28 septembre 2009

Tunisie, le Bey, Bourguiba, le 7 novembre...des photos rares...

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23 août 2009

Bourguiba, les palais, « l’argent du peuple », et la « République » !

 

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"Alors le gouvernement avait institué « une contribution à la lutte contre le sous-développement » en prenant des mesures  telles que  des retenues  sur les salaires et  traitements  dans le cadre de la loi sur « la contribution de solidarité nationale pour la lutte contre le sous-développement » qui « va permettre, écrit le journal, l’entretien des chantiers de « chômage » qui reviennent cher à l’Etat »…Habib Bourguiba construisait des Palais coutant des millions de dollars. Le plus souvent, la décoration en fut confiée à Leleu Deshays de Paris qui se fait payer à coups de millions de dollars, sommes exigées par lui pour décorer les palais du Roi Faycal d’Arabie Seoudite…"

 

 

 

 

 

 

 

Les ouvrages cités dans cet article sont en vente en Tunisie (certains sont certes rares) il suffit de les acheter et de les lire.

 

 

 

Dans l’ouvrage de Feu Azzedine Azzouz, «  l’Histoire ne pardonne pas.  Tunisie : 1938-1969 », Azzedine Azzouz, Éditions L'Harmattan  et Dar Ashraf Éditions. JUIN 1988.

 

A la p 219 on lit :

 

 

 « [Au début des années soixante] Un grand malaise régnait en Tunisie dans le domaine politique, et la conjoncture économique n’était guère plus brillante. A cette époque, tout le monde critiquait presque ouvertement la politique du gouvernement, les dépenses intempestives, pour ne pas dire extravagantes, dans la construction et la décoration des « palais de Bourguiba » et des membres de sa « cour »…

 

A cette période également, les produits de consommation devenaient de plus en plus chers et plus rares, en particulier l’huile d’olive, aliment de base du peuple tunisien.

 

Dépassant les Beys de Tunis, Bourguiba a fait construire et aménager une dizaine de Palais, grands et petits, à Carthage, La Marsa, Tunis (Rue 1 er juin), Skanès, le Kef, Rekkada (région de Kairouan), Monastir (Médina), Mornag, Ain- relal, Ben-Mtir (Région d’Ain Drahem), Zaghouan,Ousseltia…etc

Le plus souvent, la décoration en fut confiée à Leleu Deshays de Paris qui se fait payer à coups de millions de dollars, sommes exigées par lui pour décorer les palais du Roi Faycal d’Arabie Seoudite… »

 

 

 

Dans l’ouvrage « souvenirs politiques » de Sliman Ben Sliman CERES productions, mars 1989, feu Sliman Ben Sliman militant pour l’indépendance et directeur du journal  « tribune du progrès »  écrit :

 

A la page 354 on lit :

 

«  La Tunisie de cette période [au début des années soixante] vivait dans une sorte de « dolce vita » (douceur de vivre) caractérisée par des réceptions somptueuses dans les nouveaux palais de Carthage et de Skanès, par le mariage quelques mois auparavant du président de la république avec Wassila ben Ammar »

 

 

 

Dans l’ouvrage « Bourguiba : Le pouvoir d’un seul ». Auteur Bernard Cohen. Editions Flammarion. Octobre 1986.

 

À la page 181,  on lit :

 

« il [le palais de Skanes ] comporte en outre un personnel pléthorique que la présence, deux fois l’an, du couple présidentiel est loin de justifier »

 

 

 

 

 

Aux pp 125-126, on lit :

 

« Tribune du progrès » et les palais présidentiels. L’hebdomadaire qui a publié ces propos sera interdit fin décembre 1962. « Parmi les textes qui seront reprochés à notre journal, note Slimane Ben Slimane dans ses « Souvenirs politiques » [ Sliman Ben Slimane, « Souvenirs politiques »CERES Productions, Collection Mémoire, 1989], celui qui a pour titre « le palais de Carthage ».

 

 

Dans ce court article, on peut lire : « les réceptions officielles à l’occasion de la fête nationale ont revêtu, cette année, un caractère somptueux inaccoutumé. C’est qu’elles se sont  déroulées dans le cadre fastueux du nouveau Palais de Carthage «  dont le luxe  et la richesse ont « surpris »  plus d’un visiteur…on ne sait combien a coté le palais présidentiel avec ses sculptures, ses peintures, son bois, ses marbres, ses accessoires « dorés », ses lustres, ses meubles… tout ce qu’on  sait, c’est que son cout contraste , pour le moins, avec un sain développement du pays selon un ordre strict d’urgence, comme l’exige une politique de planification véritable (…). » (« Tribune du Progrès »  mai -juin 1962)

 

 

A la page 126 de son ouvrage, Noura Borsali écrit :

 

« Dans son numéro de Septembre 1962, le mensuel [« Tribune du Progrès »] renchérit  dans un article « Le palais du Marbre » en écrivant :

« À deux mois d’intervalle, on a inauguré deux palais présidentiels. Après celui de Carthage (…), voici un nouveau Palais encore plus grand, plus luxueux, plus fastueux, tout en marbre avec des jardins, une piscine, des fontaines, des galeries qui frappent par leur beauté ».

 

 

 

Ces Palais étaient-ils nécessaires ?

 

Dans le  numéro de Septembre 1962 du mensuel [« Tribune du Progrès »] on lit :

 

« Le peuple tunisien qu’on convie à l’austérité, à la « contribution » à la lutte contre le sous-développement, voit en détail, à travers la presse écrite et filmée ce luxe, ce faste, cette richesse s’étaler sans retenue. Il ne comprend plus un tel gaspillage, une telle dilapidation des ressources du pays qu’il sait maigre ».

 

Noura Borsali ajoute (à la page 126) :

 

« Ces articles ont été écrits dans un contexte où le gouvernement avait institué « une contribution à la lutte contre le sous-développement » en prenant des mesures  telles que  des retenues  sur les salaires et  traitements  dans le cadre de la loi sur « la contribution de solidarité nationale pour la lutte contre le sous-développement » qui « va permettre, écrit le journal, l’entretien des chantiers de « chômage » qui reviennent cher à l’Etat ».

Depuis 1954, les salaires sont restés bloqués  et la « situation des ouvriers, employés et petits fonctionnaires est très difficile. Ahmed Tlili a reconnu un 1 er mai – celui de l’année dernière que cette situation ne peut plus tenir », note encore le mensuel dans sa livraison de septembre 1962.

 

 

 

 

 

 

 

Extrait de Le mouvement Perspectives (ouvrage en arabe) . Auteur M. Abdeljlil Bouguerra (pp 46-47).

 

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En 1965, le peuple manifestait….

 

 

 

 

 

 

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17 juillet 2009

Fethi Belhaj Yahia et Hamma Hammami au Palais de Carthage

 

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Fethi Belhaj Yahia et Hamma Hammami, alors jeunes militants de la gauche tunisiennes ont été arrêtés au début des années 70, emprisonnés et torturés comme des dizaines d'autres jeunes sous Habib Bourguiba. Ce dernier a fini par les recevoir en 1981. Chacun d'eux a témoigné...


Témoignage de Hamma Hammami :

                          Bourguiba nous a reçu le 29 juillet 1980

Extrait de "Le chemin de la dignité, Hamma Hammami" ouvrage de Hamma Hammami, pp 53-54.




Le jour de notre libération (nous étions six détenus), Bourguiba qui avait déjà reçu à la fin du mois de mai, un groupe de détenus politiques, a tenu à nous recevoir dans son Palais de Monastir où il avait l'habitude de passer tout l'été. Il préparait, ou plutôt son entourage préparait, un nouveau coup médiatique pour montrer "la clémence" du "père de la Nation" envers ses "enfants égarés". Mais cette entrevue, qui a eu lieu le 29 juillet 1980, a mal tourné. En effet, en présence des journalistes, nous avons, tous, dénoncé la pratique de la torture, la
répression des libertés démocratiques et les conditions de détention illégales dans lesquelles nous avions vécu pendant des années.


Personnellement, j'ai fait état devant l'assistance de tous les dégâts physiques hérités de la torture et des six ans d'emprisonnement au cours desquels nous avons été contraints de mener plusieurs grèves de la faim pour obtenir l'amélioration de nos conditions de détention et notre libération, ce qui nous a exposés plusieurs fois à des tortures et des traitements inhumains.

Ayant été le premier arrêté et le dernier libéré dans cette affaire, je comptabilisais le plus de jours de grèves de la faim : 150 jours en tout, la grève la plus longue ayant duré 22 jours, du 1er au 22 novembre 1975. Surpris par notre audace, Bourguiba menaça de nous renvoyer en prison. Sa femme et son ministre de l'Intérieur de l'époque l'ont calmé.

Deux jours après notre libération, le journal indépendant Er-raï (proche de l'opposition libérale née d'une scission avec le parti au pouvoir) annonça que Bourguiba avait décidé de m'envoyer en France pour soigner les séquelles de mes tortures.

C'était une reconnaissance officielle de la pratique de la torture sous son régime. Le ministère de la Santé me prit en charge et, en septembre 1980, j'étais hospitalisé à l'hôpital de la Salpétrière.

Ma santé s'est un peu améliorée. Cependant certaines séquelles sont restées à jamais. Il s'agit de douleurs dans l'hémisphère gauche du corps, d'une maladie des reins, d'une sinusite chronique et de myopie.

Le bagne de Borj Er-roumi surnommé "la prison des oubliés", où j'ai passé, avec mes camarades, la plus grande partie de ma détention, était très humide. En plus, elle n'avait pas l'eau potable. L'eau nous était servie une ou deux heures seulement par jour, à partir de citernes remplies à l'extérieur. Cette eau que nous remplissions dans un petit bassin, dans nos cellules, contenait beaucoup de calcaire. Plusieurs d'entre nous ont eu des problèmes de reins, ajoutés aux problèmes d'allergie, de rhumatisme et de bronchites chroniques, causés par l'humidité, le froid et les mauvaises conditions de vie dans les cellules. L'obscurité et le manque d'éclairage, surtout dans le pavillon cellulaire de la prison civile de Tunis, ont eu un effet néfaste sur notre vue. Plusieurs d'entre nous sont devenus myopes et ont dû porter des lunettes. Cependant ce n'était
pas ces ennuis de santé qui allaient me pousser à abdiquer. En quittant la prison à la fin du mois de juillet 1980, j'étais plus que jamais résolu à lutter. Tout était clair pour moi. Mon choix avait été fait définitivement depuis février 1972. Il s'agissait seulement de chercher les moyens les plus efficaces et les plus appropriés pour les réaliser.

 

 



من دفاتر اليسار التونسي في الزمن البورقيبي: في حضرة الزعيم
فتحي بالحاج يحيى



حلّ ركبنا في حوالي العاشرة صباحا بالقصر الرئاسي بقرطاج، وكان أقربَ إلى القافلة منه إلى الرّكب. كنت لابسا سروال "دجنس" وقميصا صيفيّا، وكان رفاقي على نفس الهيئة تقريبا، لا ربطة عنق، ولا بذلة، ولا أحذية لـمّاعة، وقد أصررنا على ذلك لغرض واضح كنّا نعني به امتناعنا عن المشاركة في الطّقوس، وعدم اندماجنا في المراسم، من حيث المظهر على الأقلّ، في انتظار البقيّة.

لم يكن الأمر مدروسا أو واعيا بالشكل الذي أتحدّث عنه اليوم، ولكنّه كان حاضرا بقوّة في أذهاننا، فيه نوع من الحرص على الحفاظ على هويّتنا، وعدم التّورّط الكامل في اللّعبة. وكان يحدوني الشّعور، وأعتقد نفس الشّيء بالنسبة لرفاقي، بأنّ الحديث إلى الرئيس من خلال عدم تقمّص الدّور المطلوب منّا، بداية من اللّباس، سيمنحنا حرية أكبر لتوليد الكلام المناسب لوضعنا. كان مهمّا أن لا ينسوا صفتنا كمساجين، وأن لا ننسى نحن الأمر، وفي مظهرنا إشارة، ولو شكليّة، إلى هذا التّمايز.

استقبلتنا وسيلة بورقيبة في مدخل القصر، ووجدنا سجينين سياسيين آخرين أتوا بهما لم تكن لنا سابق معرفة بهما.

كان يقف، إلى جانب الرّئيسة، عدد من الوزراء صحبة مدير الحزب المنجي الكعلي الذي علت محيّاه علامات الاستياء من حماسة وسيلة التي بادرتنا بالتّرحيب وكأنّها تستقبل عرسانا شبّانا، جاؤوا لخطبتها في بناتها أو بعض قريباتها. أسْقَطَتْ كلّ تَكَلُّف بالمراسم وبطبيعة الموقف، وأخذت تحدّثنا عن إعجابها بوسامتنا وثقافتنا، وقالت بأنّه من المفروض أن نكون مسؤولين كبارا في الدّولة، وأنّها ستزوّجنا، وأشياء أخرى لم نكن ندري إن كانت تؤمن بها، بفعل ثقافتها المجتمعية الصّالونية الواسعة، أو لطبعها المرح، أو لحنكة سياسية في تمهيد نفسيّاتنا للأخذ بخاطرها في صورة ما إذا خرج الرئيس عن حدود اللّياقة. قالت لنا صراحة وبأريحية لا لُبْسَ فيها، ما قاله وزير الدّاخلية بكثير من التّعقيد : "سي الحبيب راهو بوكم، ما يسالش كان بدا ياخذ ويعطي، ما تاخذوش عليه، خوذو بخاطري، راهو باش يسيّبكم"، (سي الحبيب بمثابة أبيكم، لا يهمّ إن تجاوز حدود اللّياقة، لا تَدَعوا الأمر يحزّ في نفوسكم، إكراما لي. إنّه سيُطلق سراحكم). كان البقيّة منقبضين عدا عبد الحميد الصّخيري الذي كان يتصرّف بمثل تصرّفها.

