24 avril 2009
Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (3)
Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (1). Cliquez ICI
Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (2). Cliquez ICI
Le bilan que dresse Ahmed Tlili de la Tunisie en 1966 est catastrophique: injustices, corruption, répression des oppositions....
A la page 17 (exemple parmi tant d'autres) de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili, on y lit:
"des arrestations sont fréquemment opérées sans ordre de la justice et restent souvent ignorées du public puisque la presse ne peut pas en parler. Ceci rappelle un peu les lettres de cachet d'une période célèbre de l'histoire de France. Les victimes, condamnées ou pas, restent au secret, et, dans beaucoup de cas, leurs familles restent dans l'ignorance de leur lieu de détention. Nos prisons ressemblent en cela aux fameuses oubliettes du moyen-âge."
A la lumière de plusieurs documents rares et méconnus sur la Tunisie sous Habib Bourguiba, les questions se posent: L'Histoire de la Tunisie est-elle à réécrire car trop de mensonges? Qui assume la responsabilité politique de toutes ces injustices? La Tunisie sous Habib Bourguiba est-elle un Etat "moderne" ou un Etat "policier"? Quel est cet héritage de Habib Bourguiba aux Tunisiens? Libre à chacun de se faire un avis. Les faits demeurent têtus
Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili. Imprimeries Réunies.Tunis-1988. Merci à Youssef Tlili -petit fils de feu Ahmed Tlili- qui à Tunis m'a donné ce document rare. Le Blog Sami Ben Abdallah publie sur plusieurs parties l'intégralité de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba écrite par feu Ahmed Tlili.
[Page 17-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
se manifeste surtout lors des élections des sections de l'Union Générale des Etudiants en vue de truquer les votes ou d'intimider les jeunes électeurs, créant ainsi une atmosphère telle que les étudiants se trouvent acculés à se jeter aveuglément dans les mouvements extrémistes d'opposition les plus divers.
Des sommes considérables sont ainsi chaque année gaspillées sur les fonds des départements de l'Intérieur et des Affaires Etrangères au lieu d'être utilisées par les Ministères de l'Education Nationale et des Affaires Sociales à l'amélioration des conditions d'habitat des travailleurs et des étudiants, à la rétribution d'un nombre aussi grand que possible d'attachés culturels et sociaux s'occupant du sort de ces nationaux à l'étranger et enfin à la création d'oeuvres sociales en leur faveur.
D'une façon générale, ce système policier, si actif tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, n'a que des aspects négatifs, il accentue le mécontentement, au lieu de le résorber, par la multiplication des atteintes aux libertés. Aucun citoyen n'est aujourd'hui à l'abri d'une mesure arbitraire. Sur simple décision d'un gouverneur souvent mal inspiré, on est éloigné de sa résidence, ou envoyé au camp d'El Haouareb, sans qu'aucun compte ne soit tenu de la situation familiale ou matérielle de l'intéressé et sans même que soient examinés les aspects humains des conséquences d'une telle mesure . Le cas est moins dramatique quoique beaucoup plus fréquent, des fonctionnaires de l'Etat qui sont mutés d'office, dans les mêmes conditions, non pas sur la base de normes professionnelles, mais selon le bon plaisir des autorités administratives.
Le mal n'est pas circonscrit à ces seules limites, des arrestations sont fréquemment opérées sans ordre de la justice et restent souvent ignorées du public puisque la presse ne peut pas en parler. Ceci rappelle un peu les lettres de cachet d'une période célèbre de l'histoire de France. Les victimes, condamnées ou pas, restent au secret, et, dans beaucoup de cas, leurs familles restent dans l'ignorance de leur lieu de détention. Nos prisons ressemblent en cela aux fameuses oubliettes du moyen-âge.
[Page 18-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
Tout cela se passe en Tunisie où l'organisation judiciaire est l'une des plus vieilles dans le monde. Ces atteintes flagrantes aux droits de l'homme sont commises sans aucune considération pour cette Justice qui est pourtant, à tous les points de vue, digne des pays les plus civilisés.
Alors, comment expliquer que cette justice se trouve dans l'incapacité ou plutôt dans l'impossiblité de jouer son rôle dans un pays qui se dit républicain et dont la constitution lui attribue toutes les prérogatives du 3ème pouvoir.
