à quoi  dans les faits...."

 

 

 

 

SOURCE : page 203-204, Extrait de l'ouvrage " Le rôle de Perspectives et des perspectivistes dans la Tunisie indépendante" Publications de la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l'Information. Tunis Septembre 2008.

 

Cet ouvrage est vendu en Tunisie, il suffit de l'acheter et de le lire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

30.05.2009

Tunisie, un Opposant témoigne : Comment la « justice » fonctionnait sous Habib Bourguiba

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gilbert-naccache.2.JPGGilbert Naccache, Ex prisonnier d’opinion et un des leaders historiques du Mouvement Perspectives ( Le mouvement de l’Extreme gauche en Tunisie dans les années 60-70)  témoigne :

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment la « justice » fonctionnait sous Habib Bourguiba?

 

Les juges exécutaient «  les ordres reçus »

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait de Qu'as-tu fait de ta jeunesse ?  Itinéraire d'un opposant au régime de Bourguiba (1954-1979) Suivi de « Récits de prison », Paru : Avril 2009, 488 pages.

Ce livre est vendu en Tunisie et à l’étranger (possibilité de le commander via des sites web, il suffit de l’acheter et de le lire.

 

 

 

Page 266

 

Les juges

 

J'ai personnellement eu affaire, à différentes périodes, à deux juges d'instruction, deux substituts du procureur et un procureur, et trois présidents de chambre, sans parler des assesseurs, notamment ceux de la Cour de sûreté de l'État, qui n'ont pas beaucoup parlé, aussi bien les deux magistrats que les deux députés ouvertement destouriens. On ne peut pas dire que ces magistrats aient été les gardiens de l'indépendance de la justice : tous ont exécuté les ordres reçus, avec plus ou moins de zèle et une apparente bonne conscience que n'ont guère troublée nos protestations ni les arguments de nos avocats.

 

Les uns le faisaient calmement, sans états d'âme, d'autres se sont impliqués davantage, ont été cyniques, voire sadiques : il s'agissait de juges d'instruction dont les droits-communs nous disaient qu'ils acceptaient des cadeaux, certains prétendaient même leur avoir parfois procuré des filles, en plus d'argent, en échange d'un adoucissement de la caractérisation de leurs délits, de moindres condamnations. Nous avons appris que l'un de ces juges d'instruction s'était déplacé à la DST, pendant les interrogatoires plus que musclés d'Ahmed Ben Othman, et que son passage n'avait pas fait cesser les tortures.

Par rapport à ces hommes qui, au lieu de faire prévaloir le caractère de pouvoir constitutif de l'État qu'a dans la constitution le pouvoir judiciaire, se sont attelés au contraire à le mettre au service de l'exécutif, je n'ai pas eu de haine, je me suis souvenu du proverbe chinois : « Ne te venge pas de ton ennemi, assieds-toi au bord de la rivière et attends : tu verras passer son cadavre. » Et j'en ai vu passer quelques-uns, des cadavres de ces gens : les trois procureurs, les deux juges d'instruction et deux au moins des présidents de chambre sont morts avant que je ne sorte de prison ou peu de temps après. Mais il reste encore, avec les juges honnêtes qui commencent à parler haut de cette mission, à faire toute la lumière sur le rôle honteux de la justice sous la dictature.

 

 

Gilbert Naccache:

Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? 

 Itinéraire d'un opposant au régime de Bourguiba (1954-1979)

Suivi de « Récits de prison », Paru : Avril 2009, 488 pages.

http://samibenabdallah.rsfblog.org/images/gilbert-naccache-livre.JPG 

 

 

 

 

Lire aussi :

 

 

Tunisie, ces juges patriotes et

ces « autres » qui ont trahi les idéaux de la justice

 

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25.05.2009

Habib Bourguiba à son Premier ministre : Il lui faut des balles ! je vais le tuer! je vais le tuer

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Ahmed Ben Salah avec Habib bourguiba

 

 

 

 

Mohamed Masmoudi [ Ancien Ministre des affaires étrangères. NDLA] se souvient des crises de rage dans lesquelles le chef [ Habib Bourguiba] affaibli se complaisait à la même époque [en 1972] , à la seule évocation du nom de Ben Salah « et il vociférait :



« Je vais le tuer, je vais le tuer ! »*.

Et dans un discours public, il aurait dit :

 

« Il faut des balles pour Ben Salah !

Il faut des balles** »

 



(* Source : Ouvrage « Bourguiba : Le pouvoir d’un seul ». auteur Bernard Cohen. Editions Flammarion. Octobre 1986. Page 63)

** Source: Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT.page 143

 

 


3 ouvrages parus récemment en Tunisie et revenant sur les années 1960-1975 en Tunisie révèlent des pages de plus en plus sombres sur les pratiques du pouvoir sous Habib Bourguiba. En témoigne le cas de M. Ahmed Ben Salah, le presque premier Ministre entre 1960 et 1970. Selon les ouvrages de M ; Abderrahmene Abid et la journaliste Noura Borsali, le pouvoir de Habib Bourguiba aurait cherché à assassiner Ahmed Ben Salah plus d’une fois…et il semble que des hauts responsables au Ministre de l’intérieur ainsi qu’au parti au pouvoir sont compromis dans ces tentatives d’assassinats.



Les faits :



Première tentative d’assassinat.

 



Source : Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT.

 

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Date: Avant 1970 probablement en 1968. Outre Habib Bourguiba, Ahmed Ben Salah accuse le Directeur de Sureté de l’époque et le directeur du parti au pouvoir…




Ahmed Ben Salah – vivant en exil- a adressé une lettre ouverte à Habib Bourguiba.

A la page 218, on y lit :



Cette vérité, je la crie aujourd'hui sans ignorer votre puissance répressive et en sachant que vous êtes fort capable de vous venger terriblement sur les otages familiaux que vous gardez par devers vous. Je la crie après m'être fait justice à moi-même et après avoir échappé à la liquidation qu'on me préparait. Je la crie en sachant que votre Ministre de l'Intérieur a monté, dans plusieurs capitales, des réseaux dispendieux aux fins de mon assassinat à l'étranger, ayant à réussir là où il avait échoué du temps où il était Directeur de la Sûreté Nationale.

A la page 220, on y lit :



Mais ce fut en 1968 que le grand complot faillit réussir, complot organisé par le Directeur de la Sûreté Nationale qui en avait entamé l'exécution de connivence avec le Directeur du Parti et quelques autres qui leur étaient acquis, comme il vous l'étaient, évidemment.



Le but de ce complot était mon propre assassinat et la tentative du Directeur de la Sûreté Nationale en 1968 reposait sur la conviction de Bourguiba que Ahmed Ben Salah était un autre Salah Ben Youssef. Ce rapprochement, vous l'avez fait explicitement, à plusieurs reprises publiquement comme en privé, après 1969,



A la page 221, on y lit :



révélant ainsi ce dont vos proches collaborateurs, et notamment votre Directeur de la Sûreté Nationale en 1968, s'étaient déjà fait l'écho dès cette année-là, selon le témoignage dûment consigné de certains militants.




Le complot ne devait être découvert que par pur hasard, à la faveur d'un conflit qui s'était fait jour, en 1968, entre le Directeur de la Sûreté et la Commandant de la Garde Nationale. Une confrontation des deux parties avait alors été organisée et j'avais été invité à y assister par M. Ladgham. Mais je venais juste d'entrer dans le lieu de la confrontation que M. Ladgham me convainquit qu'il ne fallait pas que j'y assiste, me déclarant : "votre présence est inutile. Ce serait gênant car vous êtes personnellement visé". Je ne devais donc pas assister à cette réunion, mais je devais, au contraire, assister à la comédie de Carthage où s'était réuni le Bureau Politique devant lequel comparaissait le principal accusé, le Directeur de la Sûreté Nationale. Je dois à la vérité de dire que vous aviez parfaitement joué votre rôle en réduisant le personnage à l'état de "descente de lit".




L'individu et ses comparses devaient être arrêtés par la suite, pour séjourner quelques mois à l'infirmerie de la prison, entouré de tous les égards. Il devait la quitter sans jugement, considérant qu'il "n'avait en réalité commis qu'un léger abus de pouvoir", comme vous l'aviez vous-même déclaré dans un discours télévisé à la fin de l'année 1968. Naturellement, j'étais loin de me douter, à l'époque, qu'il avait été remis en liberté parce qu'il n'avait fait qu'exécuter un plan bourguibien et qu'il ne devait son léger châtiment qu'au seul fait de son échec.


Le comble devait être atteint lorsque vous m'aviez demandé, par le truchement du Directeur du Parti, de les recevoir avec leurs complices pour qu'ils s'excusent de leurs "outrances" et justifient de leurs bonnes intentions. Et y a-t-il de mieux intentionné que celui qui décide de tuer un être humain ? !




Deuxième tentative d’assassinat



Source : Ouvrage en arabe de M. Abderrhmene Abis. Titre : Le procès d’Ahmed Ben Salah. Page 193.


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Date: Selon M. Ahmed Ben Salah, la deuxième tentative de l’assassiner aurait eu lieu la veille de son arrestation soit en mars 1970

 pp 194-195-196

 

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La troisième tentative d’Assassinat

 






Source : Ouvrage « Bourguiba : Le pouvoir d’un seul ». Auteur Bernard Cohen. Editions Flammarion. Octobre 1986.

 

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Date: Elle aurait eu lieu alors que M. Ahmed Ben Salah était en prison avant son évasion.

A la page 166, on y lit :

 

 

 



« [Ahmed Ben salah] reste emprisonné jusqu’en 1973, où il s’enfuit de Tunis grâce à des complicités haut placées. Plus tard, il affirmera qu’Allala laouiti devait venir l’abattre dans sa cellule ».



Allala Laouiti était le secrétaire particulier de Habib Bourguiba.(C'est moi qui le précise)


La quatrième tentative aurait eu lieu à l’étranger.




Source : Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT


Date: en 1974



En 1974. M. Ahmed Ben Salah en parle dans son Livre d’entretiens avec Ahmed Ben Salah »- Noura Borsali. Ahmed ben Salah était en exil en Suisse et le pouvoir de Habib Bourguiba lui aurait envoyé Béchir Zarg Layoun.... Il s’agit de l’homme qui a organisé l’assassinat de Salah ben Youssef en Allemagne plus de dix ans avant.Voir couverture à la fin de la page Facebook

 



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A la page 143 on y lit :

 




« il [ Habib Bourguiba] exprimait cette rancœur en faisant assassiner Salah Ben Youssef et en lançant un appel au meurtre contre ma personne, comme cela avait été reproduit par le quotidien français « Le Monde » ou Genevois « La Suisse », en déclarant : « il faut des balles et des balles pour Ahmed Ben Salah ».





A la page 159, on y lit :




Question de Noura Borsali :



A la suite de votre évasion et de vos déclarations à l’étranger qui consacraient la rupture définitive avec le régime bourguibien, Bourguiba avait changé de ton à votre égard. Dans une interview au quotidien « Le monde », parlant de vous, il avait dit : « qu’il aille au diable ! mais il était peut être plus en sécurité en prison que dans la nature. D’ailleurs, s’il se cache aujourd’hui, c’est parce qu’il a peur d’être abattu par une de ses anciennes victimes. »

Réponse d’Ahmed Ben Salah :



Il était bien placé pour le savoir. « il lui faut des balles » avait-il encore dit dans un de ses discours. Bourguiba n’avait jamais lâché. Il avait appelé publiquement à ce qu’on tirât des balles sur moi. Je l’ai lu dans « Le monde ». D’autres avaient dit aux gardiens : « il ne sortira de prison que les pieds devants ».



Question De Noura Borsali :




Dans son discours du 1 er aout 1973, Bourguiba offrait le pardon ( « valable jusqu’au 31 décembre 1973 à minuit ») aux opposants à l’étranger ainsi qu’Ahmed Ben Salah et ses amis » avait-il souligné, en vous proposant de rentrer au pays, mais tout en précisant qu’après votre retour éventuel, vous devriez « être régulièrement jugé », et qu’il se réservait par la suite le droit de vous accorder la grâce. Etait-ce une tentative de réconciliation nationale et donc une rectification des options du régime ? ou, comme l’a écrit Michel Camau, « une dernière sommation préludant à une lutte sans merci » ?


Ahmed Ben Salah :




C’était de la trahison qui se préparait. Pour moi, c’était fini. Il ne faut pas oublier que Zarg el ayoun avait été arrêté à Genève, en 1974, avec des armes. Sur une manchette d’un journal suisse, nous avions pu lire : « tentative d’assassinat contre Ben Salah. » il avait dit qu’il était venu comme intermédiaire entre Bourguiba et Ben Salah…avec une arme !


A la page 176, on y lit :



Question de Noura Borsali :



Est-il vrai qu’après votre évasion et durant les premières longues années de votre exil, vous aviez vécu caché et déguisé.



Ahmed Ben Salah :



J’étais pourchassé. Kreisky [ Il s’agit d’un Ministre autrichien ami avec Ahmed Ben Salah. NDLA] recevait tous les jours un rapport sur le mouvement des Tunisiens à Vienne. Des dizaines de faux étudiants tunisiens s’étaient inscrits à l’Université de la ville. Je voulais refaire mes études à l’université de Viennes mais Kreisky me l’avait déconseillé. Je vivais tout à fait normalement, mais j’étais déguisé. Kreisky m’avait envoyé un jour chez une coiffeuse pour changer ma coiffure si bien que j’étais devenu méconnaissable, même pour moi.

 

 

 

Comment les hommes de Habib Bourguiba

ont voulu assassiner Ahmed Tlili

 

 

 

 

  

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Comment les hommes de Habib Bourguiba

Ont assassiné Salah Ben Youssef

 

 

Sa femme hurle sa détresse et crie :

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Ambulance ! ambulance !