قدّموا لنا عصيرا ولا أتذكّر من الّذي شرب ولم يشرب، وبدأ الخوف ينتابني باقتراب الامتحان. كنت أخشى أن يقع صِدَامٌ مع بورقيبة، وكنت، كما تعوّدت أن أفعل عند الشّدائد، أستجمع خوفي لأحوّله إلى جسارة، وتحدٍّ، وقلة حياء إن لزم الأمر.

يصعب تفسير هذه اللّحظة التي اختزلت جميع معاني حياتنا ونضالنا. فاليسار التونسي، بقطع النّظر عن أفكاره وتحليلاته ورؤاه في السياسة والمجتمع وغيرها، لم يكن في نهاية الأمر سوى لحظة كرامة في هذا البلد، لكونه الوحيد الذي رفض أناويّة بورقيبة، ورفض أن يُختزل البلد في شخص واحد، ورفض الإخصاء الذي مارسه بورقيبة على الطبقة السياسية ورجالات الدّولة والحزب. والآن تفصلنا بضع دقائق عن وقوف موسى أمام فرعون، ونحن لا معجزة في جرابنا، ولا عصا في أيدينا، ولا ربّ يحمينا!

دخلنا مكتبه فأصبح مكتظّا بنا، وبالوزراء، وأعوان الأمن المقرّب. حوالي الأربعين نفرا، أو أقلّ أو أكثر، لا أدري. ودخل بورقيبة.

كان قصير القامة. يمشي بشيء من الصّعوبة لكن دون عناء، واتَّجَهَتْ إليه وسيلة لتُسنده وتستبق الأمور. قالت له "هذوما ولادك عاد" (هؤلاء أولادك، أليس كذلك). فرفع يديه كما عهدناه يفعل في خطبه، وتقدّم نحونا وهو يتمعّن في وجوهنا وفي وجوه البعض من الملتفّين حولنا من الأمن والوزراء قائلا "ترا نشوف. هاو تبارك اللّه نظاف. ماهوش وجوه مقلّبة كي هاكه جماعة قفصة (1)، أولادي هذوما، آش عملولكم تحطّوهم في الحبس". (كانت أحداث قفصة لا تزال ماثلة في ذهنه بعد بضعة أشهر من حدوثها، وأشهر أقلّ من شنق رموزها).

كنّا نعلم الكثير عن قدرات بورقيبة المسرحيّة وعن دهائه السياسي، وكنّا كثيرا ما نتقمّص دوره في السّجن. لا أعتقد أنّ تونسيّا واحدا لم تنتبه يوما رغبة في تقمّص دور بورقيبة للحديث مثله أو في استنباط كلام كان يمكن أن يقوله وإن لم يقله. ورغم ذلك فلم أكن أنتظر أن أجد نفسي، وأنا أتساءل، إن كان الرّجل صادقا فيما يقول، أو كان يرتجل حديثه وانطباعاته، أم هو يستحضر دورا تدرّب عليه ولو قليلا. لو طُلب منّي أن أراهن وقتها على شيء ثمين، لرجّحت الكفّة إلى صدق النيّة لكي لا أخرج خاسرا. فهو ينتمي إلى مدرسة المسرح الواقعي التي يُشترط فيها أن لا يترك الممثّل أيّ مسافة بينه وبين الشّخصية التي يلعبها، كأن يتقدّم يوسف وهبي في حياته العادية إلى خطبة التي ستصبح زوجته الحقيقية مستعملا نفس الحركات والتّعابير والألفاظ التي يستعملها في أفلامه وهو يخاطب الممثّلة شادية، مثلا، في دور خطيبته في الفلم. في أحد أفلامه تَطْرُق فاتن حمامة، على ما أظنّ، باب منزل فيفتح لها رجل وهو يقول، أمام اعتذارها عن الغلط، "إنتِ مش عارفه أنا مِينْ ؟ أنا يوسف وهبي". وكان هو فعلا يوسف وهبي يمثّل دور يوسف وهبي!

هكذا كان بورقيبة يمثّل إلى حدّ الإقناع التّامّ دور بورقيبة، وهي حالة تعرّض لها علم النّفس التّحليلي ولها اسمها ومواصفاتها وعلاماتها وعوارضها.

قال لنا إنّه يعلم أنّنا شيوعيّون وإنّه يعرف عن الشّيوعيّة أشياء نجهلها نحن. وحكى عن اختلافه معهم منذ فترة المقاومة حين كان ينادي بالاستقلال وكانوا يرونه مرتبطا بتحرّر الطبقة الشّغيلة في العالم، وكان يقول لهم "اقعدو استنّاو" (ابْقَوْا في الانتظار). ثمّ انتابته لحظة عاطفة ولِينٍ وهو يقول أنّنا نذكّره بما قالته له فرنسا، يوم وقف في وجهها : "نحن فتحنا لكم المدارس وعلّمناكم وها أنت تتعلّم لتلتفّ علينا" (كان ينظر إلى ناحية وزرائه)، ثمّ توجّه إلينا بتأثّر "هَاكُمْ اليوم بعد ما قَرِّيتْكُمْ وكَبَّرْتْكُمْ تْحِبُّو تْنَّحِيوْني… لو كان ما قرّيتْكُمْشْ رَاكُمْ ما زلتم سُرَّاحْ" (وها إنّكم بعد أن علّمتكم تريدون تَنْحِيَتِي و لو لم أعلّمكم في المدارس لكنتم اليوم لا تزالون رُعَاةَ غَنَمٍ).

"موش هكّة ؟"

وكان يدور وسط فراغ الحلقة الملتئمة حوله ويلتفت بين الحين والآخر إلى الحاضرين قائلا، على عادته التي نعرفها من التّلفاز، "موش هكّه ؟" (أليس كذلك؟). "تركيزة" الكلام هذه عند بورقيبة يعرفها الشّعب التّونسي كلّه، وهي دارجة في لهجتنا التونسية، ولا أدري إن كان بورقيبة هو الذي أسّسها، أو أنّها كانت واردة قبله وأشاعها ملكا مشتركا بين النّاس. كنّا نتندّر بها كثيرا كلّما أراد أحدنا أن يؤكّد لحظة تسلّط "سُوفْتْ" أي مرنة (فقاموس الإعلامية لم يوجد بعد وقتها). وعندما يرمي بها بورقيبة إلى حاشيته فإنّما لقراءة درجات الولاء وأصنافه، وربّما للتأكّد من أنّه لا معارضة تُذكر لرأيه، أو لخلق شعور لدى أتباعه بأنّه أعطاهم فرصة لإبداء الرّأي تصبح بعدها مخالفته غدرًا وجحودا، تدخل في خانة "انعدام الرّجولة" أكثر منها في باب الاختلاف السياسي الذي كان متاحا لحظتها.

هذا الأمر تفطّنت له يوم أصبحت لي بنت، وكلّما خاصمتها ولاذت بالصّمت أمام بلادة حججي، أكتشف نفسي يائسا في انتزاع قبولها بمنطقي وأنا أردّد، عملا بقاعدة الحوار، "موش هكّة (؟)"… وقد تجيبني أحيانا "طبعا هكّة… أنت دائما تعلم كلّ شيء، فلما تسأل ؟"

حوار سريالي

ولتقديم صورة أوضح عن بقيّة المقابلة، فسأصوغها في حوار قد يساعدني فيه الرّفاق الحاضرون معي على استحضار تفاصيل، وتصويبات، وتعديلات، فاتتني بالضّرورة، لبعد الزّمن، وانطبع ما انطبع منها في ذاكرتي من خلال رؤيتي الخاصّة للحدث، والتي قد لا تتوافق مع بعض زوايا النّظر الأخرى، وهو أمر طبيعي.

إضافة إلى أنّ مقابلة المجموعة الثانية التي تمّت يوم 3 أوت 1980، أي بعد شهرين من مقابلتنا، وكان ذلك بقصر صقانس بالمنستير، قد كرّرها لنا الرّفاق مرّات ومرّات بما خلق تداخلا بينها وبين الأولى لتشابه الأوضاع والظّروف، وهو ما قد ينجم عنه بعض الخلط بين هذه وتلك.

بورقيبة : (يواصل حديثه وقد تفطّن إلى أنّه ليس أمام شيوعيين فقط بل أمام مساجين أيضا، وكأنّ الأمر عَزَّ عليه بأن نبقى الشّخصيات الدّرامية الوحيدة في هذا المشهد) :

— أنا أيضا سُجنت زمن فرنسا، وقاسيت الويلات والمحاكم والتّعذيب… (وظلّ يحكي طويلا عن السّجن، والمعاناة، ووحدته القاسية…).

لم نتقاسم الأدوار فيما بيننا قبل قدومنا، لاستحالة توقّع مسار الأحداث. الاتّفاق الوحيد تمّ على المسائل الثلاث أو الأربع التي ذكرناها لوزير الدّاخلية، وقد أنهى المقابلة دون الخوض فيها وبقي الأمر مفتوحا. وكنّا نرصد حركات بورقيبة ونشغّل أدمغتنا لقراءة حديثه والمنحى الذي سيأخذه. وأنا أنظر في عمق عينيه الزّرقاوين. كان فيهما نوع من الشّفافية البصرية، ربّما بفعل المرض رغم أنّ الذين عرفوه من قبل يقولون أنّ لون عينيه هو أحد أسراره في التّأثير على الغير.

تلقّف الحديث أحدُنا قائلا :

— كان ذلك في عهد الاستعمار، أمّا نحن فقد سجنّا في زمن الاستقلال، وعُذّبنا كثيرا من طرف البوليس السّياسي، وذلك من أجل أفكارنا وآرائنا… ونحن نطالب بفتح تحقيق في الأمر ومحاكمة الذين مارسوا التّعذيب علينا…

التفت بورقيبة إلى حيث كانت ثلّة وزارئه، وهو يبحث عن وزير الدّاخلية :

— علاش تعذّبو فيهم …آش عملولكم… أولادي هاذمك… توّه نشوفو الحكاية… ثمّ استدرك قائلا وهو يبتسم :

— ماهو زاده كيف ما تحبّش تقرّ… آش تحبّهم يعملو… لازم كفّ… وشويّه كذا… (إذا ما رفض أحدكم الاعتراف فماذا عساهم يفعلون…لا بدّ من صفعة على الوجه…أو شيء من هذا القبيل).

ردّ عليه أحدنا بأنّ الأمور تتجاوز الصّفعة المعتقدة وأنّ التّعذيب مناف لجميع الأعراف الدّولية ومبادئ حقوق الإنسان، فبدا عليه الاضطراب، وشعرنا بغيوم الغضب تتلبّد في داخله، وظلّ يدور في مكانه ويبحث عن كلماته. وقتها تدخل وزير الداخلية لإنقاذ الموقف قائلا إنه على علم بالموضوع وسيتولى التحقيق في الأمر، فتلقّف عنه بورقيبة الكلام ليقول إنه هو أيضا ضد التعذيب و يأمر بإجراء تحقيق حول هذه القضية…

— أحد الرّفاق : نحن نطالب بالاعتراف بنا كحزب سياسي له حقّ الوجود وبأن تكون لنا جرائدنا الحرّة.

— بورقيبة : لقد أذنتُ بحريّة الصّحافة. أنا أيضا كنت أكتب في الصّحافة. كانت مقالاتي في اللّغتين تهزّ المستعمر…أعطوهُمْ جرائد.

ثمّ تراجع قليلا إلى الوراء ولم يعد يفرّق بيننا وبين الحاضرين، وقد التصق بنا بعض من الوزراء ومدير الحزب ليطلبوا منّا، همسا، بأن نخفّض من أصواتنا، وأن ننهي المقابلة وقد عبّرنا على ما نريد. بدا له الجمع غفيرا، وقد نسي كم كان عددنا كمساجين، أو تناسى الأمر. صاح قائلا (وقد بدا عليه التّعب):

— أتريدون جريدة لكلّ واحد. كم جريدة سنعطي. ستعمّ الفوضى !

— قال أحدنا: ليست المسألة مسألة عدد أو كثرة. إنّها مبدأ يقرّه الدّستور في فصله الثّامن.

ولكثرة ما سمع بورقيبة لفظة "البند الثامن"، التي وردت مرارا على ألسنتنا، فقد انتهى به الأمر وهو يزمجر: سألغي هذا البند… ثمّ تدارك الأمر، وكأنّه يريد قطع الطّريق علينا، وإنهاء الجدل، وفسح المجال مرّة أخرى للحديث عن نفسه: أُعطوهم حزبا وجريدة.

نبّهته "وسيلة" إلى أنّه يُحدّث وزراءه، فأمرهم بالابتعاد ليتمكّن من فرزنا، ونسيتُ ما الذي حدث بعدها قبل أن يتدخّل رفيق آخر لإثارة مسألة العفو التّشريعي العامّ من قبل مجلس الأمّة، وبورقيبة يردّد بأنّه عفا عنّا شخصيا ضمن مجموعة أولى، وأكّدت وسيلة بورقيبة أنّ البقيّة سيكون موعدهم يوم عيد ميلاد الرئيس في الثالث من أغسطس المقبل (وهو ما تمّ فعلا لاحقا). وكأنّي به لم يفهم، رغم ضلوعه في القانون، أنّنا نطلب عفوا تشريعيّا يفوق قيمة وقوّة، قرار العفو الرّئاسي المرتبط بشخصه!