Pour expliquer ce phénomène et justifier l'attitude de la justice dans ce contexte, il y a lieu de se reporter à la conception actuelle du Pouvoir exécutif qui considère la séparation des pouvoirs, consacrée par la Constitution de 1959. comme un non-sens et un anachronisme dans la jeune Tunisie, d'où les incursions fréquentes de l'exécutif dans le judiciaire et ses interventions publiques dans des cas précis notoirement connus il y a aussi le fait que, dès les premiers pas de la Tunisie indépendante, des promotions ont été opérées dans le corps, de la magistrature ne respectant pas les règles d'avancement dans la hiérarchie et créant des injustices au profit des magistrats considérés à tort comme patriotes et, par conséquent, fidèles au régime. L'humiliation de la magistrature a été achevée par l'épuration ou encore l'arrestation de certains de ses membres à la faveur d'événements qui n'ont pas encore été tirés au clair.
Quant aux droits de la défense en mat ière juridictionnelle, on peut dire qu'en Tunisie, ils sont plutôt théoriques quand il s'agit de procès où l'administration est mêlée de près ou de loin. Le barreau a accusé des coups durs qui lui ont servi de leçon, il a connu l'incarcération de son bâtonnier, la dissolution de son conseil de l'ordre, son remplacement par un comité de gestion nommé, l'arrestation d'un membre éminent de ce même comité (député et responsable important du Parti dont il est l'un des plus vieux militants) et enfin sa mise en prison qui, au moins, n'aurait pas été si rigoureuse dans un pays tant soit peu démocratique.
Dans le même ordre d'idées, on ne peut pas s'empêcher d'évoquer les assauts subis par les autres corps de l'élite tunisienne intellectuelle : médecins, professeurs, ingénieurs,pharmaciens, etc. Aux attaques publiques dont ils ont été tous
[Page 19-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
l'objet, ils n'ont jamais eu l'occasion de répondre puisque la presse n'est pas libre et ils se cantonnent dans une attitude de réserve plutôt que de donner la mesure de leur compétence dont le pays a tant besoin. Certains d'entre eux choisissent de quitter la Tunisie pour des cieux plus favorables à leur activité. En 1964, j'avais été voir un éminent professeur de médecine à Paris pour me faire ausculter. Au moment de l'examen, qui se déroulait devant une vingtaine d'assistants et en présence de l'un de ses confrères enseignant dans une faculté nord-africaine, le professeur aborda la question de la nouvelle faculté de médecine de Tunis et déclara qu'elle devait servir et suffire à elle-même pour les quatres pays du Maghreb, ajoutant qu'en principe elle en avait bien les moyens.
Pensant à l'aspect budgétaire du problème, je demandais à être éclairé davantage. Notre professeur qui connait bien la Tunisie et les tunisiens, s'adressant à moi tout en se tournant de temps à autre vers son confrère assis à côté : "Savez-vous qu'ils ont un grand nombre de spécialistes qui enseignent dans les facultés de France pendant que la leur fait appel à des professeurs étrangers". Immédiatement après la visite, je suis allé m'informer auprès des étudiants sur le nombre approximatif et la qualité des médecins auxquels faisait allusion notre professeur. La réponse générale est que nous avons dans ce cas une trentaine, au minimum, de spécialistes et que, sur plus de 400 étudiants en médecine, un pourcentage élevé à l'intention de ne plus rentrer. Le contact avec les autres étudiants me permit de déceler le même comportement dans les autres disciplines.Sans désarmer, je demandais à voir un professeur tunisien pour discuter avec lui. On me prit rendez-vous avec un spécialiste dans l'hôpital même où il exerce après son travail de faculté. On prit soin de me mettre au courant de ses idées politiques.