Salah Ben Youssef était couvert de sang

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19.05.2009

Tunisie: L'Histoire ne pardonne pas...(le complot de 1962)

 

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La tentative de Coup d’Etat de 1962

 

La Tunisie en 1963 par Azzedine Azzouz (paix à son âme)

 

 

"Après la relève de minuit, j'entendis les portes des cellules s'ouvrir brusquement les unes après les autres. Les cris horribles des prisonniers que l'on frappait à coups de ceinturons parvenaient à mes oreilles. Les fracas de portes que l'on ouvrait et que l'on fermait et les cris

horribles se rapprochèrent de ma cellule ; mais les gardiens ont dépassé la mienne pour perpétrer la torture sur les autres prisonniers"

(…)

"Je fus éveillé par d’atroces cris de douleurs provenant de pièces avoisinantes. Je réalisai promptement que l’interrogatoire nocturne commençait… Je peux décrire ici ce que j’ai entendu ce soir-là : tortures, supplices, cris inhumains, coup de cravache, étouffements à l’eau, brûlures à la cigarettes et à l’électricité, supplice de la bouteille…Je ne pouvais en croire mes oreilles et m’imaginer vivre en plein vingtième siècle, dans une Tunisie moderne et indépendante sous la présidence de Bourguiba. Un policier de stature colossale fit irruption dans la pièce où j’étais, une cravache à la main et tout en sueur à forcer de frapper les détenus"

 

Cliquez sur le lien pour télécharger le document

 

Azzedine Azzouz- l'Histoire ne pardonne pas-Blog Sami Ben Abdallah.pdf

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17.05.2009

Tunisie: Lettre de Ahmed Ben Salah à Habib Bourguiba (partie 2)

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Partie 2

 

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 227. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

son visage reflétait les violences verbales que vous lui aviez fait subir, sans doute pour le convaincre que je l'avais "humilié", comme vous l'avez dit. Je n'avais ni les moyens, ni l'intention de l'humilier et je ne l'avais humilié en rien. La vérité, que nous devions apprendre bien plus tard, est qu'un équipement spécial avait été mis à votre disposition pour que vous puissiez suivre l'enregistrement de la discussion avant sa diffusion radiotélévisée. Vous aviez devant vous un récepteur de télévision particulier qui vous a permis de suivre le développement de la discussion. Sitôt qu'elle eut pris fin, vous vous étiez précipité au téléphone pour exécuter l'un des dernier actes du complot en soulevant contre moi M. Bahi Lagdham et en le préparant ainsi au rôle qu'il devait tenir, plusieurs mois durant, après que vous l'eussiez "monté" et jeté dans l'opération, pour fendre sur lui par suite, comme on le sait aujourd'hui.

 

 

 

5)- Sans doute le peuple tunisien se souvient-il encore que tous les cadres nationaux, régionaux et locaux s'étaient lancés dans l'application de la réforme agraire au point que chaque membre du Bureau Politique avait parrainé un ensemble d'unités coopératives de production pour veiller sur elles et sur leur gestion et pour les aider à résoudre leurs difficultés. Assurément n'y avait-il là rien d'étonnant : d'une part, tout le monde savait que vos directives étaient claires à ce sujet et, d'autres part, la réforme s'accomplissait dans le cadre d'un dialogue que le pays n'avait encore jamais connu. Ce dialogue se développait publiquement, sur la base de documents qui étaient préparés par les cadres dans les régions.

 

 

Qu'y avait-il donc de choquant dans les hésitations et les oppositions à partir du moment où il s'agissait de renouer et transformer la Société et les rapports économiques et humains et quelle mutation révolutionnaire ne s'accompagne-t-elle de pareilles hésitations ou oppositions ?

 

 

 

Ce climat n'était susceptible d'engendrer aucun péril et il n'en créa point, en dépit des entreprises de certains éléments qui incitaient à la révolte comme il en fut à Ras-El-Djebel par les soins de qui vous savez. J'avais alors fermement arrêté le processus en reportant l'application de la réforme jusqu'à ce qu'un accord intervienne avec les cadres régionaux, et je fis de même lorsque certains autres poussèrent à la révolte à Hammamet.

 

 

Ce climat n'était de nature à engendrer aucun péril et, de fait, il n'en créa point, en dépit de vos tentatives personnelles pour m'inciter à jeter telle personne en prison parce qu'elle persistait dans sa résistance. J'avais alors insisté auprès de vous pour qu'il n'en fût rien et vous avais promis de l'inviter à assister au Conseil d'Administration de l'Office de la Madjerda dans l'espoir que nous le convaincrions des avantages de la réforme.

 

Le pays n'avait encouru, de fait, aucun péril, malgré les outrances de certains responsables à des niveaux secondaires et les violences qu'ils firent subir à certains citoyens que ce fût pour des raisons personnelles, ou pour exécuter des instructions secrètes, ou encore par inaptitude à la persuasion et à l'opération de façon aimable afin que ne fussent point violentés les citoyens, comme je l'avais personnellement recommandé et comme cela était paru en caractères gras dans le journal "El Amal".

 

 

Mais il est aujourd'hui évident que ceux des Gouvernants qui étaient propriétaires fonciers et ceux qui faisaient des calculs politiques n'étaient pas satisfaits du succès attendu de la réforme. Les uns avaient été entraînés à l'exploitation de l'homme, alors que les autres mettaient à profit l'indépendance et leur pouvoir politique pour accéder à la propriété des fermes et des vergers

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 228. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

que certains avaient achetés aux Français à des conditions incompatibles avec les intérêts nationaux. Jouissant de l'appui du palais, les uns et les autres manifestaient un accord apparent en public, mais préparaient dans l'ombre leurs dagues pour enrayer l'expérience et abattre l'homme que vous leur aviez servi en appât, après avoir décidé de l'éliminer.

 

 

Le succès de ma visite à Sfax a bien pu être la goutte qui aurait fait déborder tous les vases. Sfax dont la population avait adopté la réforme, au grand dam des intrigants qui partageaient votre espoir qu'elle fût la tombe de cette réforme. Il devait en être autrement, malgré les tractations et les manœuvres dont nous eûmes connaissance plus tard.

 

Plus tard aussi j'appris votre courroux, un jour que vous assistiez à la retransmission télévisée des images de la liesse populaire et de l'accueil enthousiaste que le Gouvernorat de Sfax réservait à l'un de vos collaborateurs. Devant le spectacle vous ne cessiez de répéter : "Est-il possible qu'un tel accueil soit réservé à quelqu'un d'autre que moi, de moi vivant ?". C'est que l'homme avait dû surmonter de grands obstacles pour appliquer une politique dont vous aviez été le premier défenseur et dont vous vouliez couronner votre combat en cherchant, à travers elle, à transformer la société, mais pensais-je quant à moi dans le cadre d'une unité profondément enracinée, une unité populaire authentique, non une "unité nationale" qui en est la version défigurée dans la mesure où elle ne fait que liguer les privilégiés et les opportunistes.

 

 

N'aviez-vous pas déclaré à plusieurs reprises que la réforme était une action historique et qu'il fallait la mener à bien au plus vite, pendant que vous êtes encore en vie ? C'est que vous croyiez être le seul en mesure de persuader le peuple alors et surtout que vous pensiez la tentative vouée à l'échec si vous deviez disparaître avant qu'elle ne se concrétisât.

 

 

Et de fait, plusieurs hauts responsables n'appliquaient la réforme que parce qu'ils étaient convaincus que vous y étiez attachés.

 

 

Certes, ils participaient à sa mise en œuvre à tous les niveaux : dans les Ministères, à la Banque Centrale, dans les Gouvernorats, à la Direction du Parti et des Organisations Nationales. Mais ce n'était ni par conviction de principe, ni parce qu'ils me craignaient, mais bien par discipline vis-à-vis du Chef du Parti et de l'Etat. Et toute la différence entre eux et le plus grand nombre, dont j'étais, résidait en ceci que, tout en partageant le même comportement discipliné, nous étions, nous autres, convaincus de l'audace, de la sincérité et de l'efficacité de l'orientation socialiste qui nous faisait un devoir de transformer et de rénover radicalement la Société, notamment dans le secteur agricole et au niveau des rapports économiques et sociaux qui s'y nouent.

 

6)- Mais en septembre 1969 et dans les mois qui suivirent, on sait ce qu'il en fut. Et je reconnais sans en éprouver la moindre gêne que je fus stupéfait par la brutalité de votre "revirement". Je n'avais, alors, entrepris aucune analyse, ni tenté la moindre explication, ni conçu, plutôt, aucune réplique. L'attachement à la cohésion prit, en moi, le pas sur mon vif sentiment que l'opération était erronée et que vous vous étiez préparé à trahir toute l'expérience.

 

 

 

Je devais par la suite, accepter d'être nommé Ambassadeur à Madrid et on me demanda effectivement les renseignements nécessaires dans ce but. Soumise au Gouvernement intéressé, la nomination fut effectivement agréée. Mais, une fois de plus, la situation devait se retourner et l'on déclencha contre moi les opérations de violence sans que jamais je ne fûs entendu, ni par vous-même, ni par le Bureau

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 229. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

Politique, ni, plus tard, par la bizarre commission parlementaire dont la présidence échut à une de ces personnes qui font la "fierté" du pays, grâce en particulier à sa haute moralité et sa non moins haute compétence... ! ! De nouveau je devais être surpris par l'interdiction qui me fut faite de ne participer à aucune réunion électorale, avant qu'on décide de m'appliquer la loi adoptée en avril 1969, en vertu de laquelle devait être déchu de son mandat. Le député exclu de son Parti ou de l'organisation nationale qui l'avait présenté. -Encore- faut-il remarquer que cette loi ne devait jamais être appliquée qu'une Seule fois, et ce fut très précisément à moi-même. Ce qui veut dire, en clair, que le complot avait été calculé jusque dans ses moindres détails. Plus tard, lorsqu'un autre député tomba sous le coup de la loi, vous vous étiez aperçu de l'inutilité de la chose et la disposition fut rétroactivement abrogée, portant effet à compter d'une date permettant à l'intéressé de retrouver son mandat !

 

 

La trame du complot s'éclaircit ainsi davantage, ce complot qui visait une personne sur laquelle vous aviez décidé de fendre par tous les moyens, en attendant peut-être sa liquidation en prison, ou maintenant à l'étranger.

 

 

- Les campagnes hystériques devaient, par la suite, se succéder contre ma personne et contre tout ce qui avait été fait sur près de dix ans. Et l'on fit un grand tapage sur l'improvisation, la mauvaise question, les entreprises économiques, outre l'abus de confiance et la volonté d'accaparer le pouvoir.

 

 

7)- Il vous revint d'inaugurer personnellement cette belle et grandiose épopée bourguibienne. Etje fus accusé entre autres d'improvisation, moi qui avais pourtant combattu pour que le plan devienne le principe de nos actions et une méthode d'éducation tendant à la formation de notre conscience collective. Evidemment ceux qui ont le privilège de tout connaître et de tout savoir se sont bien gardés de préciser en quoi il y avait improvisation, cette improvisation dont j'ai souffert plus que tout autre.

 

 

 

Car, en vérité, l'improvisation a été la constante de votre propre comportement put le temps que j'avais assumé la responsabilité du Plan. Que de factures pleuvaient dru sur moi pour payer notamment des travaux à Carthage et à Monsatir ! Que d'instructions données pour construire un hôtel ou pour agrandir un autre et qui m'étaient transmises par mes collaborateurs dans le secteur touristique ! Et que d'autorisations d'ouverture de centres d'artisanat non prévus et qui m'étaient notifiées après commencement d'exécution par les responsables - régionaux et parfois même locaux ! Et jusqu'à cette grande usine de textile montée a Monastir et dont je ne devais entendre parler que par la voie de la presse, à l'occasion de l'inauguration des travaux, et que de mal avions-nous eu, par la  suite, pour la réformer parce qu'elle avait été construite sans études préalables et en contradiction avec les décisions du Plan !

 

 

Voilà quelques cas précis de cette improvisation dans laquelle j'avais dû dépenser mon énergie et dont on ne devait pas moins exciper contre moi après le déclenchement de la crise. Au-delà, c'est, cependant, tout le problème de la Mauvaise gestion qui se trouve posé. Mais le mensonge, en la matière, ne peut que aire long feu, car si la gestion a bien été audacieuse, elle n'en a pas moins été saine. Ce, en dépit des difficultés que le pays avait rencontrées par suite de la bataille de Bizerte, de la dégradation de nos rapports avec la France, de l'abandon des terres précédemment gérées par les colons et par suite des années de sécheresse. Le pays avait, en dépit de tout cela et grâce aux sacrifices de tous ses enfants, réussi à établir une monnaie, le dinar Tunisien, encore non reconnue avant 1964, et à en

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 230. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

maintenir la stabilité jusqu'à ce jour encore malgré les dévaluations de monnaie auxquelles la nôtre est liée.

 

 

 

C'est bien là un symbole et la preuve qu'aucune catastrophe ne s'était abattue sur le pays et qu'il n'en avait jamais été menacé, ni de près ni de loin. Il en aurait été autrement et vos affirmations comme celles de tous mes accusateurs auraient été exactes, qu'une dévaluation se serait, en effet, imposée. Il suffit, à cet égard, de revoir les appréciations du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale pour les années 68 et 69 où pour la première fois, notre balance des paiements avait dégagé un excédent appréciable. Cet excédent s'est encore consolidé avec l'accroissement de la production industrielle et touristique vers la fin de la décennie, alors même que la production agricole s'était dégradée, dégradation imputable à la succession des années de sécheresse qui avaient également affecté le cheptel, et malgré l'état d'abandon sur lequel se trouvaient les terres domaniales avant la réforme.

 

 

A ce stade, il est utile de rappeler que plus de la moitié des investissements réalisés jusqu'en 1969 étaient des investissements rentables à long terme, tels que les équipements scolaires et sanitaires, la formation des cadres, l'équipement agricole (barrages, périmètres irrigués, boisement etc...), l'infrastructure dans le secteur des transports et communications.

 

 

 

Cette politique avait fait l'objet d'une approbation unanime, sans aucune exception ni au sein du Parti, ni du Gouvernement, ni de l'Assemblée Nationale, ni au niveau régional. Elle était inscrite dans nos premiers Plans et tendait à impulser le pays vers l'action et la réforme après qu'il eut été étouffé par l'emprise du colonialisme aggravée par l'incurie qui fut le propre de l'action économique dans les toutes premières années de l'indépendance de 1957 à 1961, comme on l'a reconnu dans le document intitulé "Rétrospectives Décennales 1962-1971) et émanant de l'actuel Ministère du Plan.

 

 

Pourtant, et en dépit de l'affectation de plus de la moitié des investissements à la préparation de l'avenir du pays, malgré tous les obstacles que nous avons cités (décolonisation à Bizerte et dans l'agriculture, crise de nos relations avec la France, années de sécheresse), et malgré les diversions et les improvisations du Chef de l'Etat, le produit intérieur brut ne s'en est pas moins accru aux taux de 4% en moyenne annuelle, comme l'a reconnu la publication précitée de l'actuel Ministère du Plan. Encore faut-il remarquer que cette publication estimait que la production agricole avait décru de 2% en moyenne annuelle, alors que l'actuel Ministre de l'agriculture affirme qu'elle avait progressé au taux de 1%, la différence entre les deux estimations étant ainsi de 3%.

 

 

Il appartient aux économistes d'évaluer l'effet de cette différence sur le taux de croissance moyen de la production brute globale, c'est-à-dire sur les 4% reconnus. Ce taux est, en tout cas, une performance non négligeable pour un pays qui entreprenait une expérience inédite ou presque dans tous les domaines et en matière de développement plus particulièrement.

 

 

Il faut également remarquer qu'il ne s'est trouvé personne pour mettre en évidence, oralement ou par écrit, l'importance de l'accroissement du produit brut au taux approximatif de 10% en 1968, accroissement dont il était prévu qu'il resterait au moins à ce niveau, ce qui se serait réalisé n'étaient les inondations de 1969 et l'arrêt de la production dans certaines régions, notamment dans le secteur minier, ainsi que l'arrêt des exportations de plusieurs produits. Personne n'a évidemment évoqué cela alors que, au contraire, tous surenchérissaient pour

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 231. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

exploiter sans retenue les efforts de la nation tout au long de la décennie écoulée et s'attribuer les mérites des performances réalisées dans ses dernières années, les imputant à leur génie, comme si tout ce qui avait été fait sur près de dix ans n'y était pour rien, ou presque.