انتهت المقابلة داخل نوع من الفوضى، وقد تبادلنا معه حجما من الحديث يفوق ما ذكرت، عندما ألحّ بعضهم، ربّما يكون طبيبُه الخاصّ، إنهاءها، وسحَب بورقيبة من مكتبه، وهو يعود إلينا في كلّ مرّة ليواصل حديثه، والحاضرون يدفعون بنا نحو الباب، وهم يردّدون بأنّ الرئيس قد تعب وها قد قلنا كلّ ما نريد قوله.

فخرجنا على غير ما كان يخرج به "لو دوك ثيو" من وثائق موقّعة، واتّفاقيات واضحة، وخرائط مرسّمة، ولكنّا كنّا نشعر بنوع من الارتياح لتوفّقنا في الوقوف في وجه بورقيبة، ولم يكن الأمر سهلا. فقلّة هم الّذين وقفوا أمامه على نمط وقفتنا. ولم أتساءل وقتها ما الّذي كان سيحدث لو قابلناه في عنفوانه وأوج سلطانه!

يوم الخروج

… لا علاقة بسيناء والبحر الأحمر!. خرجنا من قرطاج، لنعود إلى السّجن المدني بتونس، وانتبهت وقتها إلى الطّقس. كان رائعا. كنت أعيد رسم خارطة العاصمة في ذهني وأرى النّاس يتجوّلون في الفضاء الواسع. بدا لي أوسع بكثير ممّا كنت أعرفه. نوع من البرمجة تتمّ في دماغ السّجين في إعادة صياغة مقاسات المسافة والزّمن داخل بضعة الأمتار المربّعة التي يعيش فيها، وبفعل تعاقب اللّيل والنّهار في حلقة دائرية مفرغة، تقطعها بين الفينة والأخرى أخبار ترد علينا من الخارج مثل أحداث المواجهة بين النّظام والاتّحاد العام التّونسي للشّغل، أو أحداث قفصة أو غيرها، فندرك معها أنّ الزّمن يسير بخطاه الطبيعية خارج أسوارنا. وذات الأمر نقف عليه كلّما زارنا أخ أو أخت تركناهما صغيرين ونراهما يكبران مع مرّ السّنين ونحن نشعر بأنفسنا وكأنّنا لم نتغيّر.

وجه الحبيبة

لم أعد أتذكّر المسار الذي سلكته السيّارة الفخمة التي عادت بنا إلى رفاق ينتظرون على أحرّ من الجمر. كنت خارج السّجن تماما بذهني ومخيّلتي. صورة صديقتي ترتسم في الأفق وتسكن كامل كياني. شوق عارم إلى اللّقاء وخوف كبير من التّلاقي. ماذا سنقول لبعضنا بعد خمس سنوات وشهرين من الانقطاع وحكاية الحبّ بيننا لم تكد تنشأ.

كان الزّمن زمن تساقط الرّفاق الواحد تلو الآخر تحت ضربات البوليس السّياسي، وكنت عائدا من فرنسا لمساعدة مناضلي الدّاخل على إعادة هيكلة المنظّمة. كنّا نعيش في السريّة بهويّات مزيّفة، ونتنقّل بصعوبة بين المناطق، وعمري وقتها لم يتجاوز العشرين سنة، وهي في نفس السنّ تقريبا.

آوتنا في بيتها لزمن كنّا نغيّر فيه سكننا حسب ما تتيحه إمكانيّاتنا الماديّة شبه المنعدمة، وقد أصررنا على طبع الجريدة السريّة في أوج حملة الإيقافات للدّلالة على أنّنا واقفون لا نركع، وأنّنا نقاوم. كنّا لا نعرف من الكرّ والفرّ سوى اللّفظة الأولى، ولم يكن لدينا متّسع من الوقت أو البال للحديث في مثل هذه الأشياء، أو ضبط استراتيجية تتوافق مع الأوضاع.

وكان مثل هذه العقليّة والتّصرّفات يمنح المناضل هالة رومانسية، ومسحة من التّراجيديا، ولحظة من الهشاشة العاطفية التي تستند إليها صلابة المعنويات وفولاذية العزيمة اللّتان يفرضهما الوضع. وإذا ما تقابل مناضل ومناضلة في مثل هذه الأحوال، تنشأ بالضّرورة مشاعر من نوع خاصّ تمتزج فيها العاطفة بالشّهوة، والحبّ بالشّبق، وأحاسيس الذّنب بما يصعب كبحه، وإن كُبِحَ فليُولّد سراب حبّ ينضاف إلى لائحة الحوافز التي نبحث عنها لصناعة فولاذ العزيمة، ومجابهة إيقاف يلوح في الأفق، ونحن نعلم أنّه قادم لا محالة.

كانت تجلس إلى جانبي وأنا بصدد تحضير أوّل عدد من جريدة "العامل التّونسي" سيصدر بالدّاخل، بعد أن كانت تأتينا مهرّبة من رفاقنا بفرنسا بطرق شتّى، والشّيخ الإمام يغنّي "تجمّعوا العشّاق في باب القلعة…"، وأنا أشرح لها بعض الكلمات المصريّة. كان صوتها أجمل من صوت الشيخ في أذني عندما تعيد على مسامعي بعض المقاطع، وأنا أتلو عليها قصيدة "بلدي وحبيبتي" لِمَلَكَةٍ طبيعية ِفيَّ لا يستقيم معها الغناء. كنتُ ظاهرة صوتية وكانت ظاهرة موسيقية. وفيها حلاوة النّكتة التي لم تكن حتّى لتحتاج إليها، لفرط جمالها. كانت تقول : أُحِبُّ أن أكون غَانِيَتَك لتعملَ أفضل. وعندما فسّرت لها معنى "الغانية" في العربية، اعتذرت عن عدم ضلوعها في اللّغة، لكنّها سرعان ما تنسى شروحي، ككلّ الفاتنات، فتقول: أنا غانيتك وأنت نَجْمِي (إشارة إلى أحمد فؤاد نجم) قبل أن تعتذر من جديد عن ضعفها…في اللّغة العربية.

تفارقنا على عِناق. كان لزاما عليّ أن أغادر المحلّ لأنّ أحد الرّفاق القياديين، الذي كان لاجئا إليه مثلي، قد "سقط" بمعنى أُلقِي عليه القبض. كنّا نشعر بأنّنا لن نتقابل بعد اليوم، لمدّة طويلة على الأقلّ. خرجت تائها وقد انقطعت جميع خطوط الاتّصال بيني وبين من تبقّى من الرّفاق الّذين لم يوقَفوا بعد.

من يومها حملتها حلما خفّف عليّ إلى حدّ كبير وطأة سنوات السّجن وعُمْقَ الحاجة لدى السّجين إلى خيال أنثى تؤثّث فراغ الوجدان و تملأ وحشة الجسد.

(1)- استفاقت البلاد في شهر يناير 1980 على مجموعة من المسلّحين قدموا من ليبيا وسيطروا على مدينة قفصة. قرأ البعض هذا الحدث كردّ فعل من "الأخ" العقيد القذّافي على تراجع بورقيبة عن اتّفاقية الوحدة بين تونس وليبيا التي وُقعت في ظروف سريالية سنة 1974.

 

 

 

 

 

 

25 mai 2009

Habib Bourguiba à son Premier ministre : Il lui faut des balles ! je vais le tuer! je vais le tuer

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Ahmed Ben Salah avec Habib bourguiba

 

 

 

 

Mohamed Masmoudi [ Ancien Ministre des affaires étrangères. NDLA] se souvient des crises de rage dans lesquelles le chef [ Habib Bourguiba] affaibli se complaisait à la même époque [en 1972] , à la seule évocation du nom de Ben Salah « et il vociférait :



« Je vais le tuer, je vais le tuer ! »*.

Et dans un discours public, il aurait dit :

 

« Il faut des balles pour Ben Salah !

Il faut des balles** »

 



(* Source : Ouvrage « Bourguiba : Le pouvoir d’un seul ». auteur Bernard Cohen. Editions Flammarion. Octobre 1986. Page 63)

** Source: Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT.page 143

 

 


3 ouvrages parus récemment en Tunisie et revenant sur les années 1960-1975 en Tunisie révèlent des pages de plus en plus sombres sur les pratiques du pouvoir sous Habib Bourguiba. En témoigne le cas de M. Ahmed Ben Salah, le presque premier Ministre entre 1960 et 1970. Selon les ouvrages de M ; Abderrahmene Abid et la journaliste Noura Borsali, le pouvoir de Habib Bourguiba aurait cherché à assassiner Ahmed Ben Salah plus d’une fois…et il semble que des hauts responsables au Ministre de l’intérieur ainsi qu’au parti au pouvoir sont compromis dans ces tentatives d’assassinats.



Les faits :



Première tentative d’assassinat.

 



Source : Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT.

 

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Date: Avant 1970 probablement en 1968. Outre Habib Bourguiba, Ahmed Ben Salah accuse le Directeur de Sureté de l’époque et le directeur du parti au pouvoir…




Ahmed Ben Salah – vivant en exil- a adressé une lettre ouverte à Habib Bourguiba.

A la page 218, on y lit :



Cette vérité, je la crie aujourd'hui sans ignorer votre puissance répressive et en sachant que vous êtes fort capable de vous venger terriblement sur les otages familiaux que vous gardez par devers vous. Je la crie après m'être fait justice à moi-même et après avoir échappé à la liquidation qu'on me préparait. Je la crie en sachant que votre Ministre de l'Intérieur a monté, dans plusieurs capitales, des réseaux dispendieux aux fins de mon assassinat à l'étranger, ayant à réussir là où il avait échoué du temps où il était Directeur de la Sûreté Nationale.

A la page 220, on y lit :



Mais ce fut en 1968 que le grand complot faillit réussir, complot organisé par le Directeur de la Sûreté Nationale qui en avait entamé l'exécution de connivence avec le Directeur du Parti et quelques autres qui leur étaient acquis, comme il vous l'étaient, évidemment.



Le but de ce complot était mon propre assassinat et la tentative du Directeur de la Sûreté Nationale en 1968 reposait sur la conviction de Bourguiba que Ahmed Ben Salah était un autre Salah Ben Youssef. Ce rapprochement, vous l'avez fait explicitement, à plusieurs reprises publiquement comme en privé, après 1969,



A la page 221, on y lit :



révélant ainsi ce dont vos proches collaborateurs, et notamment votre Directeur de la Sûreté Nationale en 1968, s'étaient déjà fait l'écho dès cette année-là, selon le témoignage dûment consigné de certains militants.




Le complot ne devait être découvert que par pur hasard, à la faveur d'un conflit qui s'était fait jour, en 1968, entre le Directeur de la Sûreté et la Commandant de la Garde Nationale. Une confrontation des deux parties avait alors été organisée et j'avais été invité à y assister par M. Ladgham. Mais je venais juste d'entrer dans le lieu de la confrontation que M. Ladgham me convainquit qu'il ne fallait pas que j'y assiste, me déclarant : "votre présence est inutile. Ce serait gênant car vous êtes personnellement visé". Je ne devais donc pas assister à cette réunion, mais je devais, au contraire, assister à la comédie de Carthage où s'était réuni le Bureau Politique devant lequel comparaissait le principal accusé, le Directeur de la Sûreté Nationale. Je dois à la vérité de dire que vous aviez parfaitement joué votre rôle en réduisant le personnage à l'état de "descente de lit".




L'individu et ses comparses devaient être arrêtés par la suite, pour séjourner quelques mois à l'infirmerie de la prison, entouré de tous les égards. Il devait la quitter sans jugement, considérant qu'il "n'avait en réalité commis qu'un léger abus de pouvoir", comme vous l'aviez vous-même déclaré dans un discours télévisé à la fin de l'année 1968. Naturellement, j'étais loin de me douter, à l'époque, qu'il avait été remis en liberté parce qu'il n'avait fait qu'exécuter un plan bourguibien et qu'il ne devait son léger châtiment qu'au seul fait de son échec.


Le comble devait être atteint lorsque vous m'aviez demandé, par le truchement du Directeur du Parti, de les recevoir avec leurs complices pour qu'ils s'excusent de leurs "outrances" et justifient de leurs bonnes intentions. Et y a-t-il de mieux intentionné que celui qui décide de tuer un être humain ? !




Deuxième tentative d’assassinat



Source : Ouvrage en arabe de M. Abderrhmene Abis. Titre : Le procès d’Ahmed Ben Salah. Page 193.


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Date: Selon M. Ahmed Ben Salah, la deuxième tentative de l’assassiner aurait eu lieu la veille de son arrestation soit en mars 1970

 pp 194-195-196

 

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La troisième tentative d’Assassinat

 






Source : Ouvrage « Bourguiba : Le pouvoir d’un seul ». Auteur Bernard Cohen. Editions Flammarion. Octobre 1986.

 

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Date: Elle aurait eu lieu alors que M. Ahmed Ben Salah était en prison avant son évasion.

A la page 166, on y lit :

 

 

 



« [Ahmed Ben salah] reste emprisonné jusqu’en 1973, où il s’enfuit de Tunis grâce à des complicités haut placées. Plus tard, il affirmera qu’Allala laouiti devait venir l’abattre dans sa cellule ».