Je me suis trouvé en présence d'un grand patron très considéré dans tout l'hôpital. A mes questions, il me répondit : "Ne croyez pas, Monsieur, que je reste à Paris parce que je ne suis pas d'accord avec la politique officielle ou parce qu'ici je gagne plus d'argent comme on se plait très souvent à le dire à Tunis, à propos des médecins, j'ai bien dépassé ce stade, je suis un chercheur, ma seule passion est mon métier que j'entends exercer dans la liberté. Or, en Tunisie, on vous empêche de travailler selon votre goût ; n'importe quel profane qui a une qua
[Page 20-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
lité politique quelconque a le droit de se mêler de vos activités techniques". J'essayais de discuter avec lui sur ce point précis. Il coupa court à l'entretien en disant : "Si vous n'êtes pas convaincu, vous pouvez continuer votre enquête auprès de tous ceux qui, comme moi, préfèrent ne pas rentrer en attendant des jours meilleurs et ils sont légions". Cette réponse m'incita à pousser l'enquête qui m'édifia définitivement sur le drame de notre jeunesse qui est l'un des nombreux problèmes posés à notre pays.
Pour voir clair dans tous ces problèmes, il serait rationnel de sérier les questions et de traiter en premier lieu du Parti.
Nous devons avouer que, malgré l'esprit et la lettre de la Constitution, nous avons abouti en fait au parti unique de Gouvernement sans même y inclure le maigre correctif du "centralisme démocratique" tel qu'il a été prévu par les inventeurs de ce système.
Ainsi le Destour et le parti communiste, qui ne gênaient en rien le Néo-Destour, ni avant ni après l'indépendance, ont été purement et simplement supprimés au moment où leur influence était en déclin. Leur maintien aurait servi au Néo-Destour de point de repère dans son évolution et de miroir dans son action. Leur présence et leurs critiques auraient contribué à éviter les erreurs possibles du Parti sur lequel s'appuie le gouvernement, et ceci, sans bouger pour le gouvernement puisqu'à eux deux ils ne rassemblent pas les 5% des suffrages. La chose est d'autant plus vraie que leur élimination est intervenue après la consolidation de l'Indépendance et surtout après la disparition de toute subversion.
L'éviction de ces deux partis a eu pour conséquence l'infiltration de leurs membres les plus dynamiques, principalement les communistes, dans les rouages du gouvernement et du parti où ils détiennent des responsabilités importantes. On peut, à ce propos, invoquer la conversion. Une question se pose alors : quel degré de sincérité accorder à la conversion d'un transfuge militant qui, tout le long de sa vie, a eu des idées différentes, voire opposées, et qui se rallie juste après que la victoire de son adversaire a été entièrement acquise ? Cette question en amène une autre : par quel paradoxe un parti dissous
[Page 21-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
soutient la politique du Gouvernement même qui l'a interdit en publiant des prises de position dans ce sens ? ou encore, par quel hasard un gouvernement, qui a supprimé un parti, en arrive-t-i l à justif ier une partie de sa pol itique auprès de l'opinion en se prévalant publiquement des positions du parti illégal à l'égard de certains problèmes ? Il est bien patent que la réponse à ces questions découle de l'exposé qui précède.
Ceci nous conduit tout naturellement à examiner la situation de notre parti, le Néo-Destour.
A partir de 1958, le Néo-Destour a commencé à se transfigurer, malheureusement pas dans le meilleur sens. La suppression du mode électif dans la désignation des cadres régionaux était la blessure grave qu'il a reçue et qui commença à menacer sa santé. En effet, plusieurs mois avant le Congrès de 1955, cette réforme a été introduite et appliquée, dissolvant les fédérations élues pour les remplacer dans chaque région par un délégué nommé par le sommet et muni des pleins pouvoirs.
C'était là une grave entorse faite d'une façon flagrante aux statuts du Parti dont les structures ne pouvaient être modifiées que par un Congrès régulier. C'est aussi un coup très sérieux porté à la démocratie au sein du Parti. Le Congrès de Sousse a été mis devant le fait accompli contre lequel il ne pouvait rien puisqu'il était lui-même préparé par ces délégués, c'est-à-dire que les congressistes étaient choisis par eux ou désignés avec leur bénédiction.
Puis ce fût, pendant longtemps, la longue succession de sanctions qui pleuvaient sur les militants au nom du bureau politique dont les membres n'étaient informés que le lendemain par les journaux. Ces militants sanctionnés n'avaient aucun recours, puisque le conseil de discipline prévu par les statuts n'a jamais, fonctionné et les intéressés n'étaient même pas entendus.