 

 

S'agissant, maintenant, des entreprises publiques, que n'en a-t-on pas dit, et que d'assainisseurs", de réformateurs et d'excellents gestionnaires ne sont-ils apparus ! Quel monde ubuesque et quelle étrange mentalité, décidément !

 

 

Il est de mon devoir de rappeler que j'avais hérité, en 1962-1963, d'une situation dégradée dans les secteurs des mines et de l'industrie. Qu'on révise également l'état dans lequel se trouvait la Société Tunisienne du sucre par comparaison avec ce qu'elle est devenue par la suite. Qu'on se remémoré aussi ce que nous avions enduré du fait de la Société Nationale de cellulose de Kasserine et les améliorations qu'on y a introduites malgré l'accumulation des difficultés engendrées par la confusion qui y sévissait. Qu'on se rappelle aussi du nombre de mineurs en 1963, au moment où je recevais la charge de ce secteur, et que l'on compare avec la situation en 1968-1969.

 

 

Et pourtant je n'avais rien dit de la mauvaise gestion, de l'incurie des négligences flagrantes que nous ne trouvions pas de documents suffisants pour établir, mais qu'il serait peut-être possible de prouver par la suite. Et je n'ai pas fait le moindre discours pour jouer aux "assainisseurs" de la mauvaise gestion d'autrui, de ceux-là même qui y jouent aujourd'hui. Je ne disais rien, parce que je suis de ceux qui croient à la responsabilité gouvernementale solidaire.

 

 

 

D'un autre côté, l'Etat avait engagé ses capitaux pour constituer plusieurs entreprises publiques dont le nombre égale ou dépasse les soixante-dix, autant que je m'en souvienne, qu'il s'agisse d'Offices ou d'entreprises Industrielles et Commerciales. Certaines de ces Entreprises Publiques avaient traversé des situations très difficiles en raison de l'insuffisance des capitaux et du manque de cadres. Toutes, cependant, se prêtaient à l'amélioration et toutes étaient en mesure de réaliser les objectifs qui leur étaient assignés. C'est le lieu ici de prendre utilement quelques exemples dont on a tant parlé.

 

 

Compagnie des phosphates Sfax-Gafsa. Comme on sait, il s'agit d'une vieille entreprise dont l'Etat détient la moitié du capital social et qui pourvoyait à ses propres besoins. Elle était bénéficiaire tant qu'elle possédait le domaine du "Chaâl" et qu'elle exploitait la ligne du chemin de fer Sfax-Gafsa, en plus des gisements, évidemment.

 

 

La situation de la Compagnie devait commencer à se dégrader du jour où l'Etat avait repris la domaine du "Chaâl" qui rapportait à la Société entre cinq cent mille et un million de dinars, les impératifs de la politique gouvernementale en matière de transports devaient, par la suite, conduire à l'unification du réseau ferroviaire au sein de la SNCFT. A cela il faut ajouter la faible teneur du phosphate, des moyens de production et la situation sociale dégradée que nous avions trouvée dans la région.

 

 

Il ne s'est trouvé personne pour mettre en relief ces circonstances, et l'on s'est contenté d'affirmer qu'on était prêt à engager un effort considérable pour améliorer la situation de la compagnie. En 1967-1968, j'avais, pour ma part, passé au crible sa situation et avais pris plusieurs mesures sociales pour améliorer la condition des ouvriers et apprêter de nouveaux équipements dans le but d'enrichir le phosphate. De nouveaux gisements devaient être découverts, et j'avais conclu un accord avec un gouvernement étranger en vue de moderniser l'équipement de la Compagnie

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 232. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

 

en contrepartie de la vente de phosphate à l'Etat intéressé. La convention avait, alors, été signée par un membre de l'actuel gouvernement qui, à l'époque, était mon collaborateur.

 

 

 

Société Hôtelière et Touristique en Tunisie: Cette Société avait été créée avant que je ne prenne en mains le Plan à un moment où ses moyens étaient très modestes, puisqu'elle ne possédait qu'un petit nombre de lits. Nous avions alors audacieusement lancé cette activité économique, ce qu'on nous reprochera peut-être aujourd'hui. La Société prit l'initiative de construire plusieurs hôtels, avant que les particuliers ne comprennent l'importance du secteur touristique dans lequel ils devaient finir par investir massivement, fortement encouragés par l'Etat, et notamment après la réforme commerciale qui avait permis la conversion de plusieurs capitaux du secteur commercial au secteur touristique. On multiplia alors les réunions entre toutes les parties intéressées et l'on décida, de la sorte, des moyens propres à améliorer la situation de la Société. En fait, celle-ci ne souffrait pas d'une mauvaise gestion mais d'un certain gigantisme auquel il était devenu nécessaire d'adapter définitivement les modalités du financement et les formes juridiques pour permettre à la Société d'évoluer favorablement. C'est dans ce sens qu'un accord général se fit sur les mesures essentielles dont l'exécution était prévue pour 1968 et 1969.

 

 

 

Autres observations dans ce domaine : En tout cas, je n'avais pas hésité à recourir à la Banque pour examiner et passer au crible la situation des entreprises publiques, et vous étiez parfaitement au courant de cela. Une délégation d'experts devait examiner sur place vingt-cinq entreprises auxquelles elle devait soumettre des propositions précieuses. Les conclusions des experts n'étaient sévères que relativement à deux d'entre elles : l'Office des pêches et l'Office de l'Artisanat. Je n'en dirai jamais assez sur ce que j'ai dû endurer de ces deux entreprises et de certains de leurs dirigeants qui se prévalaient ouvertement de votre protection personnelle, laquelle protection ne souffrait aucune discussion.

 

 

 

S'agissant des autres entreprises, elles firent l'objet d'un rapport de la Banque Mondiale en accord avec le Ministère qui engagea les procédures d'exécution. Ce rapport avait été remis en juin ou juillet, aux responsables de la Présidence et à la Banque Centrale et je vous en avais informé dès le mois de mai, à mon retour des Etats-Unis. Au reste, les déclarations que, en réponse à une question parlementaire, j'avais faites à l'Assemblée Nationale au sujet des entreprises publiques, étaient directement inspirées des conclusions de ce rapport.

 

 

Tout cela ne devait pas empêcher les responsables d'utiliser, par la suite, et sans aucun scrupule tous les rapports et toutes les mesures et les analyses, en attribuant les mérites à la commission des "assainisseurs" et allant jusqu'à passer entièrement sous silence tous les éléments qui viennent d'être rappelés, y compris le rapport de la Banque Mondiale et les travaux qui l'avaient précédé et suivi.

 

 

Faut-il également oublier que l'actuel Premier Ministre, peut-être après s'être assuré de la réalité et relégué les slogans de propagande, avait explicitement déclaré devant l'Assemblée Nationale que les entreprises publiques n'étaient pas déficitaires dans l'ensemble ?

 

 

Au reste, les entreprises publiques étaient gérées par des conseils d'administration composés de représentants des Ministères intéressés et des Banques. Elles étaient tenues de communiquer copie de tous leurs documents à la Présidence. Vous nommez en principe leurs dirigeants et ceux qui l'étaient sur ma proposition étaient fort peu nombreux. Certains d'entre eux sont, d'ailleurs, restés à la tête

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 233. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

De leurs entreprises, lorsqu’ils n’ont pas été élevés au niveau des responsabilités gouvernementales. Il s’en est pourtant trouvé qui s’en sont pris à ma personne et critiqué les entreprises publiques, alors même qu’ils les supervisaient ou les dirigeaient toutes au sein du Ministère avec des pouvoirs étendus, eu égard à leurs compétences.

 

7)- De quels instruments me serais-je servi pour prendre le pouvoir ? Je ne disposais de rien pour ce faire, sinon de mon enthousiasme dans l’application d’une politique dont il ne fallait entendre rien d’autre que l’effarouchement ou la panique des privilégiés et autres comploteurs alors que la classe déshéritées, les classes laborieuses étaient lentes à convaincre. Il s’agissait, en effet, d’une politique aux objectifs lointains qui nécessitait de longues années de labeur et de sacrifices que la réaction et autres comploteurs et opportunistes n’avaient jamais acceptés.

 

En conclusion, l’évidence éclate aux yeux de tous ceux qui ont vécu les événements et m’ont suivi dans mon exposé, encore qu’il ne couvre  que bien peu d’éléments : la machination de 1969 a été voulu par vous-même qui avez abusé de votre pouvoir pour vous ériger en porte-parole de la réaction et vous faire aider par des individus du pire acabit comme par des personnalités étrangères qui  vous avaient rendu le service de vous fournir des rapports opportuns. Vous avez-vous-même envoyé pour rendre hommage au gouvernement, un de ces rapports dont l’Ambassadeur était l’auteur et qui, le premier, vous a fourni l’expression «  catastrophe économique ».

 

Ainsi vous vous êtes fait le porte drapeau du pire produit du colonialisme, l’impénitence réaction de vieille souche, comme du pire produit de l’indépendance, la nouvelle classe et les opportunistes, aussi assoiffés de richesses qu’acharnés et les développer et à les défendre. L’histoire établira que l’image que vous lui avez voulu laisser de Habib Bourguiba, cette image que vous sculptez par vos propres soins ou par certains professionnels de la flatterie « scientifique », que cette image est compromise par les poisons que vous vous êtes inoculés à vous-même.

 

L’Histoire est un inexorable tamis. C’est aussi un redoutable instrument aux mains des peuples. Nul ne peut échapper au jugement de ceux-ci ni au verdict de celle-là.

 

Combien demeure vraie la prédiction d’un leader tunisien il y a de cela prés de trente ans qui a dit : «  la Tunisie, après avoir connu le protectorat de la France, connaitra la tyrannie de Bourguiba ». et j’étais, à l’époque, de ceux qui s’élevaient violemment contre ces paroles. aujourd’hui, je dis avec les masses : « la nuit finira par se dissiper et les chaines finiront par se briser ».

 

Ahmed BEN SALAH

 

 

24.04.2009

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (4)

  

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (1). Cliquez ICI

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (2).Cliquez ICI

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (3).Cliquez ICI

 

 

Le bilan que dresse Ahmed Tlili de la Tunisie en 1966 est catastrophique: injustices, corruption, répression des oppositions....

 

A la page 27 (exemple parmi tant d'autres) de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili, on y lit:on y lit:

"la chose publique dans l'abnégation. Pourquoi ? Parce que les normes équitables n'ont pas été respectées dans le recrutement et l'avancement de ces jeunes à leur entrée dans la vie. Au lieu de leur appliquer les critères de justice et d'égalité pour tous, tels que les examens et les concours, on s'est basé sur des considérations de personnes ou de parenté, ou encore sur la fidélité présumée. A tel point que personne n'ignore aujourd'hui que les nouveaux effectifs de nos administrations et des entreprises nationalisées ou semi-nationalisées sont constituées presqu'exclusivement de fonctionnaires de la même ville, de la même région ou de la même famille dite spirituelle, autrement dit, on retrouve partout les clients de tel ou tel homme politique influent, à quelques exceptions près."

 

1192094717.3.JPGA la lumière de plusieurs documents rares et méconnus sur la Tunisie sous Habib Bourguiba, les questions se posent:  L'Histoire de la Tunisie est-elle à réécrire car trop de mensonges? Qui assume la responsabilité politique de toutes ces injustices? La Tunisie sous Habib Bourguiba est-elle un Etat "moderne" ou un Etat "policier"? Quel est cet héritage de Habib Bourguiba aux Tunisiens?  Libre à chacun de se faire un avis. Les faits demeurent têtus

 

 1438897459.jpgLettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili. Imprimeries Réunies.Tunis-1988. Merci à Youssef Tlili -petit fils de feu Ahmed Tlili- qui à Tunis m'a donné ce document rare. Le Blog Sami Ben Abdallah publie sur plusieurs parties l'intégralité de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba écrite par feu Ahmed Tlili.

 

 

 

 

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 25-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

Cette dernière, créée à des fins politiques pour surplanter l'U.G.A.T. dissidente, a. fait un mauvais départ et n'a pu donner à l'agriculture une impulsion notable pour une série de raisons qui ont freiné l'action des cadres dont certains sont très compétents.

 L'U.T.I.C.A., qui devait pendant l'indépendance, amener l'initiative privée à concourir efficacement au développement économique du pays s'est trouvée, elle aussi, handicapée, dès le départ par le retrait aux chambres économiques de la plus grande partie de leurs attributions. Ses difficultés sont dues aussi au dirigisme étroit et désordonné qui a caractérisé la politique économique du pays pendant ces dernières années et que personne ne pouvait corriger, faute de liberté d'expression. Enfin, les immixtions successives dans les affaires intérieures de cette organisation notamment par la nomination à sa tête de directeurs étrangers à la profession, ont achevé le découragement de ses dirigeants qui ont fini par accepter de faire jouer à leur centrale le rôle de simple figurant.

 

 

Sur le plan estudiantin, la crise de l'U.G.E.T., qui se poursuit depuis quelques années, a une portée plus vaste si on l'examine sous son véritable jour. Une tradition s'est instaurée depuis l'indépendance, consistant à accorder des postes importants à ses dirigeants successifs sans tenir compte de leur compétence par rapport à celles de leurs camarades. Le résultat de cette politique s'est trouvé confirmé par le mot le plus célèbre d'un homme d'Etat "Quand il y a une charge à octroyer alors qu'il y a cent postulants, on crée un ingrat et 99 mécontents".

 

 Cette raison, conjuguée avec la limitation toujours croissante des libertés, a suscité chez nos étudiants un sentiment de malaise qui grandit de jour en jour, lequel sentiment n'a pas manqué d'être décelé par le pouvoir qui a essayé d'y remédier par des moyens qui se sont avérés plus nocifs que le mal lui-même, aboutissant à créer de toute pièce un véritable problème de la jeunesse dans son ensemble.

  

En effet, le pouvoir a cru bon de noyauter l'U.G.E.T. et de la submerger par la création, en son sein, de troupes de choc relevant directement du Parti. Il couronne l'opération par la fusion des divers mouvements de jeunesse, scouts compris, dans une formation nationale recevant ses mots d'ordre d'en haut.

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 26-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

 

 

Or, même vue sous l'angle purement tactique, cette unification imposée débouche inéluctablement sur l'étalement du mécontentement et fausse par là même l'esprit de tous les jeunes en général, même ceux groupés dans la jeunesse destourienne déjà mécontente des structures du Parti.