Allala Laouiti était le secrétaire particulier de Habib Bourguiba.(C'est moi qui le précise)


La quatrième tentative aurait eu lieu à l’étranger.




Source : Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT


Date: en 1974



En 1974. M. Ahmed Ben Salah en parle dans son Livre d’entretiens avec Ahmed Ben Salah »- Noura Borsali. Ahmed ben Salah était en exil en Suisse et le pouvoir de Habib Bourguiba lui aurait envoyé Béchir Zarg Layoun.... Il s’agit de l’homme qui a organisé l’assassinat de Salah ben Youssef en Allemagne plus de dix ans avant.Voir couverture à la fin de la page Facebook

 



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A la page 143 on y lit :

 




« il [ Habib Bourguiba] exprimait cette rancœur en faisant assassiner Salah Ben Youssef et en lançant un appel au meurtre contre ma personne, comme cela avait été reproduit par le quotidien français « Le Monde » ou Genevois « La Suisse », en déclarant : « il faut des balles et des balles pour Ahmed Ben Salah ».





A la page 159, on y lit :




Question de Noura Borsali :



A la suite de votre évasion et de vos déclarations à l’étranger qui consacraient la rupture définitive avec le régime bourguibien, Bourguiba avait changé de ton à votre égard. Dans une interview au quotidien « Le monde », parlant de vous, il avait dit : « qu’il aille au diable ! mais il était peut être plus en sécurité en prison que dans la nature. D’ailleurs, s’il se cache aujourd’hui, c’est parce qu’il a peur d’être abattu par une de ses anciennes victimes. »

Réponse d’Ahmed Ben Salah :



Il était bien placé pour le savoir. « il lui faut des balles » avait-il encore dit dans un de ses discours. Bourguiba n’avait jamais lâché. Il avait appelé publiquement à ce qu’on tirât des balles sur moi. Je l’ai lu dans « Le monde ». D’autres avaient dit aux gardiens : « il ne sortira de prison que les pieds devants ».



Question De Noura Borsali :




Dans son discours du 1 er aout 1973, Bourguiba offrait le pardon ( « valable jusqu’au 31 décembre 1973 à minuit ») aux opposants à l’étranger ainsi qu’Ahmed Ben Salah et ses amis » avait-il souligné, en vous proposant de rentrer au pays, mais tout en précisant qu’après votre retour éventuel, vous devriez « être régulièrement jugé », et qu’il se réservait par la suite le droit de vous accorder la grâce. Etait-ce une tentative de réconciliation nationale et donc une rectification des options du régime ? ou, comme l’a écrit Michel Camau, « une dernière sommation préludant à une lutte sans merci » ?


Ahmed Ben Salah :




C’était de la trahison qui se préparait. Pour moi, c’était fini. Il ne faut pas oublier que Zarg el ayoun avait été arrêté à Genève, en 1974, avec des armes. Sur une manchette d’un journal suisse, nous avions pu lire : « tentative d’assassinat contre Ben Salah. » il avait dit qu’il était venu comme intermédiaire entre Bourguiba et Ben Salah…avec une arme !


A la page 176, on y lit :



Question de Noura Borsali :



Est-il vrai qu’après votre évasion et durant les premières longues années de votre exil, vous aviez vécu caché et déguisé.



Ahmed Ben Salah :



J’étais pourchassé. Kreisky [ Il s’agit d’un Ministre autrichien ami avec Ahmed Ben Salah. NDLA] recevait tous les jours un rapport sur le mouvement des Tunisiens à Vienne. Des dizaines de faux étudiants tunisiens s’étaient inscrits à l’Université de la ville. Je voulais refaire mes études à l’université de Viennes mais Kreisky me l’avait déconseillé. Je vivais tout à fait normalement, mais j’étais déguisé. Kreisky m’avait envoyé un jour chez une coiffeuse pour changer ma coiffure si bien que j’étais devenu méconnaissable, même pour moi.

 

 

 

Comment les hommes de Habib Bourguiba

ont voulu assassiner Ahmed Tlili

 

 

 

 

  

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Comment les hommes de Habib Bourguiba

Ont assassiné Salah Ben Youssef

 

 

Sa femme hurle sa détresse et crie :

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Ambulance ! ambulance !

Salah Ben Youssef était couvert de sang

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17 mai 2009

Tunisie: Lettre de Ahmed Ben Salah à Habib Bourguiba (partie 1)

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Ces pages qui présentent  La lettre ouverte de Ahmed Ben Salah à Habib Bourguiba sont mis en ligne à titre indicatif pour rappeler une page méconnue de l’Histoire de la Tunisie. L’achat de l’ouvrage « Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT» est fortement recommandé.

 

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Juillet 1973


(Texte intégral)- Partie 1

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 218. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

 

Je me suis astreint au silence sur la crise que vous avez provoquée en septembre 1969 parce que je m'étais interdit de croire que vous y aviez jamais été pour quelque chose. Je me plaçais au niveau d'une analyse économique et sociale pour m'expliquer la crise, compte tenu, au surplus, des cabales de votre cour et de la rancune des opportunistes. Cette position devait rester mienne jusqu'après l'infâme procès dont j'ai été l'objet dans un climat de déchaînement des appareils de propagande et de campagnes orchestrées par ceux dont vous avez fait mes accusateurs acharnés. En juin et septembre 1970, notamment, des flots de calomnies et d'injures devaient être déversés par vous-même sur mon compte, sans qu'elles aient jamais cessé depuis et sans que l'on ait reculé devant la falsification des vérités, alors même qu'un grand nombre de militants, d'intellectuels et de jeunes demandaient ma libération, convaincus qu'ils étaient de ma sincérité, de mon dévouement à la patrie et de mon innocence de toutes les accusations mesquines que vous avez essayé de faire accréditer à mon sujet.

 

 

J'ai alors été amené à reconsidérer les événements et à les analyser de nouveau, et ma conviction s'est arrêtée sur cette vérité fondamentale que vous étiez la cause originelle de la crise manigancée et de son pourrissement, quoique cette crise ait, malgré tout, eu le mérite d'éveiller les-consciences et d'en amener un grand nombre à demander que justice soit rendue comme je l'ai déjà dit. Vous deviez d'ailleurs, y trouver une nouvelle raison pour affermir votre rancune et pour arrêter votre détermination sur mon élimination et non pour vous décider à revenir clans la voie de la justice et de la vérité.

 

Aujourd'hui, j'estime qu'il est de mon devoir, en tant que citoyen et en, tant que militant, de réfuter vos prétentions en revenant sur des faits que le grand nombre n'a certainement pas oubliés. La vérité doit éclater pour que le peuple se persuade de mon innocence de toutes les accusations dont vous avez cherché à m'accabler et qu'il se persuade aussi que vous avez commis à mon endroit ce qui ne peut être pardonné ni ici-bas, ni outre-tombe, ni au niveau de l'histoire. Car vous avez abusé de façon inimaginable de la totale confiance et de la profonde vénération que je vous vouais depuis ma prime jeunesse, de même que vous avez abusé de vos pouvoirs en faisant prévaloir votre bon tout autant qu'étrange et, maladif plaisir et en manifestant un attachement délirant à votre propre personne, et ce au détriment de la vérité, des intérêts supérieurs de la Société, et du cheminement du pays sur la juste voie du progrès.

 

 

 

Cette vérité, je la crie aujourd'hui sans ignorer votre puissance répressive et en sachant que vous êtes fort capable de vous venger terriblement sur les otages familiaux que vous gardez par devers vous. Je la crie après m'être fait justice à moi-même et après avoir échappé à la liquidation qu'on me préparait. Je la crie en sachant que votre Ministre de l'Intérieur a monté, dans plusieurs capitales, des réseaux dispendieux aux fins de mon assassinat à l'étranger, ayant à réussir là où il avait échoué du temps où il était Directeur de la Sûreté Nationale.

 

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 219. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

 

1)-Vous avez sans cesse prétexté de la "maladie" auprès du peuple pour convaincre que vous ne gouverniez pas directement et que, dès lors, il aurait pu être abusé de votre confiance. Vous pensiez que, de cette façon, votre "génie" devenait —malgré la maladie, les fatigues, le "demi-siècle" de luttes etc...—incontestable, du moment que vous étiez parvenu, envers et contre tout, à éventer le "complot" et les dangers qui, à vos dires, menaçaient la nation et dont la cause se trouverait, non point, certes, dans votre art des retournements et dans votre conception hystérique du pouvoir, mais, évidemment, dans la seule présence de Ahmed Ben Salah au Gouvernement.

 

 

Qu'il ne s'agisse de rien de plus que d'un pur et simple prétexte, votre propre insistance sur cette "explication" le prouve si besoin est. En vérité, ce que vous craignez le plus, c'est bien de ne point convaincre. Et, de fait, vous n'avez jamais  convaincu.

 

Les faits sont tout autres. Vous aviez eu une attaque cardiaque en mars 1967 et vous deviez vous en relever quelques mois plus tard pour revenir, avant même la fin de l'année, à la gestion directe des affaires publiques. L'année suivante, en 1968, vous deviez multiplier les visites à l'intérieur du pays comme à l'étranger (Etats-Unis, Espagne) sans jamais cesser de superviser de très près et tout à fait normalement les activités publiques, comme une simple consultation des journaux et des discours peut l'établir aisément. En 1969 (après avoir développé une intense activité en janvier), vous deviez vous rendre en Suisse pour vous reposer, et peut-être aussi pour mettre au point votre machination, revenant en Tunisie pour présider la réunion du Comité Central du Parti en mars 1969, avant de promulguer, fin mai, la loi d'approbation du III ème Plan au cours d'une cérémonie organisée à Carthage. Vous deviez, par la suite, vous rendre, comme à l'habitude à Monastir, puis à Kairouan et à Hammamet. Où en sommes-nous donc de votre prétendue absence des responsabilités du Pouvoir ? Qui y croirait alors même que les faits s'inscrivent en faux contre vos prétentions ?

 

 

Reste qu'il peut être utile que j'apporte une précision qui peut avoir son importance à ce sujet : c'est seulement en octobre 1969 que, pour la première fois, nous devions apprendre, lors d'une réunion du Bureau Politique, que vous étiez malade à un point tel qu'un report des élections présidentielles et législatives était envisageable. J'avais alors été (de tous les membres du Bureau Politique) le seul m'être opposé à ce report de six mois, voire d'un an, comme l'avaient proposé certains. J'avais argué que vous n'aviez pas besoin de tournées électorales, la télévision suffisant à votre campagne, et l'intérêt de l'Etat étant que les choses suivissent leur cours normal. Je ne sais évidemment pas sous quelles formes et dans quel contexte il vous a été rendu compte de cette réunion. (En tout cas, comme on sait, les élections devaient se dérouler à la date prévue et se solder par le résultat que vous savez en ce qui me concerne).

 

 

Voilà pour ce qui est du fallacieux prétexte de la "maladie".

 

 

 

2)- J'en viens, maintenant, à vos positions, publiques et autres, sur mon compte pour montrer que, contrairement à vos affirmations erronées, je n'ai pas "abusé" de votre "confiance" et pour que l'opinion comprenne, en vérité, que c'est bien moi qui avais été trahi, et que vous avez été un homme, ce qui est le plus important, qui a créé le désordre dans le pays et faussé sa démarche sur la voie du progrès.

 

 

Je ne remonterai pas très loin dans le passé, ce que, d'ailleurs, je me réserve de faire en son temps. Je ne m'attarderai pas, non plus, sur votre position au congrès de Bizerte qui a marqué une étape importante dans la définition de notre

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 220. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

orientation socialiste, après la réalisation du ler Plan, la réalisation de la première étape dans la réforme des structures commerciales et l'engagement de la réforme des structures générales. Qu'il me suffise de rappeler les faits suivants :

 

 

- Le congrès de Bizerte avait approuvé l'orientation socialiste sur la base d'un rapport que j'avais personnellement préparé tant à votre demande qu'à celle du Bureau Politique. Vous deviez, tous deux, approuver ce rapport sans y rien modifier.

 

- Le congrès avait également approuvé la réforme commerciale et son orientation et avait demandé qu'elle soit poursuivie.

 

 

De même le congrès avait-il approuvé les principes et les modalités de la réforme agraire et s'était-il prononcé pour le maintien des trois secteurs dans ce domaine, tout en posant le principe de la limitation de la propriété agricole.

 

 

Enfin, le congrès avait approuvé la création d'une union Nationale de la Coopération.

 

 

C'est à cette occasion que vous deviez, dans un de vos discours, faire l'éloge de Ahmed Ben Salah dont vous deviez dire "qu'il est l'homme qui fait la fierté non seulement du Parti, mais de toute la nation Tunisienne".