En 1964, ce fût le coup de grâce pour le Parti, toujours avant le Congrès (Bizerte) et pour le mettre, encore une fois, devant le fait accompli : on décida de remplacer les délégués par les, gouverneurs, chefs de région, qui devaient coiffer le Parti dans leurs provinces, chose qui ne s'est jamais vue dans ce qu'on peut appeler honnêtement un Parti.
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En plus, le Congrès se termine par des élections sans désigner les membres de son bureau politique qui seront nommés quelques jours après, non pas sur la base du scrutin mais selon d'autres critères. Et le bureau politique élargi, qu'on baptisa après coup comité central, comprend d'office les ministres. les gouverneurs, les directeurs d'administration et même les chefs de la police et de la garde nationale.
Le Parti devient alors, à tous les échelons, composé de simples citoyens qu'on peut qualifier de civils et de fonctionnaires d'autorité, donc de gens armés qui peuvent pour le moins intimider les premiers.
Comment alors s'étonner de la disparition de toute franchise au sein de ce parti dont l'inefficacité s'est révélée au grand jour lors de la découverte du complot de 1962 ? A cette occasion, tout le monde s'est trouvé surpris par l'évènement. Parti en tête. La conclusion à tirer et qui aurait dû être tirée, hélas immédiatement après le complot, est que le Parti en tant que tel n'existe plus.
On peut l'appeler appareil d'exécution, administration de propagande, tout ce que l'on veut, mais pas un parti au vrai sens du mot. Comment appeler Parti un corps inerte parce que sans âme qui l'anime. Il n'a aucune liberté de mouvement et, par conséquent, aucun moteur qui s'appelle la foi, il ne bouge que lorsqu'il est secoué d'en-haut. L'utilité de son existence même, dans l'état actuel où il se trouve, est fort contestable parce qu'il fait double emploi avec certains services gouvernementaux.
La discussion, au sein de ses instances et de celles de tous les organismes intermédiaires et de base, est devenue littéralement, impossible par suite de sa propre composition.
Est-il concevable qu'il y ait franchise et liberté d'expression dans une réunion groupant le simple citoyen et le fonctionnaire tout puissant qui le tient à sa merci et qui peut l'éloigner ou même l'emprisonner quand bon lui semble ?
Le même raisonnement est valable pour le bureau politique qui mérite qu'on s'y attarde un peu parce qu'il semble porter la responsabilité de cet état de choses.
[Page 23-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
Je commencerai par rendre hommage à la valeur et à l'intégrité de tous les camarades que j'ai connus au bureau politique en 1955. C'était une équipe entièrement dévouée au Parti et à l'intérêt général du pays et dont les unités, se complétant, constituaient un organe harmonieux et compétent dont le niveau ne le cédait en rien aux instances similaires des partis les plus modestes.
Si ce bureau politique avait continué à se réunir régulièrement et à discuter des grands problèmes du Parti et du pays nous n'en serions pas arrivés là aujourd'hui. Malheureusement, ces réunions ont commencé à s'espacer de plus en plus depuis la prise du pouvoir jusqu'à cesser presque entièrement.
Je parle des réunions du bureau politique au grand complet avec participation du secrétaire général et surtout du président, car ce sont celles-là et seulement celles-là où l'on prend les décisions. Or, ce genre de réunions peut se compter sur le bout des doigts et elles se tiennent presqu'exclusivement pour entériner un acte gouvernemental d'une grande gravité pris en dehors du Parti, ou pour exclure l'un de nos camarades, membre du bureau politique, en vertu du fameux article 16 qui permet aux membres du bureau politique de s'exclure mutuellement ou, pour mieux s'exprimer, permet au bureau politique de les exclure l'un après l'autre jusqu'à épuisement.
En plus de leur rareté, ces réunions ne comportaient ni procès-verbaux ni même ordre du jour, préétabli à telle enseigne que, dans la plupart des cas, on se trouve plusieurs camarades à nous interroger, à l'entrée, sur le ou les points à discuter, puisqu'on arrivait sans dossier, sans documentation préparée pour nous trouver dans la position très inconfortable où chacun est obligé d'improviser tant bien que mal sa contribution par des idées nouvelles.