 Car la sagesse la plus élémentaire commande de laisser au jeune la plus grande marge possible de liberté, sans quoi, il ne pouvait s'épanouir et développer toutes ses facultés naturelles. Le tout est une question de dosage. Dans ce domaine, il faut faire la dist inction entre l 'orientat ion discrète et l'absolutisme qui engendre la réaction de révolte. Dans une même famille composée de plusieurs frères jeunes, on découvre des penchants différents. Malgré qu'ils aient les mêmes parents et qu'ils vivent dans le même milieu, l'un peut être attiré par la politique, l'autre par les arts, le troisième par les sports, le quatrième par les sciences, le cinquième par la vie socialiste, etc. Il s'agit de respecter la personnalité de chacun en tenant compte de son tempérament et de ses aptitudes naturelles au lieu de vouloir les modeler dans un même moule, si l'on veut obtenir de chacun d'eux des compétences plus vastes parce que librement développées. Cette variété dans la complémentarité sera le plus grand fauteur d'harmonie de notre société de demain parce que le jeune, qui a été élevé dans le respect de sa personnalité par la liberté dont il a joui, pendant son âge critique, sera, lorsqu'il devient adulte, plus respectueux de la liberté des autres. Dans le cas contraire, il se forme en lui une tendance précoce à la dictature et au fascisme par réaction inverse et par contamination.

 

Ce sont là les raisons pour lesquelles, sans être un grand pédagogue, on peut être partisan de la liberté pour les jeunes afin d'éviter à l'avenir du pays les dangers d'une formation basée sur le dirigisme à outrance.

 

 Sur un autre plan, les prémisses qu'on décèle déjà chez nos jeunes, qui viennent d'affronter la vie depuis quelques années, ne sont pas encourageantes. Le comportement de la jeunesse active à l'égard de l'intérêt général laisse beaucoup à désirer dans son ensemble. Il se distingue par trois caractéristiques principales : l'arrivisme, l'indifférence ou l'hostilité à l'égard du régime. Entre les trois, il n'existe pas d'autre attitude telle que l'idéalisme sincère qui donne naissance au dévouement

 

 

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 27-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

la chose publique dans l'abnégation. Pourquoi ? Parce que les normes équitables n'ont pas été respectées dans le recrutement et l'avancement de ces jeunes à leur entrée dans la vie. Au lieu de leur appliquer les critères de justice et d'égalité pour tous, tels que les examens et les concours, on s'est basé sur des considérations de personnes ou de parenté, ou encore sur la fidélité présumée. A tel point que personne n'ignore aujourd'hui que les nouveaux effectifs de nos administrations et des entreprises nationalisées ou semi-nationalisées sont constituées presqu'exclusivement de fonctionnaires de la même ville, de la même région ou de la même famille dite spirituelle, autrement dit, on retrouve partout les clients de tel ou tel homme politique influent, à quelques exceptions près.

 

 

 

Ces injustices, dans un pays où la fonction publique constitue un privilège, sont commentées dans tous les milieux et ont surtout des répercussions très dangereuses sur le moral des jeunes aussi bien ceux qui travaillent que ceux qui poursuivent encore leurs études : les uns sont satisfaits tout en restant insatiables, les autres sont mécontents et se retranchent dans une indifférence qui dégénère rapidement en opposition.

 

 

 

Un phénomène analogue, mais d'une signification beaucoup plus profonde, se retrouve dans l'accession aux responsabilités politiques : la plupart des jeunes qui ont risqué leur carrière et parfois leur vie en militant, durant leurs études secondaires ou supérieures, dans les rangs, du Parti où ils étaient pour ainsi dire élevés, où ils ont assumé de lourdes responsabilités pendant des années, n'y militent plus aujourd'hui ou, tout au plus, s'inscrivent pour la forme dans une cellule sans déployer la même activité qu'auparavant. Certains d'entre-eux se consacrent entièrement à leur profession libérale pendant que d'autres acceptent un emploi quelconque dans une entreprise analogue et se trouvent ainsi perdus pour le Parti.

 

 La réalité est que cette catégorie de jeunes, qui a acquis, en même temps que ses diplômes universitaires une formation politique éprouvée par la pratique au cours de longues années de militantisme, se trouvent être remplacée au Parti par des jeunes de la même génération, ou même par des plus vieux qu'eux, venus de l'extérieur et appartenant aux horizons les plus divers. L'explication en est la suivante : le Parti étant de

 

 

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 28-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 venu un appareil dont les fonctionnaires sont nommés par le sommet, il n'y a plus de place pour les intellectuels militants qui désirent servir et percer, les horizons étant hermétiquement bouchés. La place est donc laissée aux autres dont certains sont des transfuges et même d'anciens collaborateurs du régime défunt. Ces derniers, se croyant plus intelligents que les premiers, estiment plus malin de jouer le jeu en entrant dans le système, tel qu'il est, pour, satisfaire leurs ambitions matérielles et morales, sans pour autant croire au régime et en ses hommes qu'ils pensent supplanter à la première occasion favorable, alors que la première catégorie de jeunes, malgré son éloignement, garde un certain attachement nostalgique à ce qui a été son Parti et à ses anciens dirigeants.

 

 

 En résumé, dans tout le problème de la jeunesse, tous les jeux sont faussés aujourd'hui et il est urgent de faire un réexamen complet et profond de l'ensemble de la question en traitant de tous les aspects qui s' y rapportent de près ou de loin. Ce cuisant problème ne sera pas résolu tant qu'on ne sera pas décidé à donner à chaque jeune une chance égale dans une compétition menée dans la franchise et la loyauté, avec une attitude impartiale et juste du pouvoir qui doit accorder aux jeunes le maximum de libertés.

 

 

Ces règles sont applicables à tous les domaines de la vie publique et le syndicalisme ouvrier n'y échappe pas.

 

 

 

Le syndicalisme tunisien a connu en moins de 9 ans d'indépendance nationale trois crises qui ont entravé son essor. La première remonte à 1956. Elle est provoquée ouvertement par le pouvoir naissant qui est intervenu dans un différent interne pour susciter la scission et l'encourager ouvertement, agissant pour des raisons très peu justifiables puisque de toute façon ce différend aurait pu être réglé à l'intérieur même de la centrale et par les syndicalistes eux-mêmes. La seconde se situe en 1963, date à laquelle le pouvoir intervient également pour modifier, par des moyens proclamés démocratiques, la composition du comité directeur de l'organisation. Enfin, en Juillet 1965 l'U.G.T.T. perd, en même temps que toute liberté d'action, sa physionomie.

 

 

L'explication détaillée de ces crises, de leurs origines, de leurs causes profondes, de leur déroulement et de la res-

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 29-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

ponsabilité de chacun durant ces 9 années reviendrait à faire l'histoire du syndicalisme tunisien dans sa partie la plus riche en événements. Il vaut mieux se borner à souligner encore une fois que les avatars connus par le syndicalisme tunisien sont inhérents au contexte général caractérisé par l'absence de discussion, même au niveau le plus élevé, des dirigeants politiques nationaux. Ces trois crises, comme d'autres événements importants de la vie nationale, trouvent leur origine dans les conseils de clans intéressés qui changent souvent mais ont le même dénominateur commun : l'intérêt personnel au mépris de l'intérêt supérieur de la nation.

 

 

Toute autre justification ne peut être tenue pour valable comme on pourrait aisément le démontrer si l'on voulait épiloguer longuement là-dessus. Aussi, les reproches adressés publiquement au syndicalisme en Tunisie ne résistent à aucun examen. Au contraire, pour tout démocrate authentique et pour tout homme politique averti, le respect de l'organisation syndicale tunisienne s'impose.

  

 Ayant ses racines dans le syndicalisme allemand de la période héroïque de la social-démocratie du début du siècle et instruite par les premières centrales ouvrières du tiers-monde, elle a su concevoir la méthode la plus saine d'affranchir l'homme de toutes les entraves politiques et économiques et d'assurer sa promotion sociale, son action a été toujours menée sans haine ni complexe. Tous les autres jugements portés sur elle ne cadrent pas avec la réalité.

  

Et la réalité c'est la participation de l'U.G.T.T. à la lutte pour la libération nationale, c'est son action acharnée pour doter la Tunisie indépendante d'une administration moderne, c'est sa participation effective et positive à l'édification d'une économie nationale aussi démocratique que possible, c'est son souci constant de réaliser le bien être, la paix et la liberté pour tous les hommes sans distinction aucune. C'est aussi pour la jeune Tunisie la paix sociale maintenue grâce au syndicalisme, malgré l'absence de négociation avec le patronat et malgré les erreurs du gouvernement sur le plan économique.

 

 

L'assimiler au syndicalisme dit révolutionnaire, qui veut instaurer la dictature du prolétariat, est un argument qui ne peut être retenu parque qu'il n'a aucun rapport avec la phi-

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 30-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

losophie de l'U.G.T.T. il ne peut être retenu que par ceux qui veulent transformer l'U.G.T.T. en une simple courroie de transmission, telle qu'elle existe dans le pays où règne cette prétendue dictature du prolétariat. L'U.G.T.T., qui était la deuxième force vive de la nation après le Parti, vient d'être mise à son tour sur la touche. Les conséquences seront très graves, car le sort subi par ces deux forces crée un grand vide et la nature a horreur du vide qui risque d'être comblé d'un moment à l'autre.

 

 

Le sort récent d'un chef d'Etat voisin, dont la plus grave erreur a été de supprimer le parti et les syndicats, mérite plus d'une méditation. On peut répondre que les situations ne sont pas pareilles et que l'histoire ne se répète pas de la même façon, on peut dire aussi que les nombreux coups d'Etats auxquels on assiste en Afrique sont dus au fait que les armées ne sont pas pareilles et les régimes non plus.

 

 

Si l'on aborde la représentation nationale, on pourra facilement soutenir que l'Assemblée nationale est une caricature de ce qui a été prévu par la constitution et que la représentation des citoyens se reflète dans une triste et amère illusion, a près  avoir soulevé des espoirs  au lendemain  de l'indépendance.

 

 

L'assemblée constituante, élue dans des circonstances encore difficiles pour le pays, bénéficiait de beaucoup plus de confiance de la part du peuple. Son élection s'était déroulée en 1956 dans le contexte de la multiplicité des partis et une plus grande liberté. En dehors des listes du front national, confectionnées en collège, et après consultations démocratiques de la base de toutes les organisations nationales, il y a eu des listes concurrentes dans plusieurs circonscriptions. Puis vint la lère législative qui fut élue dans des conditions plus défavorables par suite du découpage administratif et la modification de la loi électorale dans un sens plus rigide. Les listes avaient été établies par le Parti, mais le bureau politique, au moins, en a discuté quoique ni les organisations nationales ni la base n'aient été consultées sérieusement. Avec la 2e législative de novembre 1964, c'est la fin de toute démocratie. Les Partis ayant été supprimés, aucune liste adverse n'a été présentée. Même le bureau politique n'a pas eu à examiner la liste présentée au nom du Parti. Il ignore où et comment elle a été préparée

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et par qui. Le candidat tête de liste n'a pas été consulté sur la composition de sa liste. On en est arrivé à avoir les élections les plus curieuses du monde, après 9 ans d'indépendance durant lesquels la démocratie aurait dû faire des progrès par suite de son apprentissage par le peuple.

  

Certains militants, dont des candidats, se demandaient entre eux pourquoi le Gouvernement procédait aux élections. Pourquoi tant de dépenses et de dérangements pour faire venir les électeurs et les inviter à déposer dans l'urne le seul bulletin mis à leur disposition sans aucune possibilité de choix ? Puisque les députés sont choisis d'avance, autant les nommer par décret et économiser temps, argent et dérangement de tout un peuple. Au cours de ces conversations, certains ont même parlé de la sagesse d'un régime mil itaire qui laisse aux membres de son Parti unique la liberté de s'affronter dans les élections pour la députation nationale afin de connaître les plus représentatifs parmi eux. Ils soulignent ainsi la différence, au désavantage, naturellement, du régime civil tunisien.

 

 Personnellement, j'ai assisté à une scène qui en dit long sur la façon dont le peuple juge nos élections. C'était dans le bureau de vote féminin d'un village de ma circonscription. Une ménagère entre, salue, attend son tour, puis dépose sur le bureau 5 cartons d'électeur en disant : "Je viens voter pour moi et pour 4 de mes voisines : elles ont des enfants et leurs maris aux champs, elles doivent préparer le manger avant le retour des maris".

- Chacun doit voter pour soi, répondit la présidente.

- Mais c'est la même chose, réplique l'électrice.

- Non, ce n'est pas la même chose. C'est un devoir civique que chaque Tunisien est tenu d'accomplir en personne. Vos voisines doivent apprendre à voter. Il faudrait leur dire de venir comme vous.

- Mais, Madame, elles ont voté avant comme on vote aujourd'hui elles savent mettre un papier dans la boite, je le ferai à leur place.

- Non, Madame, la loi l'interdit et puis il faut que vos voisines fassent leur devoir civique.

- Notre devoir civique, nous le connaissons déjà depuis longtemps, quand tout notre quartier a été ratissé par l'armée française, nos maisons brûlées et mes voisines et moi interrogées par les gendarmes, alors que nos gosses pleuraient, vous vous en souvenez ?

 

La maladie de Bourguiba:

la grande imposture

 

 

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Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (3)

 

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (1). Cliquez ICI

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (2). Cliquez ICI

Le bilan que dresse Ahmed Tlili de la Tunisie en 1966 est catastrophique: injustices, corruption, répression des oppositions....

A la page 17 (exemple parmi tant d'autres) de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili, on y lit:

 


"des arrestations sont fréquemment opérées sans ordre de la justice et restent souvent ignorées du public puisque la presse ne peut pas en parler. Ceci rappelle un peu les lettres de cachet d'une période célèbre de l'histoire de France. Les victimes, condamnées ou pas, restent au secret, et, dans beaucoup de cas, leurs familles restent dans l'ignorance de leur lieu de détention. Nos prisons ressemblent en cela aux fameuses oubliettes du moyen-âge."

 

 

1192094717.2.JPGA la lumière de plusieurs documents rares et méconnus sur la Tunisie sous Habib Bourguiba, les questions se posent:  L'Histoire de la Tunisie est-elle à réécrire car trop de mensonges? Qui assume la responsabilité politique de toutes ces injustices? La Tunisie sous Habib Bourguiba est-elle un Etat "moderne" ou un Etat "policier"? Quel est cet héritage de Habib Bourguiba aux Tunisiens?  Libre à chacun de se faire un avis. Les faits demeurent têtus

 


1438897459.jpgLettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili. Imprimeries Réunies.Tunis-1988. Merci à Youssef Tlili -petit fils de feu Ahmed Tlili- qui à Tunis m'a donné ce document rare. Le Blog Sami Ben Abdallah publie sur plusieurs parties l'intégralité de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba écrite par feu Ahmed Tlili.

 

 

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 17-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

se manifeste surtout lors des élections des sections de l'Union Générale des Etudiants en vue de truquer les votes ou d'intimider les jeunes électeurs, créant ainsi une atmosphère telle que les étudiants se trouvent acculés à se jeter aveuglément dans les mouvements extrémistes d'opposition les plus divers.

 

 

Des sommes considérables sont ainsi chaque année gaspillées sur les fonds des départements de l'Intérieur et des Affaires Etrangères au lieu d'être utilisées par les Ministères de l'Education Nationale et des Affaires Sociales à l'amélioration des conditions d'habitat des travailleurs et des étudiants, à la rétribution d'un nombre aussi grand que possible d'attachés culturels et sociaux s'occupant du sort de ces nationaux à l'étranger et enfin à la création d'oeuvres sociales en leur faveur.