 

 

Vous deviez depuis, toujours chercher à me rassurer en me prodiguant directement et publiquement force flatteries et hommages que je prenais pour autant de signes d'encouragement eu égard à la complexité et au poids des responsabilités dont vous m'aviez accablé. L'ironie du sort a voulu que la multiplication de ces responsabilités fût retenue comme l'un des éléments constitutifs du prétendu complot que j'aurais fomenté pour accaparer le pouvoir, comme si je m'étais acharné à arracher ces responsabilités, alors que, en vérité, j'avais refusé la charge de l'agriculture en 1965, et, en 1968, celle de l'éducation nationale dont j'avais encore demandé à être déchargé en juillet 1969. Vos méthodes ont également consisté dans des opérations de sabotage à l'intérieur même des Ministères dont j'étais chargé. Ainsi aviez-vous procédé à d'étranges nomination de PDG dans les entreprises publiques et même de fonctionnaires dans les administrations économiques, sans aucun avis, de ma part. Le comble fut atteint lorsque vous m'aviez demandé de nommer à la tête de mon cabinet un individu que je ne connaissais même pas et dont vous m'aviez dit que vous vouliez qu'il acquît l'expérience des dossiers économiques pour qu'il vous fût possible de lui confier, ultérieurement, d'importantes responsabilités. Et, de fait, vous deviez en faire, quelques temps après, votre Directeur de la Sûreté, après qu'il eut accompli une mission secrète —dont dieu seul peut connaître 1a teneur—à l'intérieur des structures du département, et après qu'il eut mis au point une autre machination pour soulever vos plus proches contre moi au moyen des invraisemblables mensonges dont il a pu être capable ! Je n'en avais pas moins transcendé tout cela, en vous voyant mettre à profit toutes les occasions pour me manifester votre sollicitude et me prodiguer éloges et encouragements.

 

 

Mais ce fut en 1968 que le grand complot faillit réussir, complot organisé par le Directeur de la Sûreté Nationale qui en avait entamé l'exécution de connivence avec le Directeur du Parti et quelques autres qui leur étaient acquis, comme il vous l'étaient, évidemment.

 

Le but de ce complot était mon propre assassinat et la tentative du Directeur de la Sûreté Nationale en 1968 reposait sur la conviction de Bourguiba que Ahmed Ben Salah était un autre Salah Ben Youssef. Ce rapprochement, vous l'avez fait explicitement, à plusieurs reprises publiquement comme en privé, après 1969,

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 221. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

révélant ainsi ce dont vos proches collaborateurs, et notamment votre Directeur de la Sûreté Nationale en 1968, s'étaient déjà fait l'écho dès cette année-là, selon le témoignage dûment consigné de certains militants.

 

 

Le complot ne devait être découvert que par pur hasard, à la faveur d'un conflit qui s'était fait jour, en 1968, entre le Directeur de la Sûreté et la Commandant de la Garde Nationale. Une confrontation des deux parties avait alors été organisée et j'avais été invité à y assister par M. Ladgham. Mais je venais juste d'entrer dans le lieu de la confrontation que M. Ladgham me convainquit qu'il ne fallait pas que j'y assiste, me déclarant : "votre présence est inutile. Ce serait gênant car vous êtes personnellement visé". Je ne devais donc pas assister à cette réunion, mais je devais, au contraire, assister à la comédie de Carthage où s'était réuni le Bureau Politique devant lequel comparaissait le principal accusé, le Directeur de la Sûreté Nationale. Je dois à la vérité de dire que vous aviez parfaitement joué votre rôle en réduisant le personnage à l'état de "descente de lit".

 

 

L'individu et ses comparses devaient être arrêtés par la suite, pour séjourner quelques mois à l'infirmerie de la prison, entouré de tous les égards. Il devait la quitter sans jugement, considérant qu'il "n'avait en réalité commis qu'un léger abus de pouvoir", comme vous l'aviez vous-même déclaré dans un discours télévisé à la fin de l'année 1968. Naturellement, j'étais loin de me douter, à l'époque, qu'il avait été remis en liberté parce qu'il n'avait fait qu'exécuter un plan bourguibien et qu'il ne devait son léger châtiment qu'au seul fait de son échec.

 

 

Le comble devait être atteint lorsque vous m'aviez demandé, par le truchement du Directeur du Parti, de les recevoir avec leurs complices pour qu'ils s'excusent de leurs "outrances" et justifient de leurs bonnes intentions. Et y a-t-il de mieux intentionné que celui qui décide de tuer un être humain ? !

 

Les choses n'en devaient pas moins reprendre leur cours normal et chacun assumer de nouveau de hautes responsabilités.

 

 

Quant à moi, je devais rester sous la protection d'un peloton de la garde Nationale dont les membres se relayaient à mon domicile, sans doute pour lever tous les doutes sur les origines du complot.

 

 

Après avoir nommé ce chef de Cabinet à la Direction de la Sûreté Nationale et que j'eusse de mon côté nommé un nouveau Chef de Cabinet, vous ne deviez pas attendre longtemps pour appeler ce dernier à assurer la fonction de Directeur Adjoint du Parti, passant outre mon insistance pour qu'il demeure à son poste et décidant seul sans que je fusse, à aucun moment, consulté. Mes interventions —aussitôt que j'appris la nouvelle— pour vous faire revenir sur votre décision, devaient se révéler vaines. Ces détails sont d'une extrême importance la nomination de cette personne au poste de Directeur Adjoint du Parti nous ayant - été, par la suite, imputée, considérant que je l'aurais désigné à cette fonction pour qu'elle tresse les mailles d'un complot en ma faveur. Vous vous étiez bien gardés, vous-même et le Directeur du Parti de l'époque, de'dire la vérité. Mais, comme on sait, même votre "Haute Cour" devait reconnaître son innocence c'est-à-dire aussi l'inexistence du complot !

 

 

Vers la fin de l'année 1968, vous aviez entrepris une tournée dans le Gouvernement de Gafsa en compagnie du Gouverneur de Région et d'un Directeur de banque spécialiste dans la trahison et autres vilenies. Au cours de cette visite, vous deviez inspecter la marche de diverses coopératives dont plusieurs avaient été constituées sur initiative privée et qui avaient réussi. Je n'étais pas de cette tournée et ne devais-vous rejoindre que le jour de sa clôture à Gafsa où vous aviez

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 222. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

prononcé un discours tout de satisfaction et d'éloges et au cours duquel vous deviez déclarer avec force : "la coopération a réussi en Tunisie et l'on doit à la vérité de dire qu'il faut en rendre grâce à cet homme, Ahmed Ben Salah". J'insiste sur le fait que je n'étais pas de cette tournée et que je n'avais visité avec vous aucune coopérative. Vous aviez choisi pour vous aider dans votre inspection des personnes de votre entourage direct, pour des raisons qui ne faisaient mystère à personne.

 

 

 

 

Mais vous deviez ajouter ces paroles qui n'avaient pas manqué de m'étonner et qui étaient restées dans ma mémoire sans que jamais je me fusse autorisé à les mal interpréter mais qui, aujourd'hui, permettent de faire la lumière sur vos sombres projets de l'époque ; vous deviez ajouter : « ... car si la coopération ne devait pas réussir, les gens n'imputeraient pas l'échec à Bourguiba, mais diraient que c'est Ben Salah qui a échoué".

 

 

 

3)- L'année 1969 devait débuter sur une consécration de la réforme des structures commerciales par la loi du 20 janvier. De cette réforme, il faut rappeler qu'elle se solde, notamment, par la suppression, dans une large mesure, de l'exploitation de l'homme, par la stabilisation des prix, par une transformation du visage même de la Société, dans les villes comme dans les campagnes, par l'attribution de divers avantages sociaux à tous ceux qui travaillaient dans le secteur commercial et par la reconversion des capitaux de ce secteur et leur canalisation vers les projets industriels et touristiques.

 

 

Quant à la réforme agraire, elle se poursuivait par étapes selon les régions et selon l'état d'avancement des études, qui étaient lentes. Nous menions de front l'application de la réforme, les campagnes de persuasion pour la consolider et la préparation du Illème Plan 1969-1972. Vous deviez même me reprocher d'avoir multiplié ces campagnes de persuasion et ce dans un discours public que vous aviez prononcé dans le cadre de la réforme commerciale à l'occasion d'une visite que vous avait rendue une délégation de commerçants de Sousse, discours au cours duquel vous deviez me dire, en termes approximatifs : "Vous êtes allés trop loin dans la persuasion, vous vous êtes trop répété et avez trop de temps et il vous faut appliquer la réforme".

 

 

 

A aucun moment de cette évolution, vous ne deviez interrompre vos activités gouvernementales directes et particulièrement vos rapports avec les responsables régionaux et nationaux, suivant de façon précise le développement de la réforme sur tout le territoire. Entre temps, en janvier 1969, nous nous étions mis à la préparation du Congrès constitutif de l'Union Nationale de la Coopération, structure prévue par la loi du 19 janvier 1967, loi adoptée en exécution d'une résolution du Congrès de Bizerte, comme il a été dit plus haut.

 

 

 

Vous deviez inaugurer le Congrès Constitutif au stade d'El-Menzah et prononcer à cette occasion un discours (24 janvier 1969) auquel vous faites, aujourd'hui, référence à tout propos pour justifier vos positions et m'accabler de vos accusations fallacieuses.

A la fin d'une brève allocution que j'avais prononcée à votre propre demande, vous aviez pris la parole pour déclarer que tout devait être "coopérativisé", ajoutant avec humour, "sauf les femmes". Vous deviez ensuite préciser quelque peu votre conception de la coopération -agricole, affirmant la nécessité de la coopération et soulevant la question du "cahier des charges" en ce qui concernait les agriculteurs privés. Vous connaissiez pourtant très bien ce problème puisque M. Lassaâd Ben Osman et moi-même vous en avions entretenu chacun de son côté, comme l'avaient

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 223. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

d'ailleurs fait plusieurs Gouverneurs —Cahier des charges ? Mais quel cahier des charges ? Etait-ce le cahier des charges d'orientation de l'agriculteur privé pour l'amener à utiliser les méthodes modernes de gestion et suivre les conseils des ingénieurs ? S'il s'agissait de cela, vous étiez assurément le mieux placé pour savoir que nous n'avions, de toute façon, enregistré aucune amélioration sur une expérience de deux ans. Vous avez même été convaincu de l'échec du cahier des charges avant tout le monde, et en tout cas avant moi-même, comme vous avez été le premier à avoir été convaincu de l'inefficacité des coopératives de services dont nous avions convenu qu'elles ne devaient être qu'une étape vers l'unité de production. J'en veux pour preuve la position très ferme et très dure que vous aviez prise à la suite de la manifestation de certains agriculteurs de M'Saken, hostiles aux coopératives de services. Vous aviez été, alors jusqu'à prendre violemment à parti le Gouverneur de la région parce qu'il ne s'était pas résolu à utiliser la force armée pour réprimer la manifestation, vous-mêmes qui, aujourd'hui, prétendez -que vous aviez "recommandé de ne pas utiliser la force". (N'est-ce pas vous qui déclariez, après les incidents de M'Saken, le 20 décembre 1964, que "je ne m'en tiendrai pas indéfiniment à (ma) conception si la réalité venait à la contredire et à démontrer que Karl Marx n'avait pas eu tort de bâtir son système sur le principe de la lutte des classes" ?).

 

 

A moins que ce fameux cahier des charges que vous évoquiez et ceci est le plus proche de la vérité, ait été celui dont nous avions décidé l'application à tout agriculteur cessionnaire d'une terre domaniale qu'il devait gérer selon des normes préétablies et sous condition d'intégrer une coopérative de production après qu'une étude préalable en eut, démontré l'utilité ?

 

 

Mais le comble, dans cette affaire, c'est que, après avoir quitté la réunion inaugurale et pendant que vous vous reposiez, vous m'aviez dit, comme c'était votre habitude après chaque discours portant sur le développement et les réformes économiques, "Voilà qui t'aidera à avancer" avant de me chuchoter : "Je sais que le cahier des charges est inefficace, mais je l'ai évoqué pour les désarmer. Nous savons qu'ils ne l'appliquent pas". Ainsi donc, vos propres observations, telles que j'en ai personnellement recueilli le témoignage, prouvent que vous étiez bien conscient de l'ambigüité que vous aviez laissé planer dans votre discours. Pourquoi donc fausser la vérité et pourquoi m'accuser d'avoir dénaturé le discours du Chef de l'Etat en le rapportant au Gouverneur de Sousse en y ajoutant des appréciations invraisemblables ?

 

 

Mais tout cela ne vous avait pas empêché de vous référer avec constance à ce discoure comme s'il avait constitué une nouvelle affirmation du principe de la coexistence des trois secteurs. Rien n'est plus faux, Votre position ayant évolué sur la question de la réforme agraire depuis fort longtemps déjà. Elle était fixée après votre visite à Gafsa, comme le prouvent les instructions que vous aviez données tant à certains Gouverneurs qu'à moi-même personnellement pour généraliser la coopération. Elle avait, enfin débouché sur l'attitude enthousiaste et claire que vous aviez eue lors de la réunion du Comité Central du Parti en mars 1969, comme je le préciserai ci-après.

 

 

 

 

 

Après le discours précité, vous deviez partir vous reposer en Suisse . Entre temps, plusieurs Gouvernorats avaient arrêté les programmes d'implantation des unités de production selon un calendrier fixé par chaque Comité de Coordination sur la base de deux types d'études : des études préliminaires de délimitation et de pré-implantation des unités, et des études économiques complètes pour certaines

 

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 224. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

régions qui avaient pu terminer les premières. Encore faut-il remarquer que le Ministère de l'Agriculture avait, en collaboration avec les Gouvernorats, appliqué les études préliminaires pour faire écho à vos directives tendant à la généralisation de la coopération au secteur agricole.