C'est bien les raisons pour lesquelles le bureau politique n'a pas été à même de piler normalement le rôle qui lui est dévolu. Il est navrant et même extrêmement pénible d'écrire de pareilles vérités, mais il est nécessaire de revoir nos points faibles si nous avons la volonté et le désir de nous améliorer.
[Page 24-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
Toujours à propos du bureau politique, il faut reconnaître qu'il y a des consultations individuelles faites par le président. Mais ce système est vicié à la base, en ce sens que la consultation ne touche pas tous les membres du bureau politique et surtout qu'elle exclut la confrontation des idées, d'où les erreurs, les questions de personnes et la division au sein d'un organe composé à l'origine de camarades d'une même génération ayant vécu ensemble, lutté ensemble, souffert ensemble et vibré ensemble de la même façon : cette rupture de l'homogénéité de l'équipe s'est produite insensiblement mais effectivement et se corse par un autre élément, non moins déterminant, qu'on peut qualifier pour le moins d'anomalie et qui n'est autre que le cumul des responsabilités , celle de membre du bureau politique avec celle de ministre dans un régime présidentiel. En effet, comment admettre qu'un ministre, constitutionnellement responsable uniquement devant son président qui peut le renvoyer à tout moment, puisse tracer à ce président la politique qu'il doit suivre au gouvernement ? Comment peut-on tenir la double position de législateur et d'exécutant simultanément devant la même personne ? C'est là, l'une des aberrations des régimes présidentiels basés sur le système du Parti unique lequel doit, en principe, être la source de la politique gouvernementale.
Tous ces facteurs historiques, personnels et constitutionnels expliquent l'effacement, combien regrettable, du bureau politique en tant qu'organe et en tant qu'individus.
Sans incriminer personne, on peut affirmer, sans risque de se tromper que c'est cette situation tragique qui est à la base même de tout le mal dont souffre actuellement le pays, mal qui est dû à l'absence d'une force politique, en l'occurrence le Parti, capable, d'élaborer une politique cohérente et de la suivre dans l'exécution.
Car, en fait, le vide politique créé par l'absence de vie dans le Parti n'a été comblé ni par les organisations nationales, qui ont un caractère essentiellement professionnel, ni par l'existence d'institutions valables et efficaces.
Les quatre organisat ions nat ionales les plus importantes sont l'U.G.T.T., l'U.G.E.T , l'U.T.I.C.A. et l'U.N.A.T.
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Habib Bourguiba:
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23 avril 2009
Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (2)
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Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (2)
Le bilan que dresse Ahmed Tlili de la Tunisie en 1966 est catastrophique: injustices, corruption, répression des oppositions....
A la page 15 et 16 (exemple parmis tant d'autres) de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili, on y lit:
"A ces effectifs s'ajoute la contribution importante des fonds secrets de la Présidence, des Ministères de l'Intérieur et des Affaires Etrangères et autres sources y compris une partie des crédits de lutte contre le sous-développement utilisés par les Gouverneurs à des fins de renseignements. Mais cet appareil ainsi que les dépenses qu'il occasionne pèse très lourdement sur le petit pays qu'est le nôtre. Par l'activité qui en découle, il augmente le malaise d'un peuple qui a déjà prouvé sa capacité à se révolter contre un tel système et à le briser. Car, actuellement, tout citoyen, quelque soit son rang dans la société ou ses fonctions politiques, est étroitement surveillé par plusieurs polices qui s'affrontent dans une surenchère qui les oblige à inventer les renseignements. Les surveillances s'exercent de la façon la plus maladroite même dans les ministères sur les hommes politiques et sur les techniciens, dans les organisations nationales et même dans le Parti. A l'Université où les agents pullulent, on pousse le zèle jusqu'à charger les étudiants innocents, dans la proportion de 1 sur 10, de se surveiller les uns les autres et d'épier les faits et gestes de leurs professeurs, ouvrant ainsi de tristes perspectives pour notre jeunesse montante". (fin de l'extrait)
A la lumière de plusieurs documents rares et méconnus sur la Tunisie sous Habib Bourguiba, les questions se posent: L'Histoire de la Tunisie est-elle à réécrire car trop de mensonges? Qui assume la responsabilité politique de toutes ces injustices? La Tunisie sous Habib Bourguiba est-elle un Etat "moderne" ou un Etat "policier"? Quel est cet héritage de Habib Bourguiba aux Tunisiens? Libre à chacun de se faire un avis. Les faits demeurent têtus.

Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili. Imprimeries Réunies.Tunis-1988. Merci à Youssef Tlili -petit fils de feu Ahmed Tlili- qui à Tunis m'a donné ce document rare. Le Blog Sami Ben Abdallah publie sur plusieurs parties l'intégralité de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba écrite par feu Ahmed Tlili.
[Page 11-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
25 Janvier 1966
Au seuil de la dixième année d'indépendance et au moment, où le Peuple Tunisien traverse l'une des phases les plus critiques de son histoire, mon devoir me commande d'insister encore une fois auprès de vous pour demander de repenser, sans passion, la politique ou, plus exactement, les méthodes de gouvernement qui ont conduit la Tunisie à une situation si grave aujourd'hui qu'elle risque de devenir, dans un proche avenir, sans issue.
Conçu et rédigé dans le maximum de sérénité, le présent message n'a d'autre sens que celui de me permettre de continuer à contribuer, dans la mesure de mes modestes moyens, au salut de ce peuple pour lequel nous avons tant souffert ensemble et, en même temps, de tâcher d'éviter à votre noble et longue mission un échec que l'histoire ne manquera pas d'associer à votre nom,
Ce double souci s'explique à la fois par ma volônté de persévérer dans l'action en faveur de notre peuple, aux destinées duquel vous présidez maintenant et par la vieille amitié qui nous lie et qui m'incite à vous rappeler la phrase historique que vous avez prononcée, les larmes aux yeux, devant le Bureau Politique du Parti, le jour où vous avez été investi des responsabilités du Pouvoir : "La tâche qui m'attend est trop lourde pour que je puisse l'assumer sans votre concours : s'il m'arrive de me tromper, votre devoir est de me reprendre".
La même émotion, que je ressentais à l'époque, alors que j'écoutais attentivement ces propos, me saisit à l'instant
[Page 12-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
même où j'écris ces lignes pour vous convaincre des véritables réalités tunisiennes actuelles, des dangers qu'elles comportent et des solutions possibles, faciles à adopter dans l'immédiat, en vue d'y parer à temps.
Car le panorama de la vie publique tunisienne actuelle semble à l'observateur superficiel et même à certains dirigeants, caractérisé par quatre traits dominants :
- Un pouvoir fort exercé exclusivement par le Chef de l'Etat
- Une gestion saine et efficiente des affaires politiques, économiques et sociales,
- Une satisfaction générale marquée par l'approbation unanime de toutes les couches de la population,
- Et enfm, comme corollaire, la stabilité réelle et la confiance totale en l'avenir.
Or, ce ne sont là que des apparences cachant des réalités nettement différentes sinon contraires qui appellent un examen minutieux et objectif de la situation sous peine de se trouver un jour dépassé par les événements.
Le meilleur moyen d'arriver à une conclusion positive est de commencer par faire une courte rétrospective sur notre passé récent, pour en dégager les enseignements susceptibles de vous aider à trouver la solution du problème. Notre succès dans la phase de lutte pour la libération nationale est dû. en majeure partie, à deux constantes que nous n'avons jamais perdues de vue et qui ont toujours guidé notre action, à savoir :
1) Un régime qui s'impose à un peuple par la force et refuse de l'associer à la gestion de ses propres affaires est fatalement voué à l'échec. La meilleure preuve en a été fournie par notre propre accession à l'indépendance. Le peuple tunisien, qui est pourtant l'un des plus petits de la terre, est arrivé, parmi les premiers, à secouer la tutelle de l'une des plus grandes nations du monde, précisément parce que le régime du protectorat, qui lui avait été imposé par la force, s'obstinait à vouloir considérer indéfiniment le peuple tunisien comme mineur et lui refusait son droit naturel à se gouverner lui-même. Toute notre argumentation à l'époque tendait à démontrer le contraire parce que nous étions convaincus de la maturité de notre peuple et de son aptitude à assumer pleinement les responsabilités pu-
[Page 13-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
bliques, ce qui a été prouvé dans une première étape par sa victoire sur le régime du protectorat.