 

 

D'une façon générale, ce système policier, si actif tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, n'a que des aspects négatifs, il accentue le mécontentement, au lieu de le résorber, par la multiplication des atteintes aux libertés. Aucun citoyen n'est aujourd'hui à l'abri d'une mesure arbitraire. Sur simple décision d'un gouverneur souvent mal inspiré, on est éloigné de sa résidence, ou envoyé au camp d'El Haouareb, sans qu'aucun compte ne soit tenu de la situation familiale ou matérielle de l'intéressé et sans même que soient examinés les aspects humains des conséquences d'une telle mesure . Le cas est moins dramatique quoique beaucoup plus fréquent, des fonctionnaires de l'Etat qui sont mutés d'office, dans les mêmes conditions, non pas sur la base de normes professionnelles, mais selon le bon plaisir des autorités administratives.

 

 

Le mal n'est pas circonscrit à ces seules limites, des arrestations sont fréquemment opérées sans ordre de la justice et restent souvent ignorées du public puisque la presse ne peut pas en parler. Ceci rappelle un peu les lettres de cachet d'une période célèbre de l'histoire de France. Les victimes, condamnées ou pas, restent au secret, et, dans beaucoup de cas, leurs familles restent dans l'ignorance de leur lieu de détention. Nos prisons ressemblent en cela aux fameuses oubliettes du moyen-âge.

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 18-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

Tout cela se passe en Tunisie où l'organisation judiciaire est l'une des plus vieilles dans le monde. Ces atteintes flagrantes aux droits de l'homme sont commises sans aucune considération pour cette Justice qui est pourtant, à tous les points de vue, digne des pays les plus civilisés.

 

 Alors, comment expliquer que cette justice se trouve dans l'incapacité ou plutôt dans l'impossiblité de jouer son rôle dans un pays qui se dit républicain et dont la constitution lui attribue toutes les prérogatives du 3ème pouvoir.

 

 Pour expliquer ce phénomène et justifier l'attitude de la justice dans ce contexte, il y a lieu de se reporter à la conception actuelle du Pouvoir exécutif qui considère la séparation des pouvoirs, consacrée par la Constitution de 1959. comme un non-sens et un anachronisme dans la jeune Tunisie, d'où les incursions fréquentes de l'exécutif dans le judiciaire et ses interventions publiques dans des cas précis notoirement connus il y a aussi le fait que, dès les premiers pas de la Tunisie indépendante, des promotions ont été opérées dans le corps, de la magistrature ne respectant pas les règles d'avancement dans la hiérarchie et créant des injustices au profit des magistrats considérés à tort comme patriotes et, par conséquent, fidèles au régime. L'humiliation de la magistrature a été achevée par l'épuration ou encore l'arrestation de certains de ses membres à la faveur d'événements qui n'ont pas encore été tirés au clair.

 

 

Quant aux droits de la défense en mat ière juridictionnelle, on peut dire qu'en Tunisie, ils sont plutôt théoriques quand il s'agit de procès où l'administration est mêlée de près ou de loin. Le barreau a accusé des coups durs qui lui ont servi de leçon, il a connu l'incarcération de son bâtonnier, la dissolution de son conseil de l'ordre, son remplacement par un comité de gestion nommé, l'arrestation d'un membre éminent de ce même comité (député et responsable important du Parti dont il est l'un des plus vieux militants) et enfin sa mise en prison qui, au moins, n'aurait pas été si rigoureuse dans un pays tant soit peu démocratique.

 

 Dans le même ordre d'idées, on ne peut pas s'empêcher d'évoquer les assauts subis par les autres corps de l'élite tunisienne intellectuelle : médecins, professeurs, ingénieurs,pharmaciens, etc. Aux attaques publiques dont ils ont été tous

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 19-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

l'objet, ils n'ont jamais eu l'occasion de répondre puisque la presse n'est pas libre et ils se cantonnent dans une attitude de réserve plutôt que de donner la mesure de leur compétence dont le pays a tant besoin. Certains d'entre eux choisissent de quitter la Tunisie pour des cieux plus favorables à leur activité. En 1964, j'avais été voir un éminent professeur de médecine à Paris pour me faire ausculter. Au moment de l'examen, qui se déroulait devant une vingtaine d'assistants et en présence de l'un de ses confrères enseignant dans une faculté nord-africaine, le professeur aborda la question de la nouvelle faculté de médecine de Tunis et déclara qu'elle devait servir et suffire à elle-même pour les quatres pays du Maghreb, ajoutant qu'en principe elle en avait bien les moyens.

 

Pensant à l'aspect budgétaire du problème, je demandais à être éclairé davantage. Notre professeur qui connait bien la Tunisie et les tunisiens, s'adressant à moi tout en se tournant de temps à autre vers son confrère assis à côté : "Savez-vous qu'ils ont un grand nombre de spécialistes qui enseignent dans les facultés de France pendant que la leur fait appel à des professeurs étrangers". Immédiatement après la visite, je suis allé m'informer auprès des étudiants sur le nombre approximatif et la qualité des médecins auxquels faisait allusion notre professeur. La réponse générale est que nous avons dans ce cas une trentaine, au minimum, de spécialistes et que, sur plus de 400 étudiants en médecine, un pourcentage élevé à l'intention de ne plus rentrer. Le contact avec les autres étudiants me permit de déceler le même comportement dans les autres disciplines.Sans désarmer, je demandais à voir un professeur tunisien pour discuter avec lui. On me prit rendez-vous avec un spécialiste dans l'hôpital même où il exerce après son travail de faculté. On prit soin de me mettre au courant de ses idées politiques.

 

Je me suis trouvé en présence d'un grand patron très considéré dans tout l'hôpital. A mes questions, il me répondit : "Ne croyez pas, Monsieur, que je reste à Paris parce que je ne suis pas d'accord avec la politique officielle ou parce qu'ici je gagne plus d'argent comme on se plait très souvent à le dire à Tunis, à propos des médecins, j'ai bien dépassé ce stade, je suis un chercheur, ma seule passion est mon métier que j'entends exercer dans la liberté. Or, en Tunisie, on vous empêche de travailler selon votre goût ; n'importe quel profane qui a une qua

 

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 20-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

lité politique quelconque a le droit de se mêler de vos activités techniques". J'essayais de discuter avec lui sur ce point précis. Il coupa court à l'entretien en disant : "Si vous n'êtes pas convaincu, vous pouvez continuer votre enquête auprès de tous ceux qui, comme moi, préfèrent ne pas rentrer en attendant des jours meilleurs et ils sont légions". Cette réponse m'incita à pousser l'enquête qui m'édifia définitivement sur le drame de notre jeunesse qui est l'un des nombreux problèmes posés à notre pays.

 

 

Pour voir clair dans tous ces problèmes, il serait rationnel de sérier les questions et de traiter en premier lieu du Parti.

 

 

Nous devons avouer que, malgré l'esprit et la lettre de la Constitution, nous avons abouti en fait au parti unique de Gouvernement sans même y inclure le maigre correctif du "centralisme démocratique" tel qu'il a été prévu par les inventeurs de ce système.

 

 

Ainsi le Destour et le parti communiste, qui ne gênaient en rien le Néo-Destour, ni avant ni après l'indépendance, ont été purement et simplement supprimés au moment où leur influence était en déclin. Leur maintien aurait servi au Néo-Destour de point de repère dans son évolution et de miroir dans son action. Leur présence et leurs critiques auraient contribué à éviter les erreurs possibles du Parti sur lequel s'appuie le gouvernement, et ceci, sans bouger pour le gouvernement puisqu'à eux deux ils ne rassemblent pas les 5% des suffrages. La chose est d'autant plus vraie que leur élimination est intervenue après la consolidation de l'Indépendance et surtout après la disparition de toute subversion.

 

 

L'éviction de ces deux partis a eu pour conséquence l'infiltration de leurs membres les plus dynamiques, principalement les communistes, dans les rouages du gouvernement et du parti où ils détiennent des responsabilités importantes. On peut, à ce propos, invoquer la conversion. Une question se pose alors : quel degré de sincérité accorder à la conversion d'un transfuge militant qui, tout le long de sa vie, a eu des idées différentes, voire opposées, et qui se rallie juste après que la victoire de son adversaire a été entièrement acquise ? Cette question en amène une autre : par quel paradoxe un parti dissous

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 21-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

soutient la politique du Gouvernement même qui l'a interdit en publiant des prises de position dans ce sens ? ou encore, par quel hasard un gouvernement, qui a supprimé un parti, en arrive-t-i l à justif ier une partie de sa pol itique auprès de l'opinion en se prévalant publiquement des positions du parti illégal à l'égard de certains problèmes ? Il est bien patent que la réponse à ces questions découle de l'exposé qui précède.

 

 

Ceci nous conduit tout naturellement à examiner la situation de notre parti, le Néo-Destour.

 

A partir de 1958, le Néo-Destour a commencé à se transfigurer, malheureusement pas dans le meilleur sens. La suppression du mode électif dans la désignation des cadres régionaux était la blessure grave qu'il a reçue et qui commença à menacer sa santé. En effet, plusieurs mois avant le Congrès de 1955, cette réforme a été introduite et appliquée, dissolvant les fédérations élues pour les remplacer dans chaque région par un délégué nommé par le sommet et muni des pleins pouvoirs.

 

 C'était là une grave entorse faite d'une façon flagrante aux statuts du Parti dont les structures ne pouvaient être modifiées que par un Congrès régulier. C'est aussi un coup très sérieux porté à la démocratie au sein du Parti. Le Congrès de Sousse a été mis devant le fait accompli contre lequel il ne pouvait rien puisqu'il était lui-même préparé par ces délégués, c'est-à-dire que les congressistes étaient choisis par eux ou désignés avec leur bénédiction.

 

 

Puis ce fût, pendant longtemps, la longue succession de sanctions qui pleuvaient sur les militants au nom du bureau politique dont les membres n'étaient informés que le lendemain par les journaux. Ces militants sanctionnés n'avaient aucun recours, puisque le conseil de discipline prévu par les statuts n'a jamais, fonctionné et les intéressés n'étaient même pas entendus.

 

 

En 1964, ce fût le coup de grâce pour le Parti, toujours avant le Congrès (Bizerte) et pour le mettre, encore une fois, devant le fait accompli : on décida de remplacer les délégués par les, gouverneurs, chefs de région, qui devaient coiffer le Parti dans leurs provinces, chose qui ne s'est jamais vue dans ce qu'on peut appeler honnêtement un Parti.

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 22-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

En plus, le Congrès se termine par des élections sans désigner les membres de son bureau politique qui seront nommés quelques jours après, non pas sur la base du scrutin mais selon d'autres critères. Et le bureau politique élargi, qu'on baptisa après coup comité central, comprend d'office les ministres. les gouverneurs, les directeurs d'administration et même les chefs de la police et de la garde nationale.

 

 

Le Parti devient alors, à tous les échelons, composé de simples citoyens qu'on peut qualifier de civils et de fonctionnaires d'autorité, donc de gens armés qui peuvent pour le moins intimider les premiers.

 

 

Comment alors s'étonner de la disparition de toute franchise au sein de ce parti dont l'inefficacité s'est révélée au grand jour lors de la découverte du complot de 1962 ? A cette occasion, tout le monde s'est trouvé surpris par l'évènement. Parti en tête. La conclusion à tirer et qui aurait dû être tirée, hélas immédiatement après le complot, est que le Parti en tant que tel n'existe plus.

 

 

On peut l'appeler appareil d'exécution, administration de propagande, tout ce que l'on veut, mais pas un parti au vrai sens du mot. Comment appeler Parti un corps inerte parce que sans âme qui l'anime. Il n'a aucune liberté de mouvement et, par conséquent, aucun moteur qui s'appelle la foi, il ne bouge que lorsqu'il est secoué d'en-haut. L'utilité de son existence même, dans l'état actuel où il se trouve, est fort contestable parce qu'il fait double emploi avec certains services gouvernementaux.

 

 

La discussion, au sein de ses instances et de celles de tous les organismes intermédiaires et de base, est devenue littéralement, impossible par suite de sa propre composition.

 

Est-il concevable qu'il y ait franchise et liberté d'expression dans une réunion groupant le simple citoyen et le fonctionnaire tout puissant qui le tient à sa merci et qui peut l'éloigner ou même l'emprisonner quand bon lui semble ?

 

 

Le même raisonnement est valable pour le bureau politique qui mérite qu'on s'y attarde un peu parce qu'il semble porter la responsabilité de cet état de choses.

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 23-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

Je commencerai par rendre hommage à la valeur et à l'intégrité de tous les camarades que j'ai connus au bureau politique en 1955. C'était une équipe entièrement dévouée au Parti et à l'intérêt général du pays et dont les unités, se complétant, constituaient un organe harmonieux et compétent dont le niveau ne le cédait en rien aux instances similaires des partis les plus modestes.

 

 

Si ce bureau politique avait continué à se réunir régulièrement et à discuter des grands problèmes du Parti et du pays nous n'en serions pas arrivés là aujourd'hui. Malheureusement, ces réunions ont commencé à s'espacer de plus en plus depuis la prise du pouvoir jusqu'à cesser presque entièrement.

 

 

Je parle des réunions du bureau politique au grand complet avec participation du secrétaire général et surtout du président, car ce sont celles-là et seulement celles-là où l'on prend les décisions. Or, ce genre de réunions peut se compter sur le bout des doigts et elles se tiennent presqu'exclusivement pour entériner un acte gouvernemental d'une grande gravité pris en dehors du Parti, ou pour exclure l'un de nos camarades, membre du bureau politique, en vertu du fameux article 16 qui permet aux membres du bureau politique de s'exclure mutuellement ou, pour mieux s'exprimer, permet au bureau politique de les exclure l'un après l'autre jusqu'à épuisement.

 

 

En plus de leur rareté, ces réunions ne comportaient ni procès-verbaux ni même ordre du jour, préétabli à telle enseigne que, dans la plupart des cas, on se trouve plusieurs camarades à nous interroger, à l'entrée, sur le ou les points à discuter, puisqu'on arrivait sans dossier, sans documentation préparée pour nous trouver dans la position très inconfortable où chacun est obligé d'improviser tant bien que mal sa contribution par des idées nouvelles.

 

 

C'est bien les raisons pour lesquelles le bureau politique n'a pas été à même de piler normalement le rôle qui lui est dévolu. Il est navrant et même extrêmement pénible d'écrire de pareilles vérités, mais il est nécessaire de revoir nos points faibles si nous avons la volonté et le désir de nous améliorer.