 

 

 

C'est dans ce contexte, que le Gouverneur de Sousse et le Comité de Coordination de la région avaient mis au point un programme d'implantation d'unités de production dans toutes les localités. Le Gouverneur devait inviter un membre du Bureau Politique pour présider aux opérations dans chaque localité. C'est ainsi que, par exemple, eut lieu l'implantation de l'unité de production de Bou-Hajar sous la présidence du Directeur du Parti à l'époque, cette unité ayant reçu le nom de votre propre père ! Le Ministère des PTT, membre du Bureau Politique, avait, de même, été désigné pour présider à la constitution des unités de El Ouardenine et de Moknine, le même jour. C'est alors qu'une opposition se fit jour à El Ouerdanine au cours de la dernière réunion de mise au point définitive de l'opération. L'implantation de l'unité de production fut retardée en conséquence, et les responsables se rendirent à Moknine où l'unité de production fut créée dans une atmosphère de liesse populaire. Pour ce qui est de El Ouerdenine, la réalisation de l'opération devait être renvoyée à deux jours plus tard, autant que je m'en souvienne. Ce devait être un lundi.

 

 

Le dimanche, je rencontrais le Gouverneur de Sousse et de Nabeul à Menzel­ Bouzalfa à l'occasion de l'installation d'autres unités de production. C'est alors qu'il m'informa que de légères difficultés avaient été rencontrées à El-Ouerdanine, mais qu'elles n'étaient pas de nature à ralentir la marche. Je devais lui dire : "En tout cas, allez-y doucement". A aucun moment je ne fus contacté par le membre du Bureau Politique intéressé qui s'en était référé à M. Bahi Ladgham lequel ne devait jamais me dire autre chose que : "Ce qui est advenu au cours de la réunion de la cellule d'El-Ouerdanine ne nous empêchera pas de poursuivre nos travaux" et j'en avais informé le Gouverneur de Sousse. J'avais effectivement oublié ces tractations et ne les avais donc pas évoquées au cours de l'instruction. Il a fallu que le Gouverneur de Sousse me les rappelle lors d'une rencontre à l'une des audiences de la Cour.

 

 

 

 

 

Comment se sont déroulés les "évènements" d'El-Ouerdanine ? Qui avait dépêché les forces de Police sur les lieux ? Qui en avait fait la demande et à quel dessein ? Qui avait donné l'ordre d'ouvrir le feu ? Qui dirigeait les opérations sur les lieux ? De quel type de projectiles avait été tué l'ouvrier agricole ? Des Belles d'armes de forces de Police ou d'une arme de chasse ? Quand avez vous fait votre recommandation de ne pas employer la force à M. Ladgham qui n'en avait nullement l'intention que je sache ? Avant l'incident ou après ? Il ne fait pas de doute que les réponses à toutes ces question sont connues. Et c'est parce qu'elles sont connues que ce qu'on appelle l'"affaire d'El-Ouerdanine" a pris la tournure que l'on sait, qu'elle a été exploitée et qu'elle continue de l'être encore aujourd'hui à des fins de camouflage et de justification par ceux qui l'avaient décidée et exécutée dans le dessein de briser ceux qu'ils avaient pris pour cibles et pour mettre en échec l'orientation socialiste.

 

4)-Des remarques s'imposent à ce sujet. Quelques jours après ces évènements, je vous avais rendu visite en Suisse alors que je rentrais de Berlin où j'avais assisté à la "Semaine verte".

 

Nous avions, alors déjeuné ensemble et nous nous étions entretenus en tête à tête de mon voyage en Allemagne. A cette occasion vous deviez me parler de ce

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 225. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

qu'avait écrit sur votre compte une française qui vous imputait certaines attitudes "pendant la période coloniale". A aucun moment, vous ne m'aviez parlé d'El­ Ouerdanine et nous n'avions pas davantage discuté de cette affaire après votre retour à Tunis. Etrangement aussi, personne n'avait posé le problème au cours des réunions du Comité Central du Parti vers la fin du mois de mars, soit deux mois après les événements. Enfin, au début du mois d'août, vous m'aviez demandé de visiter El-Ouerdanine et de me réunir avec les cadres et la population pour que l'on sache que le dossier était définitivement clos. J'avais effectivement visité El­ Ouerdanine où je fus chaleureusement reçu en présence de tous les responsables nationaux et régionaux. Dieu seul peut, au surplus, connaître les raisons pour lesquelles vous m'aviez envoyé à El-Ouerdenine et les conclusions que vous aviez tirées du succès de cette visite.

 

 

Mais je viens d'évoquer la réunion du Comité Central du Parti à la fin de mars 1969. Cette session devait être une étape de clarification décisive. J'avais présenté au Comité Central les Grandes lignes du Plan 1969-1972 et j'avais insisté sur le fait que cette quadriennie devait être mise à profit pour consolider les acquis en matière de développement et de réformes. Il était, d'autre part, recommandé, dans l'introduction du Plan, d'adopter l'unité de production comme formule de développement agricole, l'accent étant également mis sur la nécessité d'implanter progressivement les coopératives.

 

 

Je venais juste de terminer mon discours, dernier point de l'ordre du jour de la matinée, que vous étiez rapidement intervenu en disant d'emblée : "J'ai des observations à faire sur le discours de Si-Ahmed Ben Salah".

 

 

Vous deviez, alors, préciser votre position et déclarer sur un ton ferme, que vous ne conveniez pas de ce que je venais de dire, mais que vous considériez que la réforme agraire devait être poursuivie, ajoutant, en vous tournant vers moi : "Pour que vous puissiez vous occuper pleinement de l'industrie, l'année prochaine". Explicitant votre conception, vous aviez déclaré à l'adresse des membres du Comité Central : "Donnez-nous cinq ans avant de juger les résultats de la réforme agraire". A ce stade, il est peut-être utile que je rappelle que, le lendemain même, je devais recevoir la visite de votre actuel Ministre des Affaires Etrangères qui était venu" me féliciter de ma position devant le Comité Central et rendre grâce au ciel que j'étais en mesure de tempérer les élans extrémistes du Président". On sait ce que cette personne avait écrit en 1969 et après, et dans quel état de fébrilité elle attendait, avec vous, l'annonce de ma condamnation à mort !

 

 

A l'époque, la Comité Central se composait entre autres des Gouverneurs et des Secrétaires Généraux des Comités de Coordination qui avaient donc reçu directement de vous-même vos instructions concernant la réforme agraire. Quant à Ahmed Ben Salah, il ne lui restait plus qu'à supporter, avec ses collaborateurs de l'agriculture, la charge d'une exécution difficile, ce précisément pourquoi nous avions recommandé une action progressive. Au reste, la résolution finale du Comité Central devait reprendre ce que vous aviez décidé dans votre discours. Où en sommes-nous donc de votre prétendue maladie, du prétendu abus de confiance et de quelques autres prétentions du même genre ?

 

 

Après la réunion de mars, les Gouverneurs, les Délégués et les Comités de Coordination se sont lancés dans l'implantation des coopératives. Ces opérations se sont déroulées parfois dans une grande confusion, ce qui m'avait amené à proposer la constitution d'une commission qui se chargerait de mettre au point un projet de loi précisant les modalités d'application de la réforme afin

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 226. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

que les responsables régionaux n'aillent pas à l'excès. Cette commission devait être effectivement constituée sous la présidence de M. Rassaâ et comportait, en qualité de membres MM. Tahar Kacem, Lassaad Ben Osman, Mohamed Snoussi, Conseiller Juridique du Gouvernement et un représentant de la Banque Centrale. Elle devait, ainsi, mettre au point un projet dont je reçus communication et dont je remis une copie au Secrétaire Général du Parti, à chaque membre du Bureau Politique et, autant que je m'en souvienne, à chaque membre du gouvernement afin qu'on l'examinât de façon approfondie. Considérant que ce projet revêtait une grande importance, je m'étais empressé de vous le transmettre pendant que vous étiez encore à Hammamet. J'y avait joint un billet où je vous écrivais notamment : "Ci-joint un projet concernant la réforme agraire et dont il vous appartient de juger".

 

Je ne vous avais évidemment pas soumis un texte aux fins de signature parce que, pour des raisons procédurales, il ne pouvait en être ainsi. La simple évocation de cette affaire est donc mesquine, sans même aller jusqu'aux accusations qu'on a prétendu fonder sur ce point et aux injures dont il a permis de truffer des discours présidentiels !

 

 

On sait, d'autre part, que le Bureau Politique s'était réuni à deux reprises pour examiner le dit projet et qu'il avait été décidé, sur la base d'une directive que vous m'aviez donnée à Hammamet, que nous nous concerterions, M. Bahi Ladgham et moi-même, pour le modifier et le présenter de nouveau. Et, de fait, le projet fut modifié dans le Bureau de M. Ladgham, en présence de MM. Habib Bourguiba Junior et Snoussi, à la suite de quoi il fut tiré une nouvelle fois et adressé par les soins de M. Bahi Ladgham, qui y avait joint un billet d'introduction, à chaque membre du Conseil après qu'il eut été modifié, et il n'y avait là rien que de très normal.

 

 

 

Une réunion du Conseil de la République se tint pour examiner le texte et l'on sait qu'elle tourna au réquisitoire contre toute la politique économique, la généralisation du mouvement coopératif etc... Selon toute vraisemblance, cette réunion avait été précédée de tractations entre certaines personnes et certains membres du Conseil de la République pour les inciter à prendre la position qu'ils avaient prise. Mais en dépit de ces manœuvres, plusieurs membres du Conseil, en nombre appréciable, avaient approuvé le projet et ne s'étaient pas laissés entraînés par ceux qui s'étaient préparés à tout condamner. Encore peut-il être utile de rappeler que, pour la première fois dans une réunion du Conseil de la République ou du Gouvernement, des microphones avaient été installés sur la table.

 

 

Il est également utile de rappeler que, après que l'on se mit à attaquer Ahmed Ben Salah au sujet de la généralisation "hâtive" des coopératives, M. Bourguiba Junior intervint à son tour pour déclarer : "Ahmed Ben Salah n'est pour rien dans cette affaire. C'est le "patron" qui a décidé à ce sujet et qui a donné ses directives au cours de la réunion du Comité Central du Parti".

 

 

On sait aussi qu'un communiqué fut publié à l'issue de la réunion du Conseil de la République, communiqué qui affirmait la coexistence des trois secteurs dans l'agriculture.

 

 

 

Quel ne fût mon étonnement lorsque, deux jours plus tard, je fus invité à une discussion télévisée avec M. Bahi Ladgham et en présence de quelques membres du Bureau Politique. J'avais, à cette occasion, chaleureusement défendu le réforme. Mais la réunion venait juste de prendre fin, et nous n'avions pas encore quitté la RTT, que M. Ladgham se précipita au téléphone. A l'issue de la communication,

 

 

Tunisie: Lettre de Ahmed Ben Salah à Habib Bourguiba (partie 2)

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Partie 2

 

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 227. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

son visage reflétait les violences verbales que vous lui aviez fait subir, sans doute pour le convaincre que je l'avais "humilié", comme vous l'avez dit. Je n'avais ni les moyens, ni l'intention de l'humilier et je ne l'avais humilié en rien. La vérité, que nous devions apprendre bien plus tard, est qu'un équipement spécial avait été mis à votre disposition pour que vous puissiez suivre l'enregistrement de la discussion avant sa diffusion radiotélévisée. Vous aviez devant vous un récepteur de télévision particulier qui vous a permis de suivre le développement de la discussion. Sitôt qu'elle eut pris fin, vous vous étiez précipité au téléphone pour exécuter l'un des dernier actes du complot en soulevant contre moi M. Bahi Lagdham et en le préparant ainsi au rôle qu'il devait tenir, plusieurs mois durant, après que vous l'eussiez "monté" et jeté dans l'opération, pour fendre sur lui par suite, comme on le sait aujourd'hui.

 

 

 

5)- Sans doute le peuple tunisien se souvient-il encore que tous les cadres nationaux, régionaux et locaux s'étaient lancés dans l'application de la réforme agraire au point que chaque membre du Bureau Politique avait parrainé un ensemble d'unités coopératives de production pour veiller sur elles et sur leur gestion et pour les aider à résoudre leurs difficultés. Assurément n'y avait-il là rien d'étonnant : d'une part, tout le monde savait que vos directives étaient claires à ce sujet et, d'autres part, la réforme s'accomplissait dans le cadre d'un dialogue que le pays n'avait encore jamais connu. Ce dialogue se développait publiquement, sur la base de documents qui étaient préparés par les cadres dans les régions.

 

 

Qu'y avait-il donc de choquant dans les hésitations et les oppositions à partir du moment où il s'agissait de renouer et transformer la Société et les rapports économiques et humains et quelle mutation révolutionnaire ne s'accompagne-t-elle de pareilles hésitations ou oppositions ?

 

 

 

Ce climat n'était susceptible d'engendrer aucun péril et il n'en créa point, en dépit des entreprises de certains éléments qui incitaient à la révolte comme il en fut à Ras-El-Djebel par les soins de qui vous savez. J'avais alors fermement arrêté le processus en reportant l'application de la réforme jusqu'à ce qu'un accord intervienne avec les cadres régionaux, et je fis de même lorsque certains autres poussèrent à la révolte à Hammamet.

 

 

Ce climat n'était de nature à engendrer aucun péril et, de fait, il n'en créa point, en dépit de vos tentatives personnelles pour m'inciter à jeter telle personne en prison parce qu'elle persistait dans sa résistance. J'avais alors insisté auprès de vous pour qu'il n'en fût rien et vous avais promis de l'inviter à assister au Conseil d'Administration de l'Office de la Madjerda dans l'espoir que nous le convaincrions des avantages de la réforme.