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 24-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

Toujours à propos du bureau politique, il faut reconnaître qu'il y a des consultations individuelles faites par le président. Mais ce système est vicié à la base, en ce sens que la consultation ne touche pas tous les membres du bureau politique et surtout qu'elle exclut la confrontation des idées, d'où les erreurs, les questions de personnes et la division au sein d'un organe composé à l'origine de camarades d'une même génération ayant vécu ensemble, lutté ensemble, souffert ensemble et vibré ensemble de la même façon : cette rupture de l'homogénéité de l'équipe s'est produite insensiblement mais effectivement et se corse par un autre élément, non moins déterminant, qu'on peut qualifier pour le moins d'anomalie et qui n'est autre que le cumul des responsabilités , celle de membre du bureau politique avec celle de ministre dans un régime présidentiel. En effet, comment admettre qu'un ministre, constitutionnellement responsable uniquement devant son président qui peut le renvoyer à tout moment, puisse tracer à ce président la politique qu'il doit suivre au gouvernement ? Comment peut-on tenir la double position de législateur et d'exécutant simultanément devant la même personne ? C'est là, l'une des aberrations des régimes présidentiels basés sur le système du Parti unique lequel doit, en principe, être la source de la politique gouvernementale.

 

 

Tous ces facteurs historiques, personnels et constitutionnels expliquent l'effacement, combien regrettable, du bureau politique en tant qu'organe et en tant qu'individus.

 

 

Sans incriminer personne, on peut affirmer, sans risque de se tromper que c'est cette situation tragique qui est à la base même de tout le mal dont souffre actuellement le pays, mal qui est dû à l'absence d'une force politique, en l'occurrence le Parti, capable, d'élaborer une politique cohérente et de la suivre dans l'exécution.

 

 

Car, en fait, le vide politique créé par l'absence de vie dans le Parti n'a été comblé ni par les organisations nationales, qui ont un caractère essentiellement professionnel, ni par l'existence d'institutions valables et efficaces.

 

 

Les quatre organisat ions nat ionales les plus importantes sont l'U.G.T.T., l'U.G.E.T , l'U.T.I.C.A. et l'U.N.A.T.

 

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habib-bourguiba-opposition.JPG

 

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voulait-il faire assassiner son Premier ministre?

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23.04.2009

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (2)

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Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (2) 


 Le bilan que dresse Ahmed Tlili de la Tunisie en 1966 est catastrophique: injustices, corruption, répression des oppositions....

A la page 15 et 16 (exemple parmis tant d'autres) de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili, on y lit:

 

"A ces effectifs s'ajoute la contribution importante des fonds secrets de la Présidence, des Ministères de l'Intérieur et des Affaires Etrangères et autres sources y compris une partie des crédits de lutte contre le sous-développement utilisés par les Gouverneurs à des fins de renseignements. Mais cet appareil ainsi que les dépenses qu'il occasionne pèse très lourdement sur le petit pays qu'est le nôtre. Par l'activité qui en découle, il augmente le malaise d'un peuple qui a déjà prouvé sa capacité à se révolter contre un tel système et à le briser. Car, actuellement, tout citoyen, quelque soit son rang dans la société ou ses fonctions politiques, est étroitement surveillé par plusieurs polices qui s'affrontent dans une surenchère qui les oblige à inventer les renseignements. Les surveillances s'exercent de la façon la plus maladroite même dans les ministères sur les hommes politiques et sur les techniciens, dans les organisations nationales et même dans le Parti. A l'Université où les agents pullulent, on pousse le zèle jusqu'à charger les étudiants innocents, dans la proportion de 1 sur 10, de se surveiller les uns les autres et d'épier les faits et gestes de leurs professeurs, ouvrant ainsi de tristes perspectives pour notre jeunesse montante". (fin de l'extrait)



1192094717.JPGA la lumière de plusieurs documents rares et méconnus sur la Tunisie sous Habib Bourguiba, les questions se posent:  L'Histoire de la Tunisie est-elle à réécrire car trop de mensonges? Qui assume la responsabilité politique de toutes ces injustices? La Tunisie sous Habib Bourguiba est-elle un Etat "moderne" ou un Etat "policier"? Quel est cet héritage de Habib Bourguiba aux Tunisiens?  Libre à chacun de se faire un avis. Les faits demeurent têtus.

 

 

 

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1438897459.jpgLettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili. Imprimeries Réunies.Tunis-1988. Merci à Youssef Tlili -petit fils de feu Ahmed Tlili- qui à Tunis m'a donné ce document rare. Le Blog Sami Ben Abdallah publie sur plusieurs parties l'intégralité de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba écrite par feu Ahmed Tlili.

 

 

1438897459.jpg[Page 11-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

25 Janvier 1966

Au seuil de la dixième année d'indépendance et au moment, où le Peuple Tunisien traverse l'une des phases les plus critiques de son histoire, mon devoir me commande d'insister encore une fois auprès de vous pour demander de repenser, sans passion, la politique ou, plus exactement, les méthodes de gouvernement qui ont conduit la Tunisie à une situation si grave aujourd'hui qu'elle risque de devenir, dans un proche avenir, sans issue.


Conçu et rédigé dans le maximum de sérénité, le présent message n'a d'autre sens que celui de me permettre de continuer à contribuer, dans la mesure de mes modestes moyens, au salut de ce peuple pour lequel nous avons tant souffert ensemble et, en même temps, de tâcher d'éviter à votre noble et longue mission un échec que l'histoire ne manquera pas d'associer à votre nom,


Ce double souci s'explique à la fois par ma volônté de persévérer dans l'action en faveur de notre peuple, aux destinées duquel vous présidez maintenant et par la vieille amitié qui nous lie et qui m'incite à vous rappeler la phrase historique que vous avez prononcée, les larmes aux yeux, devant le Bureau Politique du Parti, le jour où vous avez été investi des responsabilités du Pouvoir : "La tâche qui m'attend est trop lourde pour que je puisse l'assumer sans votre concours : s'il m'arrive de me tromper, votre devoir est de me reprendre".


La même émotion, que je ressentais à l'époque, alors que j'écoutais attentivement ces propos, me saisit à l'instant

1438897459.jpg[Page 12-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

même où j'écris ces lignes pour vous convaincre des véritables réalités tunisiennes actuelles, des dangers qu'elles comportent et des solutions possibles, faciles à adopter dans l'immédiat, en vue d'y parer à temps.


Car le panorama de la vie publique tunisienne actuelle semble à l'observateur superficiel et même à certains dirigeants, caractérisé par quatre traits dominants :


- Un pouvoir fort exercé exclusivement par le Chef de l'Etat
- Une gestion saine et efficiente des affaires politiques, économiques et sociales,
- Une satisfaction générale marquée par l'approbation unanime de toutes les couches de la population,
- Et enfm, comme corollaire, la stabilité réelle et la confiance totale en l'avenir.


Or, ce ne sont là que des apparences cachant des réalités nettement différentes sinon contraires qui appellent un examen minutieux et objectif de la situation sous peine de se trouver un jour dépassé par les événements.


Le meilleur moyen d'arriver à une conclusion positive est de commencer par faire une courte rétrospective sur notre passé récent, pour en dégager les enseignements susceptibles de vous aider à trouver la solution du problème. Notre succès dans la phase de lutte pour la libération nationale est dû. en majeure partie, à deux constantes que nous n'avons jamais perdues de vue et qui ont toujours guidé notre action, à savoir :



1) Un régime qui s'impose à un peuple par la force et refuse de l'associer à la gestion de ses propres affaires est fatalement voué à l'échec. La meilleure preuve en a été fournie par notre propre accession à l'indépendance. Le peuple tunisien, qui est pourtant l'un des plus petits de la terre, est arrivé, parmi les premiers, à secouer la tutelle de l'une des plus grandes nations du monde, précisément parce que le régime du protectorat, qui lui avait été imposé par la force, s'obstinait à vouloir considérer indéfiniment le peuple tunisien comme mineur et lui refusait son droit naturel à se gouverner lui-même. Toute notre argumentation à l'époque tendait à démontrer le contraire parce que nous étions convaincus de la maturité de notre peuple et de son aptitude à assumer pleinement les responsabilités pu-

1438897459.jpg [Page 13-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]

bliques, ce qui a été prouvé dans une première étape par sa victoire sur le régime du protectorat.


2) Aucun progrès notable ne peut être accompli sur le plan économique et social dans le cadre d'un système politique où le peuple, qui est le principal intéressé en la matière, n'a aucun droit de regard, c'est-à-dire ne participe pas au pouvoir de décision. C'est là, d'ailleurs, le différend essentiel qui nous opposait aux fractions de Tunisiens sincères qui nourrissaient la chimère de vouloir réaliser indirectement les aspirations populaires par la voie d'ceuvres économiques ou sociales, entreprises dans un contexte où l'Administration du pays et son contrôle leur échappaient totalement. Et c'est la raison pour laquelle toutes leurs tentatives ont successivement échoué l'une après l'autre, consacrant ainsi la justesse de nos vues qui donnaient la priorité à la prise du pouvoir par le peuple pour lui permettre de réaliser lui-même sa promotion dans les domaines où il se trouvait en retard.


Ce sont ces deux principes-clef qui ont présidé à la naissance du mouvement national au début du siècle d'où le nom du Parti et sa signification, ils ont été aussi à la base de la création du Néo-Destour, de sa force, de son dynamisme, de ses structures démocratiques ainsi que du regroupement autour de lui de toutes les forces saines, de la nation à une époque où, pendant très longtemps, ses véritables membres représentaient numériquement moins de 1% de la population, il a pu ainsi accomplir des miracles malgré l'existence d'adversaires nombreux et variés dont le plus irréductible était la coalition colonialiste.


Malheureusement, à partir de 1960 la valeur de ces deux principes a commencé à être négligée pour se trouver aujourd'hui complètement ignorée. Les conséquences de cette évolution ont été d'abord la baisse progressive de l'enthousiasme populaire aussi bien dans l'ensemble du pays qu'au sein même du PARTI, puis l'apathie, la résignation, le mécontentement diffus et enfin l'hostilité larvée quasi générale, donc la coupure réelle et effective entre le peuple et son régime.


A ce stade de la situation la confrontation des appa
rences trompeuses avec les réalités vraies s'impose comme une nécessité urgente et impérieuse si l'on veut éviter l'irréparable.

 

1438897459.jpg [Page 14-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]

En effet, la presque totalité des tunisiens applaudit à peu près chaque jour en choeur, pendant que toute la presse et la radio chantent à longueur de journée les louanges du régime. Mais pris individuellement chacun critique en privé. Ces critiques très souvent fondées arrivent à se cristalliser autour de dénominateurs communs d'ordre politique, économique ou social pour provoquer périodiquement des réactions sporadiques telles que les manifestations spontanées de Djlass, Kairouan, Msaken ou Sidi Ali Raïs qui se terminent dans la répression souvent sanglante. Plus grave encore est l'action clandestine, incontrôlée et incontrôlable qui se traduit par la distribution de tracts, les inscriptions séditieuses sur les murs pour s'organiser progressivement en conspirations qui se trament dans l'ombre dont l'une a abouti au complot de 1962 qui a failli emporter tout le régime.


Parallèlement, se développe hors des frontières une autre opposition, non moins dangereuse, due au nombre toujours croissant de réfugiés politiques fuyant le pays, auxquels s'adjoignent les émigrés économiques qui n'arrivent pas à trouver d'emploi et constituent avec les premiers, un peu partout, des noyaux d'une opposition organisée mais animée par la seule hantise d'abattre le régime par la violence, toujours prête à utiliser tous les moyens dont elle peut disposer en faisant appel à l'aide étrangère quelle que soit sa forme ou son origine. Cette opposition extérieure se trouve par surcroît renforcée par un apport constant de travailleurs à l'étranger dont le mécontentement provient de leurs conditions de vie déplorables, aggravée par l'indifférence à leur égard des représentations diplomatiques de leur pays. Elle acquiert encore plus de consistance et surtout plus de conscience et d'organisation en contact et avec la participation d'éléments estudiantins déçus par la politique nationale de leur pays et décidés à rester à l'étranger au terme de leurs études.


L'ensemble de ces oppositions dues au mécontentement constitue, malgré leur apparente disparité, un facteur important de menace sérieuse. Il peut, par lui-même, si des circonstances propices se présentent renverser le régime. A défaut il peut provoquer, consciemment ou non, l'intervention, d'autres forces internes ou externes dont l'action, isolée ou conjuguée avec les premières citées risque fort d'être décisive pour déboucher sur un coup d'Etat qui entraîne le pays dans une ère où les

 

1438897459.jpg[Page 15-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]

les  dictateurs se succéderont interminablement compromettant la promotion du peuple.pour plusieurs générations.


Face. à ces dangers, sur quoi repose actuellement le régime ? Les forces vives de . la nation groupées au sein d'organisations populaires authentiques et bien structurées ont été, soit éliminées, soit transformées en simples instruments d'exécution. Une réaction populaire favorable à la défense du système actuel est donc à écarter. Même si on la suscitait et la conduisait à l'occasion pour défendre le régime, elle resterait sans effet parce que les structures démocratiques qui lui donnaient vie, dynamisme, foi et vitalité ont été toutes détruites pour céder la place à de véritables appareils administratifs dont les fonctionnaires nommés se bornent à une routine quotidienne parce que mûs uniquement par le mobile de l'intérêt personnel comme on va le voir un peu plus loin, ils réagiront exactement comme avaient réagi les fonctionnaires du régime colonial devant l'offensive du mouvement national.


Au demeurant, il est clair que le régime, pour se sauvegarder, semble de plus en plus compter sur d'autres moyens.


C'est ainsi que les effectifs de l'armée ont plus que doublé par rapport à ceux du temps du protectorat. La police a plus que triplé pendant que la garde nationale a presque quintuplé en comparaison avec l'ex-gendarmerie française.


A ces effectifs s'ajoute la contribution importante des fonds secrets de la Présidence, des Ministères de l'Intérieur et des Affaires Etrangères et autres sources y compris une partie des crédits de lutte contre le sous-développement utilisés par les Gouverneurs à des fins de renseignements.


Mais cet appareil ainsi que les dépenses qu'il occasionne pèse très lourdement sur le petit pays qu'est le nôtre. Par l'activité qui en découle, il augmente le malaise d'un peuple qui a déjà prouvé sa capacité à se révolter contre un tel système et à le briser. Car, actuellement, tout citoyen, quelque soit son rang dans la société ou ses fonctions politiques, est étroitement surveillé par plusieurs polices qui s'affrontent dans une surenchère qui les oblige à inventer les renseignements. Les surveillances s'exercent de la façon la plus maladroite même dans les

 

1438897459.jpg[Page 16-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]

ministères sur les hommes politiques et sur les techniciens, dans les organisations nationales et même dans le Parti. A l'Université où les agents pullulent, on pousse le zèle jusqu'à charger les étudiants innocents, dans la proportion de 1 sur 10, de se surveiller les uns les autres et d'épier les faits et gestes de leurs professeurs, ouvrant ainsi de tristes perspectives pour notre jeunesse montante.


Dans les campagnes, les Gouverneurs omnipotents ont la haute main sur toute l'administration de la région, ils dictent leurs ordres indiscutables aux chefs de service locaux même aux techniciens auxquels ils se substituent en cas de besoin. Certains Gouverneurs se plaisent à entretenir cette guerre des polices et s'ingénient à créer la division parmi les populations en utilisant leurs propres réseaux de renseignements et en s'exerçant ainsi à développer leur habileté politique.


La pratique de ces méthodes policières qui n'ont aucun rapport avec la défense et la sécurité nationales, s'exerce contre les nationaux même à l'étranger et particulièrement en France, en Algérie et en Libye. La plus grande arme dans ce genre d'activité est le passeport auquel s'ajoute l'utilisation exagérée des fonds secrets. Le passeport est un droit constitutionnel dont bénéficie en principe chaque citoyen, il est souvent retiré ou refusé au gré des autorités administratives sur la base de faux renseignements fournis par les informateurs intéressés.


C'est ainsi que les étudiants, parfois voués à une carrière brillante dont le pays peut être bénéficiaire, se voient privés de leur passeport et empêchés de terminer leurs études commencées à l'étranger. Sur simple présomption, ils se trouvent ainsi brisés. Les victimes peuvent être des travailleurs qui perdent le gagne-pain de leurs familles à cause du retrait de leur passeport, à l'occasion du congé passé en Tunisie, parce qu'ils sont signalés comme n'étant pas orthodoxes par des agents sans scrupules.


Dans les trois pays sus-mentionnés, de véritables brigades de polices tunisiennes opèrent presqu'au grand jour, encadrant littéralement travailleurs, commerçants et étudiants. Ces derniers en souffrent le plus parce qu'ils sont non seule ment surveillés, mais aussi à cause de l'intervention constante de ces polices dans leurs affaires intérieures, intervention qui

 

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Tayeb-mhiri-taib-taieb.jpg
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Les Tunisiens et les Tunisiennes savent peu de choses sur la vraie histoire du pays car l’Histoire officielle a été réécrite des dizaines de fois de façon à occulter les vérités.  Dans le passé récent et lointain de la Tunisie, plusieurs hommes ont contribué à verrouiller le système politique sous Habib Bourguiba et à s’illustrer par la répression qu’ils ont exercé sur  les Tunisiens.

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Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (1)

 

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition

 Le bilan que dresse Ahmed Tlili de la Tunisie en 1966 est catastrophique: injustices, corruption, répression des oppositions....

à la page 16 (exemple parmis tant d'autres) de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili, on y lit:

 "La pratique de ces méthodes policières qui n'ont aucun rapport avec la défense et la sécurité nationales, s'exerce contre les nationaux même à l'étranger et particulièrement en France, en Algérie et en Libye. La plus grande arme dans ce genre d'activité est le passeport auquel s'ajoute l'utilisation exagérée des fonds secrets. Le passeport est un droit constitutionnel dont bénéficie en principe chaque citoyen, il est souvent retiré ou refusé au gré des autorités administratives sur la base de faux renseignements fournis par les informateurs intéressés" (fin de l'extrait).



1192094717.JPGA la lumière de plusieurs documents rares et méconnus sur la Tunisie sous Habib Bourguiba, les questions se posent:  L'Histoire de la Tunisie est-elle à réécrire car trop de mensonges? Qui assume la responsabilité politique de toutes ces injustices? La Tunisie sous Habib Bourguiba est-elle un Etat "moderne" ou un Etat "policier"? Quel est cet héritage de Habib Bourguiba aux Tunisiens?  Libre à chacun de se faire un avis. Les faits demeurent têtus.



1438897459.jpgLettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili. Imprimeries Réunies.Tunis-1988. Merci à Youssef Tlili -petit fils de feu Ahmed Tlili- qui à Tunis m'a donné ce document rare. Le Blog Sami Ben Abdallah publie sur plusieurs parties l'intégralité de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba écrite par feu Ahmed Tlili.

 

 

1438897459.jpg[Page 1-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]  

 

 

Présentation d'Ahmed Tlili par Habib Boularès ( Ancien ministre des affaires étrangères en 1990 et président de la Chambre des députés jusqu'à 1997)


Ahmed Tlili est mort le 29 juin 1967. Quelque temps plus tôt, le 25 janvier 1966, il  a rédigé un véritable testament politique sous la forme d'une lettre adressée au Président Habib Bourguiba, Président de la République Tunisienne. Bien que le destinataire l'ait faite lire à quelques-uns de ses intimes, elle n'a jamais été rendue publique. Mis à part ce caractère de document inédit, ces pages constituent, par-delà la mort qui a frappé prématurément leur auteur, un message émouvant et un témoignage de première importance sur la lutte, d'abord sourde, puis ouverte, pour la démocratie en Tunisie. D'ailleurs Tlili envisageait, au cours des derniers mois de sa vie, de créer un autre parti qu'il se proposait d'appeler "l'Union des Démocrates".



Cependant, pour bien comprendre la portée de cette lettre, il faut la situer dans le contexte des rapports tumultueux d'Ahmed Tlili avec son Parti et sa Centrale syndicale. Il faut également revoir les étapes marquantes d'une vie passionnante et, à beaucoup d'égards, exemplaire. Certes, il n'eut point la célébrité d'un Guevara ; même pas celle de son ami et camarade de lutte Farhat Hached, leader incontesté du syndicalisme tunisien, assassiné le 5 décembre 1952 par l'organisation extrémiste "La Main Rouge" colonialiste. Mais combien d'hommes peuvent mesurer avec le même succès leur participation à la lutte directe des peuples tunisien, algérien et angolais ? Combien d'autres peuvent à la fois se prévaloir d'une part aussi active à la lutte armée, à l'action politique et à l'action syndicale? Il a manqué à T1i1i le côté théoricien du "Che" et la proue des mouvements occupée par Bourguiba et Hached, en Tunisie, et par d'autres, en Algérie ou en Angola. Aussi, s'était-il toujours

1438897459.jpg[Page 2-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]


replié sur la discrétion, sorte de prolongement d'une clandestinité où il se complaisait, et qui constitue aujourd'hui la justification, à la fois, d'un destin hors pair et d'une méconnaissance injuste. Peut-être est-ce là le tribut d'une jeunesse difficile et d'une vie d'adulte passées dans la périphérie de la société et de l'action, là où les hommes n'ont d'autre issue, pour se hisser au niveau de leur destin, que celle qui les entraîne jusqu'au bout d'eux-mêmes ?


Intelligence précoce

Ahmed Tlili est né le 10 octobre 1916, à Ksar-Gafsa, dans une famille de cultivateurs ruinée. Son père avait déjà eu 7, enfants, mais le dernier-né, Ahmed, fut, l'unique enfant de sa mère. Cette solitude devait être renforcée. par le fait, qu'il n'eut même pas à connaître son père; mort prématurément. Ce, fut donc sa mère, d'une part, et son frère aîné, de l'autre, qui l'élevèrent. Mais les temps étaient diewilés à Ksar-Gafsa dans les, années 20. L'enfant eut à connaître les privations et même la faim.


Une intelligence précoce permit au jeune. Tlili de passer brillamment ses études primaire et d'entrer au collège Sadiki, à Tunis, en 1930, en pensionnaire .de la société de bienfaisance "El-Khairia". Malheureusement, 6 ans plus tard, il en fut exclu le démon de la politique l'ayant déjà signalé à l'attention de l'administration, pour ses activités nationalistes. Il arrivait pourtant au bout du tunnel qui allait lui permettre, à 20 ans, d'accéder à une autre vie, avec ce baccalauréat qu'il allait s'acharner en vain d'atteindre, au Lycée Carnot de Tunis, d'abord, et à Alger ensuite. Chaque fois, il retrouvait, l'administration coloniale vigilante lui barrant la, route.


Premier choc, première manifestation d'une volonté de vaincre, mais aussi premier contact avec l'Algérie, colonisée.Ne s'avouant pas vaincu, il dût pour vivre, se faire embaucher comme secrétaire chez un riche commerçant ; puis il s'établit, à son compte, écrivain public, il entra en relation avec les militants du Parti du Peuple Algérien, dont certains allaient devenir, plus tard, les chefs du FLN. Mais il dut vite déchanter : gravement malade, redoutant de mourir dans la solitude à 22 ans, il rentra à Ksar-Gafsa.


Quelques emplois précaires et puis le voilà instituteur.C'est alors qu'il adhéra au Néo-Destour. C'était en 1937, l'année

 

1438897459.jpg[Page 3-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]


du 2e congrès que ce Parti, créé à partir de la scission de 1934,allait tenir, dans le souvenir de la première épreuve de deux ans que venaient de subir ses dirigeants et dans l'atmosphère équivoque créée par le Front Populaire en France.


Bientôt, l'équivoque allait se dissiper et l'administration coloniale revenir, avec la répression d'avril 1938, à ses méthodes plus traditionnelles. C'est alors dans cet état de léthargie où sombrait la Tunisie, que Tlili va quitter l'enseignement pour entrer aux PTT. Il y fit carrière et y trouva le domaine qui allait donner libre cours à son désir de lutter, il se mit à développer son activité politique et à entamer son action syndicale. Bénéficiant du réseau des PTT et de ses propres mutations (Redeyef ou Ksar Hellal entre autres) il étendit le champ de ses relations.


En 1943, grâce au renouveau que connût le Néo-Destour sous la direction du Dr Habib Thameur, les cellules reprenaient vie et Ahmed Viti prit la tête de celle de Gafsa. Mais l'enthousiasme fut, de courte durée. La bataille de Tunisie entre les Allemands et les Alliés allait éprouver durement le parti nationaliste par ses suites et il fallut, comme Sisyphe, reprendre tout à zéro. Toutefois, Gafsa, qui était un des champs de la bataille, bénéficiait d'un apport d'armes qui serviront plus tard aux fellaghas. En attendant, les cellules s'étaient reconstituées et Ahmed qui avait alors 29 ans, devint secrétaire général de la fédération de Gafsa, 1944-1945, vit également naître l'Union Générale Tunisienne de Travail (UGTT). La lutte fut donc pour l'implantation dans cette région minière, car les syndicats communistes y étaient solidement implantés. Mais Tlili déployait à partir des FIT, une grande activité fondée sur l'idéologie nationaliste, et c'est avec Farhat Hached qu'il réussit en 1946 à fonder l'Union Régionale de l'UGTT dont il devint également secrétaire général L'année suivante, tout naturellement, il fut élu membre de la commission administrative de UGTT.


Dès lors, son destin semblait avoir pris forme : chef syndicaliste et dirigeant politique de premier plan, solidement installés dans sa région natale, avec une place importante sur la scène nationale. De 1945 jusqu'à 1955 ( au moins), rien n'allait se faire, dans le sud-ouest de la Tunisie, sans Tlili.


Pourtant, c'est en 1949 qu'interviendra seulement la dernière mise au point du personnage, d'une façon qui allait le marquer définitivement : celle de la lutte armée.

 

1438897459.jpg[Page 4-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]

En 1948, la guerre avait éclaté en Palestine. Les armées arabes régulières avaient franchi les frontières délimitées par le mandat britannique. Mais des volontaires d'Afrique du Nord étaient partis rejoindre le front. Parmi eux, des centaines de Tunisiens qui ne feront pas le coup de feu, faute de pouvoir arriver jusqu'au champ de bataille. Cependant, certains y étaient parvenus et avaient fait leurs armes. Quelques dizaines de ces volontaires rentrèrent au pays à partir de 1949, aguerris et auréolés du prestige du combattant.


Or, en septembre 1949, Bourguiba aussi était rentré d'un long exil volontaire qui avait commencé en 1945, avec Le Caire comme base.


Pour un homme tel qu'Ahmed Tlil si fiévreusement intelligent, tenant bien en main des syndicats et des cellules politiques, la stratégie adoptée par les Etats-majors de Tunis à l'époque était frustrante. La mise en place des réseaux d'action politique ouvrière, patronale, sociale et féministe que dirigeait le Néo-Destour depuis la guerre, sous la direction de Salah .Ben Youssef, prenait du temps, sans déboucher sur l'activisme. Echaudes par les répressions de 1934, 1938, 1939,1942 et 1944, les dirigeants du Néo-Des tour avaient élaboré une autre doctrine que celle des combats successifs. II s'agissait d'isoler l 'administrat ion du Protectorat par une kyrielle d'organisations de masse (parti, syndicats ouvriers, organisations de commerçants et d'artisans, d'agriculteurs, de femmes, de jeunes d'intellectuels...) gravitant autour du Néo-Destour qui, de son côté, opérait, dès 1947, un rapprochement spectaculaire du Palais Beylical et d'une façon générale de la grande bourgeoisie de Tunis. II s'agissait de bloquer le système du Protectorat en rendant impossible ou caduque toute ini t iat ive qui ne passerait pas par les nationalistes. Ou le Protectorat cédait ou l'épreuve de force se déclenchait mais avec un peuple bien mieux encadré qu'il ne le fut lors des épreuves précédentes. C'était , du moins, la théorie officiellement défendue à l'intérieur du Parti. Pour la mener à bien, cette stratégie supposait une solide structuration des organisations et une discipline à toute épreuve. Tout cela rendait le Parti méconnaissable à Bourguiba, qui ne retrouvait pas, à son retour, ces liens personnels qu'il privilégiait dans ses rapports avec tel ou tel militant dans les villes ou les campagnes. Des heurts eurent lieu entre lui et la direction du Parti, vite aplanis, mais laissant des traces indélébiles (puisque Bourguiba s'en souvient encore avec vivacité en 1974!).



1438897459.jpg[Page 5-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]



LE PROMOTEUR DU COMTE NATIONAL DE IA RESISTANCE

 Voilà, comment deux tempéraments, pourtant nettement différents (la suite allait le prouver), vont se rencontrer, s'estimer, et s'allier pour une action différente de celle de l'Etat- Major du Néo-Destour. Car c'est précisément de l'action dont il était épris que Tlili allait entretenir Bourguiba, chez lui, à Tunis, en cette fin de 1949 où ils se rencontraient pour la première fois. De cette entrevue et de celles qui la suivirent, allait naître le Comité National de la Résistance, dont Tiili se déclara plus tard le vrai promoteur. Qu'importe que l'idée vint de Tlili et la forme de Bourguiba, c'est ce comité de dix membres qui allait avoir la tâche combien difficile, et dans des conditions demeurées obscures, de préparer la lute armée du peuple tunisien.

 

Toute l'année 1950 allait se passer à la mise en place de ce comité clandestin, avec dix responsables de région, ayant chacun la charge d'organiser des groupes armés strictement cloisonnés ainsi que des dépôts d'armes. On épiloguera longtemps sur l'utilité réelle de ce comité et sur les suites que donnèrent à ce projet ses membres. Ahmed Tlili remplit, quant à lui, son contrat et bien au-delà de l'indépendance. En attendant, le voilà parti en 1951 au Caire, clandestinement, et à Milan, ouvertement, pour assister au 2 ème  congrès de la CISL et enfin à Paris, en décembre.