 

Le pays n'avait encouru, de fait, aucun péril, malgré les outrances de certains responsables à des niveaux secondaires et les violences qu'ils firent subir à certains citoyens que ce fût pour des raisons personnelles, ou pour exécuter des instructions secrètes, ou encore par inaptitude à la persuasion et à l'opération de façon aimable afin que ne fussent point violentés les citoyens, comme je l'avais personnellement recommandé et comme cela était paru en caractères gras dans le journal "El Amal".

 

 

Mais il est aujourd'hui évident que ceux des Gouvernants qui étaient propriétaires fonciers et ceux qui faisaient des calculs politiques n'étaient pas satisfaits du succès attendu de la réforme. Les uns avaient été entraînés à l'exploitation de l'homme, alors que les autres mettaient à profit l'indépendance et leur pouvoir politique pour accéder à la propriété des fermes et des vergers

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 228. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

que certains avaient achetés aux Français à des conditions incompatibles avec les intérêts nationaux. Jouissant de l'appui du palais, les uns et les autres manifestaient un accord apparent en public, mais préparaient dans l'ombre leurs dagues pour enrayer l'expérience et abattre l'homme que vous leur aviez servi en appât, après avoir décidé de l'éliminer.

 

 

Le succès de ma visite à Sfax a bien pu être la goutte qui aurait fait déborder tous les vases. Sfax dont la population avait adopté la réforme, au grand dam des intrigants qui partageaient votre espoir qu'elle fût la tombe de cette réforme. Il devait en être autrement, malgré les tractations et les manœuvres dont nous eûmes connaissance plus tard.

 

Plus tard aussi j'appris votre courroux, un jour que vous assistiez à la retransmission télévisée des images de la liesse populaire et de l'accueil enthousiaste que le Gouvernorat de Sfax réservait à l'un de vos collaborateurs. Devant le spectacle vous ne cessiez de répéter : "Est-il possible qu'un tel accueil soit réservé à quelqu'un d'autre que moi, de moi vivant ?". C'est que l'homme avait dû surmonter de grands obstacles pour appliquer une politique dont vous aviez été le premier défenseur et dont vous vouliez couronner votre combat en cherchant, à travers elle, à transformer la société, mais pensais-je quant à moi dans le cadre d'une unité profondément enracinée, une unité populaire authentique, non une "unité nationale" qui en est la version défigurée dans la mesure où elle ne fait que liguer les privilégiés et les opportunistes.

 

 

N'aviez-vous pas déclaré à plusieurs reprises que la réforme était une action historique et qu'il fallait la mener à bien au plus vite, pendant que vous êtes encore en vie ? C'est que vous croyiez être le seul en mesure de persuader le peuple alors et surtout que vous pensiez la tentative vouée à l'échec si vous deviez disparaître avant qu'elle ne se concrétisât.

 

 

Et de fait, plusieurs hauts responsables n'appliquaient la réforme que parce qu'ils étaient convaincus que vous y étiez attachés.

 

 

Certes, ils participaient à sa mise en œuvre à tous les niveaux : dans les Ministères, à la Banque Centrale, dans les Gouvernorats, à la Direction du Parti et des Organisations Nationales. Mais ce n'était ni par conviction de principe, ni parce qu'ils me craignaient, mais bien par discipline vis-à-vis du Chef du Parti et de l'Etat. Et toute la différence entre eux et le plus grand nombre, dont j'étais, résidait en ceci que, tout en partageant le même comportement discipliné, nous étions, nous autres, convaincus de l'audace, de la sincérité et de l'efficacité de l'orientation socialiste qui nous faisait un devoir de transformer et de rénover radicalement la Société, notamment dans le secteur agricole et au niveau des rapports économiques et sociaux qui s'y nouent.

 

6)- Mais en septembre 1969 et dans les mois qui suivirent, on sait ce qu'il en fut. Et je reconnais sans en éprouver la moindre gêne que je fus stupéfait par la brutalité de votre "revirement". Je n'avais, alors, entrepris aucune analyse, ni tenté la moindre explication, ni conçu, plutôt, aucune réplique. L'attachement à la cohésion prit, en moi, le pas sur mon vif sentiment que l'opération était erronée et que vous vous étiez préparé à trahir toute l'expérience.

 

 

 

Je devais par la suite, accepter d'être nommé Ambassadeur à Madrid et on me demanda effectivement les renseignements nécessaires dans ce but. Soumise au Gouvernement intéressé, la nomination fut effectivement agréée. Mais, une fois de plus, la situation devait se retourner et l'on déclencha contre moi les opérations de violence sans que jamais je ne fûs entendu, ni par vous-même, ni par le Bureau

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 229. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

Politique, ni, plus tard, par la bizarre commission parlementaire dont la présidence échut à une de ces personnes qui font la "fierté" du pays, grâce en particulier à sa haute moralité et sa non moins haute compétence... ! ! De nouveau je devais être surpris par l'interdiction qui me fut faite de ne participer à aucune réunion électorale, avant qu'on décide de m'appliquer la loi adoptée en avril 1969, en vertu de laquelle devait être déchu de son mandat. Le député exclu de son Parti ou de l'organisation nationale qui l'avait présenté. -Encore- faut-il remarquer que cette loi ne devait jamais être appliquée qu'une Seule fois, et ce fut très précisément à moi-même. Ce qui veut dire, en clair, que le complot avait été calculé jusque dans ses moindres détails. Plus tard, lorsqu'un autre député tomba sous le coup de la loi, vous vous étiez aperçu de l'inutilité de la chose et la disposition fut rétroactivement abrogée, portant effet à compter d'une date permettant à l'intéressé de retrouver son mandat !

 

 

La trame du complot s'éclaircit ainsi davantage, ce complot qui visait une personne sur laquelle vous aviez décidé de fendre par tous les moyens, en attendant peut-être sa liquidation en prison, ou maintenant à l'étranger.

 

 

- Les campagnes hystériques devaient, par la suite, se succéder contre ma personne et contre tout ce qui avait été fait sur près de dix ans. Et l'on fit un grand tapage sur l'improvisation, la mauvaise question, les entreprises économiques, outre l'abus de confiance et la volonté d'accaparer le pouvoir.

 

 

7)- Il vous revint d'inaugurer personnellement cette belle et grandiose épopée bourguibienne. Etje fus accusé entre autres d'improvisation, moi qui avais pourtant combattu pour que le plan devienne le principe de nos actions et une méthode d'éducation tendant à la formation de notre conscience collective. Evidemment ceux qui ont le privilège de tout connaître et de tout savoir se sont bien gardés de préciser en quoi il y avait improvisation, cette improvisation dont j'ai souffert plus que tout autre.

 

 

 

Car, en vérité, l'improvisation a été la constante de votre propre comportement put le temps que j'avais assumé la responsabilité du Plan. Que de factures pleuvaient dru sur moi pour payer notamment des travaux à Carthage et à Monsatir ! Que d'instructions données pour construire un hôtel ou pour agrandir un autre et qui m'étaient transmises par mes collaborateurs dans le secteur touristique ! Et que d'autorisations d'ouverture de centres d'artisanat non prévus et qui m'étaient notifiées après commencement d'exécution par les responsables - régionaux et parfois même locaux ! Et jusqu'à cette grande usine de textile montée a Monastir et dont je ne devais entendre parler que par la voie de la presse, à l'occasion de l'inauguration des travaux, et que de mal avions-nous eu, par la  suite, pour la réformer parce qu'elle avait été construite sans études préalables et en contradiction avec les décisions du Plan !

 

 

Voilà quelques cas précis de cette improvisation dans laquelle j'avais dû dépenser mon énergie et dont on ne devait pas moins exciper contre moi après le déclenchement de la crise. Au-delà, c'est, cependant, tout le problème de la Mauvaise gestion qui se trouve posé. Mais le mensonge, en la matière, ne peut que aire long feu, car si la gestion a bien été audacieuse, elle n'en a pas moins été saine. Ce, en dépit des difficultés que le pays avait rencontrées par suite de la bataille de Bizerte, de la dégradation de nos rapports avec la France, de l'abandon des terres précédemment gérées par les colons et par suite des années de sécheresse. Le pays avait, en dépit de tout cela et grâce aux sacrifices de tous ses enfants, réussi à établir une monnaie, le dinar Tunisien, encore non reconnue avant 1964, et à en

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 230. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

maintenir la stabilité jusqu'à ce jour encore malgré les dévaluations de monnaie auxquelles la nôtre est liée.

 

 

 

C'est bien là un symbole et la preuve qu'aucune catastrophe ne s'était abattue sur le pays et qu'il n'en avait jamais été menacé, ni de près ni de loin. Il en aurait été autrement et vos affirmations comme celles de tous mes accusateurs auraient été exactes, qu'une dévaluation se serait, en effet, imposée. Il suffit, à cet égard, de revoir les appréciations du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale pour les années 68 et 69 où pour la première fois, notre balance des paiements avait dégagé un excédent appréciable. Cet excédent s'est encore consolidé avec l'accroissement de la production industrielle et touristique vers la fin de la décennie, alors même que la production agricole s'était dégradée, dégradation imputable à la succession des années de sécheresse qui avaient également affecté le cheptel, et malgré l'état d'abandon sur lequel se trouvaient les terres domaniales avant la réforme.

 

 

A ce stade, il est utile de rappeler que plus de la moitié des investissements réalisés jusqu'en 1969 étaient des investissements rentables à long terme, tels que les équipements scolaires et sanitaires, la formation des cadres, l'équipement agricole (barrages, périmètres irrigués, boisement etc...), l'infrastructure dans le secteur des transports et communications.

 

 

 

Cette politique avait fait l'objet d'une approbation unanime, sans aucune exception ni au sein du Parti, ni du Gouvernement, ni de l'Assemblée Nationale, ni au niveau régional. Elle était inscrite dans nos premiers Plans et tendait à impulser le pays vers l'action et la réforme après qu'il eut été étouffé par l'emprise du colonialisme aggravée par l'incurie qui fut le propre de l'action économique dans les toutes premières années de l'indépendance de 1957 à 1961, comme on l'a reconnu dans le document intitulé "Rétrospectives Décennales 1962-1971) et émanant de l'actuel Ministère du Plan.

 

 

Pourtant, et en dépit de l'affectation de plus de la moitié des investissements à la préparation de l'avenir du pays, malgré tous les obstacles que nous avons cités (décolonisation à Bizerte et dans l'agriculture, crise de nos relations avec la France, années de sécheresse), et malgré les diversions et les improvisations du Chef de l'Etat, le produit intérieur brut ne s'en est pas moins accru aux taux de 4% en moyenne annuelle, comme l'a reconnu la publication précitée de l'actuel Ministère du Plan. Encore faut-il remarquer que cette publication estimait que la production agricole avait décru de 2% en moyenne annuelle, alors que l'actuel Ministre de l'agriculture affirme qu'elle avait progressé au taux de 1%, la différence entre les deux estimations étant ainsi de 3%.

 

 

Il appartient aux économistes d'évaluer l'effet de cette différence sur le taux de croissance moyen de la production brute globale, c'est-à-dire sur les 4% reconnus. Ce taux est, en tout cas, une performance non négligeable pour un pays qui entreprenait une expérience inédite ou presque dans tous les domaines et en matière de développement plus particulièrement.

 

 

Il faut également remarquer qu'il ne s'est trouvé personne pour mettre en évidence, oralement ou par écrit, l'importance de l'accroissement du produit brut au taux approximatif de 10% en 1968, accroissement dont il était prévu qu'il resterait au moins à ce niveau, ce qui se serait réalisé n'étaient les inondations de 1969 et l'arrêt de la production dans certaines régions, notamment dans le secteur minier, ainsi que l'arrêt des exportations de plusieurs produits. Personne n'a évidemment évoqué cela alors que, au contraire, tous surenchérissaient pour

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 231. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

exploiter sans retenue les efforts de la nation tout au long de la décennie écoulée et s'attribuer les mérites des performances réalisées dans ses dernières années, les imputant à leur génie, comme si tout ce qui avait été fait sur près de dix ans n'y était pour rien, ou presque.

 

 

S'agissant, maintenant, des entreprises publiques, que n'en a-t-on pas dit, et que d'assainisseurs", de réformateurs et d'excellents gestionnaires ne sont-ils apparus ! Quel monde ubuesque et quelle étrange mentalité, décidément !

 

 

Il est de mon devoir de rappeler que j'avais hérité, en 1962-1963, d'une situation dégradée dans les secteurs des mines et de l'industrie. Qu'on révise également l'état dans lequel se trouvait la Société Tunisienne du sucre par comparaison avec ce qu'elle est devenue par la suite. Qu'on se remémoré aussi ce que nous avions enduré du fait de la Société Nationale de cellulose de Kasserine et les améliorations qu'on y a introduites malgré l'accumulation des difficultés engendrées par la confusion qui y sévissait. Qu'on se rappelle aussi du nombre de mineurs en 1963, au moment où je recevais la charge de ce secteur, et que l'on compare avec la situation en 1968-1969.

 

 

Et pourtant je n'avais rien dit de la mauvaise gestion, de l'incurie des négligences flagrantes que nous ne trouvions pas de documents suffisants pour établir, mais qu'il serait peut-être possible de prouver par la suite. Et je n'ai pas fait le moindre discours pour jouer aux "assainisseurs" de la mauvaise gestion d'autrui, de ceux-là même qui y jouent aujourd'hui. Je ne disais rien, parce que je suis de ceux qui croient à la responsabilité gouvernementale solidaire.

 

 

 

D'un autre côté, l'Etat avait engagé ses capitaux pour constituer plusieurs entreprises publiques dont le nombre égale ou dépasse les soixante-dix, autant que je m'en souvienne, qu'il s'agisse d'Offices ou d'entreprises Industrielles et Commerciales. Certaines de ces Entreprises Publiques avaient traversé des situations très difficiles en raison de l'insuffisance des capitaux et du manque de cadres. Toutes, cependant, se prêtaient à l'amélioration et toutes étaient en mesure de réaliser les objectifs qui leur étaient assignés. C'est le lieu ici de prendre utilement quelques exemples dont on a tant parlé.

 

 

Compagnie des phosphates Sfax-Gafsa. Comme on sait, il s'agit d'une vieille entreprise dont l'Etat détient la moitié du capital social et qui pourvoyait à ses propres besoins. Elle était bénéficiaire tant qu'elle possédait le domaine du "Chaâl" et qu'elle exploitait la ligne du chemin de fer Sfax-Gafsa, en plus des gisements, évidemment.

 

 

La situation de la Compagnie devait commencer à se dégrader du jour où l'Etat avait repris la domaine du "Chaâl" qui rapportait à la Société entre cinq cent mille et un million de dinars, les impératifs de la politique gouvernementale en matière de transports devaient, par la suite, conduire à l'unification du réseau ferroviaire au sein de la SNCFT. A cela il faut ajouter la faible teneur du phosphate, des moyens de production et la situation sociale dégradée que nous avions trouvée dans la région.

 

 

Il ne s'est trouvé personne pour mettre en relief ces circonstances, et l'on s'est contenté d'affirmer qu'on était prêt à engager un effort considérable pour améliorer la situation de la compagnie. En 1967-1968, j'avais, pour ma part, passé au crible sa situation et avais pris plusieurs mesures sociales pour améliorer la condition des ouvriers et apprêter de nouveaux équipements dans le but d'enrichir le phosphate. De nouveaux gisements devaient être découverts, et j'avais conclu un accord avec un gouvernement étranger en vue de moderniser l'équipement de la Compagnie

 

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 232. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

 

 

 

en contrepartie de la vente de phosphate à l'Etat intéressé. La convention avait, alors, été signée par un membre de l'actuel gouvernement qui, à l'époque, était mon collaborateur.

 

 

 

Société Hôtelière et Touristique en Tunisie: Cette Société avait été créée avant que je ne prenne en mains le Plan à un moment où ses moyens étaient très modestes, puisqu'elle ne possédait qu'un petit nombre de lits. Nous avions alors audacieusement lancé cette activité économique, ce qu'on nous reprochera peut-être aujourd'hui. La Société prit l'initiative de construire plusieurs hôtels, avant que les particuliers ne comprennent l'importance du secteur touristique dans lequel ils devaient finir par investir massivement, fortement encouragés par l'Etat, et notamment après la réforme commerciale qui avait permis la conversion de plusieurs capitaux du secteur commercial au secteur touristique. On multiplia alors les réunions entre toutes les parties intéressées et l'on décida, de la sorte, des moyens propres à améliorer la situation de la Société. En fait, celle-ci ne souffrait pas d'une mauvaise gestion mais d'un certain gigantisme auquel il était devenu nécessaire d'adapter définitivement les modalités du financement et les formes juridiques pour permettre à la Société d'évoluer favorablement. C'est dans ce sens qu'un accord général se fit sur les mesures essentielles dont l'exécution était prévue pour 1968 et 1969.

 

 

 

Autres observations dans ce domaine : En tout cas, je n'avais pas hésité à recourir à la Banque pour examiner et passer au crible la situation des entreprises publiques, et vous étiez parfaitement au courant de cela. Une délégation d'experts devait examiner sur place vingt-cinq entreprises auxquelles elle devait soumettre des propositions précieuses. Les conclusions des experts n'étaient sévères que relativement à deux d'entre elles : l'Office des pêches et l'Office de l'Artisanat. Je n'en dirai jamais assez sur ce que j'ai dû endurer de ces deux entreprises et de certains de leurs dirigeants qui se prévalaient ouvertement de votre protection personnelle, laquelle protection ne souffrait aucune discussion.

 

 

 

S'agissant des autres entreprises, elles firent l'objet d'un rapport de la Banque Mondiale en accord avec le Ministère qui engagea les procédures d'exécution. Ce rapport avait été remis en juin ou juillet, aux responsables de la Présidence et à la Banque Centrale et je vous en avais informé dès le mois de mai, à mon retour des Etats-Unis. Au reste, les déclarations que, en réponse à une question parlementaire, j'avais faites à l'Assemblée Nationale au sujet des entreprises publiques, étaient directement inspirées des conclusions de ce rapport.

 

 

Tout cela ne devait pas empêcher les responsables d'utiliser, par la suite, et sans aucun scrupule tous les rapports et toutes les mesures et les analyses, en attribuant les mérites à la commission des "assainisseurs" et allant jusqu'à passer entièrement sous silence tous les éléments qui viennent d'être rappelés, y compris le rapport de la Banque Mondiale et les travaux qui l'avaient précédé et suivi.

 

 

Faut-il également oublier que l'actuel Premier Ministre, peut-être après s'être assuré de la réalité et relégué les slogans de propagande, avait explicitement déclaré devant l'Assemblée Nationale que les entreprises publiques n'étaient pas déficitaires dans l'ensemble ?

 

 

Au reste, les entreprises publiques étaient gérées par des conseils d'administration composés de représentants des Ministères intéressés et des Banques. Elles étaient tenues de communiquer copie de tous leurs documents à la Présidence. Vous nommez en principe leurs dirigeants et ceux qui l'étaient sur ma proposition étaient fort peu nombreux. Certains d'entre eux sont, d'ailleurs, restés à la tête

 

Noura-borsali-Ahmed-ben-salah-1.jpg[Page 233. Livre d’Entretiens avec Ahmed BEN SALAH. Noura BORSALI. 2008. Prix 12 DT]

De leurs entreprises, lorsqu’ils n’ont pas été élevés au niveau des responsabilités gouvernementales. Il s’en est pourtant trouvé qui s’en sont pris à ma personne et critiqué les entreprises publiques, alors même qu’ils les supervisaient ou les dirigeaient toutes au sein du Ministère avec des pouvoirs étendus, eu égard à leurs compétences.

 

7)- De quels instruments me serais-je servi pour prendre le pouvoir ? Je ne disposais de rien pour ce faire, sinon de mon enthousiasme dans l’application d’une politique dont il ne fallait entendre rien d’autre que l’effarouchement ou la panique des privilégiés et autres comploteurs alors que la classe déshéritées, les classes laborieuses étaient lentes à convaincre. Il s’agissait, en effet, d’une politique aux objectifs lointains qui nécessitait de longues années de labeur et de sacrifices que la réaction et autres comploteurs et opportunistes n’avaient jamais acceptés.

 

En conclusion, l’évidence éclate aux yeux de tous ceux qui ont vécu les événements et m’ont suivi dans mon exposé, encore qu’il ne couvre  que bien peu d’éléments : la machination de 1969 a été voulu par vous-même qui avez abusé de votre pouvoir pour vous ériger en porte-parole de la réaction et vous faire aider par des individus du pire acabit comme par des personnalités étrangères qui  vous avaient rendu le service de vous fournir des rapports opportuns. Vous avez-vous-même envoyé pour rendre hommage au gouvernement, un de ces rapports dont l’Ambassadeur était l’auteur et qui, le premier, vous a fourni l’expression «  catastrophe économique ».

 

Ainsi vous vous êtes fait le porte drapeau du pire produit du colonialisme, l’impénitence réaction de vieille souche, comme du pire produit de l’indépendance, la nouvelle classe et les opportunistes, aussi assoiffés de richesses qu’acharnés et les développer et à les défendre. L’histoire établira que l’image que vous lui avez voulu laisser de Habib Bourguiba, cette image que vous sculptez par vos propres soins ou par certains professionnels de la flatterie « scientifique », que cette image est compromise par les poisons que vous vous êtes inoculés à vous-même.

 

L’Histoire est un inexorable tamis. C’est aussi un redoutable instrument aux mains des peuples. Nul ne peut échapper au jugement de ceux-ci ni au verdict de celle-là.

 

Combien demeure vraie la prédiction d’un leader tunisien il y a de cela prés de trente ans qui a dit : «  la Tunisie, après avoir connu le protectorat de la France, connaitra la tyrannie de Bourguiba ». et j’étais, à l’époque, de ceux qui s’élevaient violemment contre ces paroles. aujourd’hui, je dis avec les masses : « la nuit finira par se dissiper et les chaines finiront par se briser ».

 

Ahmed BEN SALAH

 

 

13 mai 2009

Mohamed Charfi: Mon Combat pour les lumières

 

 

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Lisez des ouvrages et des documents sur la Tunisie. Ne pas lire nuit gravement à la santé et vous risquez d'être atteint de la bêtise, de la maladie de l'ignorance et de l'inculture.

Ne Soyez pas/ Ne devenez pas une « racaille » dixit Sarko

Sur ce Blog, il y a des dizaines d'ouvrages et de documents rares à lire, il suffit de chercher...

 

 

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27 avril 2009

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (6)

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 Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (1). Cliquez ICI

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Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (3).Cliquez ICI

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (4).Cliquez ICI

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (5).Cliquez ICI

 

 

 

Le bilan que dresse Ahmed Tlili de la Tunisie en 1966 est catastrophique: injustices, corruption, répression des oppositions....

 

A la page 36 (exemple parmi tant d'autres) de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili, on y lit:on y lit:

"Ouvrons une petite parenthèse sur la presse et le droit d'expression. Tous les journaux sont subventionnés et, par conséquent, enchaînés. D'ailleurs, il y en a très peu, moins du quart de ce qui existait dans les années 1937. En plus, ils sont vides et publient les mêmes textes fournis par l'agence officielle de presse"

 

1192094717.3.JPGA la lumière de plusieurs documents rares et méconnus sur la Tunisie sous Habib Bourguiba, les questions se posent:  L'Histoire de la Tunisie est-elle à réécrire car trop de mensonges? Qui assume la responsabilité politique de toutes ces injustices? La Tunisie sous Habib Bourguiba est-elle un Etat "moderne" ou un Etat "policier"? Quel est cet héritage de Habib Bourguiba aux Tunisiens?  Libre à chacun de se faire un avis. Les faits demeurent têtus

 

 1438897459.jpgLettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili. Imprimeries Réunies.Tunis-1988. Merci à Youssef Tlili -petit fils de feu Ahmed Tlili- qui à Tunis m'a donné ce document rare. Le Blog Sami Ben Abdallah publie sur plusieurs parties l'intégralité de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba écrite par feu Ahmed Tlili.

 

 

 

 

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 36-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

rites ne sont pas récompensés et que, souvent même ce sont les moins méritants et les plus combinards qui sont récompensés. Les moeurs ont donc changé en fonction des données de la situation. Le travail est complètement délaissé dans les bu-reaux et dans les ateliers. On lit le journal pendant toute la matinée pour le commenter pendant toute l'après-midi et la journée est ainsi meublée.

 

 

On croit que l'opinion n'en sait rien et même si elle sait et on sait qu'elle sait, elle n'y peut rien p isqu'elle est baillonnée. Reste le Président, qui peut le toue ? Même ceux qui le voient parmi les gens sincères ne pe ont pas lui signaler les défauts du régime, car il se fâche en apprenant de telles choses. Donc l'irresponsabilité et l'impunité sont totales.

 

 Ouvrons une petite parenthèse sur la presse et le droit d'expression. Tous les journaux sont subventionnés et, par conséquent, enchaînés. D'ailleurs, il y en a très peu, moins du quart de ce qui existait dans les années 1937. En plus, ils sont vides et publient les mêmes textes fournis par l'agence officielle de presse. En lisant un journal en arabe et un autre en français, on découvre une excellente école de traduction pour celui qui veut se perfectionner dans les deux langues. Mais personne ne les lit, malgré l'abonnement quasi obligatoire pour certains journaux et les efforts du Parti et du Gouvernement. On préfère lire la presse étrangère qu'on peut mieux commenter comme il est dit plus haut. Dans le domaine culturel, c'est le djanovisme, c'est-à-dire l'orientation de la production des lettres et des arts. Cette production est faible, très faible par rapport à ce que peut donner l'élite d'un pays de vieille civilisation et à double culture comme la Tunisie. L'expression se réduit à l'apologisme. On se rabat sur les publications étrangères qui constituent plus du triple dans la consommation. Le pays perd ainsi des devises qui sont assez importantes selon des études sérieuses en la matière, pendant que l'industrie du livre, en général, se trouve privée de plus de dix mille emplois, ce qui est appréciable pour un petit pays sous-développé comme la Tunisie. L'aspect le plus  important de cette question reste évidemment celui qui a trait au domaine politique et à l'évolution psychologique du peuple et surtout du gouvernement, seul responsable de la conduite des affaires.

 

 Car ce manque d'information sur les données exactes du

http://samibenabdallah.rsfblog.org/media/01/01/37761020.jpg[Page 36-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988] 

 

pays est beaucoup plus préjudiciable au gouvernement qui se trouve amené à adopter des positions ne tenant pas compte des vrais facteurs qui doivent la déterminer.

 

 Sans vouloir dramatiser et tout en ne faisant que constater, il est évident que le régime est actuellement isolé aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Pour ce qui est du dernier aspect, il vaut mieux ne pas en traiter ici et le laisser par conséquent de côté. Mais, à l'intérieur, aucun rapport étroit et