 

 

 Le voyage du Caire avait pour but de pallier la faiblesse des ressources financières accordées par le Néo-Destour au comité de la résistance : celui de Milan de permettre à Bourguiba e rencontrer Farhat Hached et les syndicalistes américains et nfin, celui de Paris, d'apprendre qu'avec la fin de non-recevoir pposée par le gouvernement français aux demandes 'autonomie interne de la Tunisie, le 15 décembre, l'heure de l'épreuve de force approchait. 

 

Ce fut  donc "La bataille décisive" déclenchée le 18 janvier 952. Ahmed Tlili était déjà rentré en Tunisie. Ses groupes rmés commençaient leur entraînement dans les montagnes e la région de Gafsa. Une erreur de la part de "ses" fellaghas allait rovoquer stupidement son arrestation le 13 février 1952. Toutefois, après bien des aléas, ses groupes avaient tenu le coup et s'étaient développés jusqu'en 1954. Quant à lui, au bout de dix ours d'interrogatoire serré, il fut transféré dans un camp où il demeura trois mois. Ensuite, accusé de complicité d'assassinat,

1438897459.jpg[Page 6-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]

 résidence surveillée durant six mois, il ne fut définitivement ibéré que le 12 juillet 1954.


C'est alors que lui et Taieb  Méhiri, qui avait pris la direction des opérations, allaient pratiquement reconstituer le arti, passer au crible les militants éprouvés par la lutte, renouer  l
es liens avec l'Etat-major politique détenu ou exilé, et fait peu connu) préparer une autre insurrection armée, au cas  où les négociations entamées à partir d'août 1954 en vue de l'autonomie interne n'aboutiraient pas.

C'est au cours de cette même année 1954 que Tlili fut élu s
ecrétaire général-adjoint de l'UGTT, membre du bureau exécutif et  vice-président de la CISL. Ces qualités diverses lui permirent de voyager. Il se rendit à Genève où il rencontra les dirigeants du Néo-Destour en exil (Ben Youssef, Ladgham, 13ellahouane)  et  en France où il vit Bourguiba.

Les négociations traînaient La France exigeait le désarmement des fellaghas. Bourguiba accepta. Une commission fut créée à cet effet, en décembre 1954 et confiée, dans le Parti à Ahmed Tlili. C'est à partir de ce moment qu'il allait commencer à réaliser que le jeu de Bourguiba n'était pas aussi simple qu'il le croyait. La partie était éminemment délicate. D'un côté, les fellaghas qui ne voulaient pas rendre les armes, de l'autre Bourguiba acceptant publiquement l'opération, mais demandant en sous-main qu'elle ne se fit pas rapidement, pour ordonner, au bout de quelques temps, qu'elle eut lieu instantanément.
Enf in, tous les fel laghas, et même d'autres qui ne l'étaient pas avec l'amnistie accordée rentrèrent dans leur foyer : 2500 en tout, fellaghas, ravitailleurs recherchés par la police et même des militants qui n'avaient jamais fait le coup de feu, mais qu'on trouvait commode de faire monter au maquis, un jour, pour les faire bénéficier de l'amnitie. C'est dire qu'il fallait bien connaître son monde pour diriger une telle opération d'autant plus que
l'insurrection commençait d'embrasser l'Algérie à partir du ler novembre 1954.


Le 1 er juin 1955, Bourguiba rentra en Tunisie. De tous les membres du directoire du Parti alors, seuls Méhiri et Tlili furent cooptés au bureau politique. Et c'est à partir d'octobre, le déclenchement de l'affaire
youssefiste, au drame sanglant, Ahmed Tlili se rangea du côté de Bourguiba sans hésitation, mais déployant tous... les efforts pour éviter l'effusion de sang. Autant qu'il le put, il sauva de nombreux militants d'un côté ou de l'autre, mais en vit un certain nombre mourir dans cette

1438897459.jpg[Page 7-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 


il fut détenu à la prison civile de Tunisie, jusqu'en 1954. Placé en

 

 


 lutte fratricide. IL reprit en main tous les fellaghas du sud et s'attela,dès lors, à la tâche du contact avec les Algériens. Au congrès de Sfax il fut élu membre du bureau politique.


1958 : l'indépendance de la Tunisie vit Tlili devenir maire de Gafsa et vice-président de l'assemblée constituante. Mais un conflit éclata au sein de l'UG7T dont il était secrétaire général-adjoint. Habib Achour avait provoqué une scission, encouragé par le Parti et fondé l'UTT. La concorde dans le monde syndicaliste ne peut se rétablir qu'avec l'éviction de Ben Salah en janvier 1957 et la dissolution de 17.11T. C'est Ahmed Tlili qui en fut l'artisan et il fut naturellement porté au secrétaire général de la centrale syndicale où il demeura jusqu'en 1963.


DEFENSEUR DES RECOMMANDATIONS DEMOCRATIQUES DU C.N.


De 1955 à 1962, sept ans durant et malgré ses charges écrasantes au Bureau Politique dont il était le trésorier, à l'assemblée constituante, puis à l'Assemblée Nationale, dont il était vice-président et à la tête de l'U.G.T.T. dont il était le secrétaire général. Ahmed Tlili fut le responsable tunisien des
affaires algériennes. Autrement dit, tout ce qui touchait au FLN et à l'ALN, du ravitaillement aux munitions, des communications à l'implantation des camps, des réfugiés aux dissidents (quelques règlements de comptes ne manquèrent pas d'avoir lieu, surtout au début entre des fractions FLN). Tlili s'en occupait pour le compte de la Tunisie. Certes, Bourguiba, en politique,
et Méhiri, au Ministère de l'Intérieur, avaient la haute main sur tout, mais l'interlocuteur des Algériens était Tlili.



Cette tache, qui l'exaltait et qui donnait à son combat la dimens ion dont il
rêvait lorsqu'il préparait en 1950 l'insurrection tunisienne, était pour lui le meilleur des ressorts.Jamais il n'avait si peu dormi, ni fourni autant d'efforts.
C'est dire qu'il était tout naturel de le voir désigné, en 1961, responsable du front saharien, lorsque la bataille de l'évacuation, plus connue sous le nom de bataille de Bizerte, eut lieu en juillet. C'est lui qui prit la responsabilité de l'armement des anciens fellaghas, dont certains moururent au front (comme
Mosbah Jarbouaà) et assura la coordination politique avec l'armée régulière. Les Angolais décident-ils de déclencher à leur tour leur insurrection ? toujours lui, prit en charge l'aide



1438897459.jpg[Page 8-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]


tunisienne qui leur fut dispensée bien avant tout le monde et ne cessa jamais.


Et pourtant. les problèmes qu'il analyse dans cette lettre de 1966 se posaient déjà à lui. Pourtant, le problème qui allait provoquer son éviction du secrétariat général de l'UGTT  était également là.


A la lumière de quelques confidences faites à des amis et surtout de l'entretien inédit qu'il a accordé, plus tard, à un chercheur pakistanais, on peut, toute réflexion faite, situer son différent avec Bourguiba autour de 1958.


Jusqu'à 1955, Tlili n'avait pas beaucoup connu Bourguiba.Certes, nous avons rappelé les conditions de leur rencontre de 1949 et leurs voyages au Caire et à Milan en 1951. Mais ce fut après le retour du Chef du Néo-Destour, en 1955, que Tlili eut à le fréquenter tous les jours et à découvrir le person- nage. Pourtant, les indices n'avaient pas manqué : cette même année, lui -même, étai t coopté au Bureau Politique et Ben Youssef exclu du Parti, tout Secrétaire Général,qu'il était : deux actes bien caractéristiques de ces décisions arbitraires qu'il dénonce dans sa lettre et qui ont jalonné La carrière de Bourguiba. Les circonstances exceptionnelles que traversait la Tunisie voilaient, alors, aux yeux de Tlili, la véritable signification du geste du point de vue de la personnalité du chef.


Or, en 1958, mettant à profit la mobilisation pour l'évacuation des troupes françaises à la suite du bombardement de Sakiet Sidi Youssef, en février, Bourguiba prit la décision de dissoudre les fédérations élues du Néo-Destour et leur remplacement par des "délégués du Bureau Politique", désignés et
engagés comme fonctionnaires par le Parti . Le coup était d'autant plus dur pour tous ceux qui étaient attachés aux traditions du Parti, que toute contestation, dans cette ambiance de mobilisation, risquait d'apparaître comme une trahison. Ceux qui n'acceptèrent pas la décision se sont purement et silencieusement retirés de l'arène politique.


Pour Tlili, ce fut, comme il le déclara plus tard, "une révélation".Il demeura au Bureau Politique, mais commença à regarder de plus près les décisions présidentielles. Cet acte (qui ne fut rapporté qu'au Congrès de Bizerte en 1964) joint au rôle équivoque joué par le Parti dans l'affaire de l'UGTT/UTT,
en 1956- 1957, fit prendre conscience à Tilt qu'il n'avait été jusqu'à cette année que le jouet d'une volonté de despotisme, à peine voilée. Dès lors, il refusa de jouer le jeu et décida d'user des prérogatives que lui conféraient ses différentes charges pour


1438897459.jpg[Page 9-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]

contrecarrer ce qu'il appelait déjà la dictature. Les heurts ne tardèrent pas à avoir lieu. Dès 1959, l'UGTT proposa d'adhérer en bloc au Néo-Destour, mais le 6e Congrès du Parti, réuni à Sousse, rejeta la proposition. L'idée de cellules professionnelles, déjà lancée, faisait son chemin et pesait comme une menace sur la centrale syndicale.



En 1960, c'est l'UGTT qui tenait son Congrès et le différend éclata au grand jour à propos de la politique économique. Le programme des syndicats prévoyait la création de coopératives ouvrières, l'encouragement aux petites et moyennes entreprises privées d'industries de transformation employant
une main-d'oeuvre nombreuse et enfin une banque de soutien à ces projets populaires. Or, c'était l'année où le gouvernement commençait à penser à un plan de développement, et tout projet venant des syndicats ne pouvait que rappeler à Bourguiba l'incident avec Ben Salah en 1956 et avoir un certain parfum "gauchiste". C'était d'autant plus "gênant" qu'il avait placé Ben Salah à la tête des affaires sociales et que, cette même année, il al lait lui confier le Département des Finances que Mestiri quittait pour l'ambassade de Tunisie à Moscou.


L'initiative de l 'UGTT ne pouvait alors apparaître à Bourguiba que comme une surenchère ou, mieux, une mise en demeure. Dès lors, le sort de Tlilt était scellé. Toutefois, il était difficile de l'écarter dans ce congrès. Le suivant, en 1963, fut mis à profit pour cette fin. Mais déjà, l'idée des cellules professionnelles du Parti était relancée et sa mise en oeuvre permettra de faire le décompte des gens qui pouvaient servir cette nouvelle cause. En attendant, l'année 1961 fut l'année de Bizerte et 1962 vit le lancement du premier pian (pré-plan triennal 19621964). Tous les projets économiques de l'UGTT étaient gelés. Mis à part l'intermède héroïque de 1961, les rapports au sein du Bureau Politique étaient souvent difficiles entre Bourguiba et Tlili, surtout que Ben Salah fut à son tour coopté et que le Président ne manquera aucune occasion d'opposer les deux hommes.

 


Habib Boularès

 

Lire aussi:

 

 

La Tunisie sous Habib Bourguiba
Etat "moderne" ou Etat "policier"?

Extrait de l'article du Monde Diplomatique- 1975

Ombres chiliennes

 

Etat policier ? Certains hésitent, qui répètent, comme pour se rassurer, que « ce n’est pas le Chili ». Sans, doute. Etrange raisonnement qui consiste à se réjouir qu’il n’y ait pas de camps, au lieu de s’indigner qu’on jette au bagne de Borj-Roumi les opposants politiques. Peur des mots, puissance des mythes (la « douceur de vivre » de Sidi-Bou-Saïd) ? Mais d’un pays où la notion de droit n’existe pas, où le citoyen ne dispose d’aucun recours ni d’aucune garantie, où l’abus de pouvoir est érigé en principe de gouvernement, où l’on torture, que dire, sinon, précisément, qu’il n’est pas démocratique ?

 

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Mais par quelle légèreté a-t-on jamais cru qu’il l’était ? Dès 1956, le régime n’hésite pas à liquider les opposants : l’armée ratisse le Sud, où se cachent des partisans de Salah Ben Youssef, tandis que, sous la conduite du député Béchir Zarg El Ayoun, des hommes de main assassinent à Zurich, en 1961, le rival de Bourguiba. Bourguiba lui-même a récemment raconté, dans un discours télévisé, tous les détails de l’exécution, et décoré les assassins, qui n’ont fait que « rendre justice ».

 

En 1963, des militaires, impliqués dans un complot, sont arrêtés et fusillés ; c’est l’occasion, pour le pouvoir, d’interdire le parti communiste et de pourchasser ses militants (retrait de passeport, perte d’emploi, mise en résidence surveillée). En 1965, d’autres progressistes sont emprisonnés ; mais c’est à partir de 1967, quand grèves ouvrières et contestation étudiante troublent l’ordre établi, que la répression s’intensifie : depuis cette date, on relève près de trente procès politiques. Par groupes de quarante, soixante, parfois deux cents (août 1974), ouvriers, étudiants, paysans ou employés sont envoyés devant la Cour de sûreté de l’Etat, et lourdement condamnés. Près d’un millier de personnes l’ont été jusqu’à présent ; d’autres attendent d’être jugées.(Lire:la naissance de l'Extrême gauche et du mouvement des droits de l'Homme en Tunisie,Génération Perspectives.Cliquez ICI) et (La naissance de l’extrême gauche et du mouvement des Droits de l'Homme, Génération Perspectives.Cliquez ICI)

 

De nombreux rapports d’avocats en font foi : qu’ils s’agisse des témoignages de Me Roland Kaufman, mandaté à Tunis par la Ligue suisse des droits de l’homme, de Me Moritz Leuenberger, au nom de la Fédération internationale des droits de l’homme, de Me Ch. Bouchet, pour l’Association internationale des juristes démocrates, ou de Me J.-J. de Félice, refoulé dès son arrivée, tous dénoncent la parodie de justice qu’ils ont pu observer.

 

Généralement inculpés d’appartenance à une organisation illégale (le plus souvent, « Perspectives », d’extrême gauche), d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de diffusion de fausses nouvelles et d’incitation à la rébellion, les accusés n’ont, en réalité, commis qu’un seul crime : exprimer à voix haute, ou par écrit, des opinions contraires aux positions officielles.Lire aussi:Le cinéma de Nouri Bouzid et le syndrome autoritaire en Tunisie.Cliquez ICI

 

Détenus plusieurs mois par la police – il n’y a pas de délai légal de garde à vue -, torturés, défendus par des avocats qui ne prennent connaissance du dossier que vingt-quatre ou quarante-huit heures à l’avance, ils sont condamnés avant d’être entendus. Envoyés – les plus durs – au bagne de Borj-Roumi, près de Bizerte, où les conditions de détention sont telles (cellules à 20 mètres sous terre, nourriture putréfiée) qu’ils sont tous atteints de maladies, ou jetés en prison, ils peuvent parfois être graciés – à condition d’écrire au président de la République une lettre de pardon ; la plupart s’y refusent.