2) Aucun progrès notable ne peut être accompli sur le plan économique et social dans le cadre d'un système politique où le peuple, qui est le principal intéressé en la matière, n'a aucun droit de regard, c'est-à-dire ne participe pas au pouvoir de décision. C'est là, d'ailleurs, le différend essentiel qui nous opposait aux fractions de Tunisiens sincères qui nourrissaient la chimère de vouloir réaliser indirectement les aspirations populaires par la voie d'ceuvres économiques ou sociales, entreprises dans un contexte où l'Administration du pays et son contrôle leur échappaient totalement. Et c'est la raison pour laquelle toutes leurs tentatives ont successivement échoué l'une après l'autre, consacrant ainsi la justesse de nos vues qui donnaient la priorité à la prise du pouvoir par le peuple pour lui permettre de réaliser lui-même sa promotion dans les domaines où il se trouvait en retard.
Ce sont ces deux principes-clef qui ont présidé à la naissance du mouvement national au début du siècle d'où le nom du Parti et sa signification, ils ont été aussi à la base de la création du Néo-Destour, de sa force, de son dynamisme, de ses structures démocratiques ainsi que du regroupement autour de lui de toutes les forces saines, de la nation à une époque où, pendant très longtemps, ses véritables membres représentaient numériquement moins de 1% de la population, il a pu ainsi accomplir des miracles malgré l'existence d'adversaires nombreux et variés dont le plus irréductible était la coalition colonialiste.
Malheureusement, à partir de 1960 la valeur de ces deux principes a commencé à être négligée pour se trouver aujourd'hui complètement ignorée. Les conséquences de cette évolution ont été d'abord la baisse progressive de l'enthousiasme populaire aussi bien dans l'ensemble du pays qu'au sein même du PARTI, puis l'apathie, la résignation, le mécontentement diffus et enfin l'hostilité larvée quasi générale, donc la coupure réelle et effective entre le peuple et son régime.
A ce stade de la situation la confrontation des apparences trompeuses avec les réalités vraies s'impose comme une nécessité urgente et impérieuse si l'on veut éviter l'irréparable.
[Page 14-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
En effet, la presque totalité des tunisiens applaudit à peu près chaque jour en choeur, pendant que toute la presse et la radio chantent à longueur de journée les louanges du régime. Mais pris individuellement chacun critique en privé. Ces critiques très souvent fondées arrivent à se cristalliser autour de dénominateurs communs d'ordre politique, économique ou social pour provoquer périodiquement des réactions sporadiques telles que les manifestations spontanées de Djlass, Kairouan, Msaken ou Sidi Ali Raïs qui se terminent dans la répression souvent sanglante. Plus grave encore est l'action clandestine, incontrôlée et incontrôlable qui se traduit par la distribution de tracts, les inscriptions séditieuses sur les murs pour s'organiser progressivement en conspirations qui se trament dans l'ombre dont l'une a abouti au complot de 1962 qui a failli emporter tout le régime.
Parallèlement, se développe hors des frontières une autre opposition, non moins dangereuse, due au nombre toujours croissant de réfugiés politiques fuyant le pays, auxquels s'adjoignent les émigrés économiques qui n'arrivent pas à trouver d'emploi et constituent avec les premiers, un peu partout, des noyaux d'une opposition organisée mais animée par la seule hantise d'abattre le régime par la violence, toujours prête à utiliser tous les moyens dont elle peut disposer en faisant appel à l'aide étrangère quelle que soit sa forme ou son origine. Cette opposition extérieure se trouve par surcroît renforcée par un apport constant de travailleurs à l'étranger dont le mécontentement provient de leurs conditions de vie déplorables, aggravée par l'indifférence à leur égard des représentations diplomatiques de leur pays. Elle acquiert encore plus de consistance et surtout plus de conscience et d'organisation en contact et avec la participation d'éléments estudiantins déçus par la politique nationale de leur pays et décidés à rester à l'étranger au terme de leurs études.
L'ensemble de ces oppositions dues au mécontentement constitue, malgré leur apparente disparité, un facteur important de menace sérieuse. Il peut, par lui-même, si des circonstances propices se présentent renverser le régime. A défaut il peut provoquer, consciemment ou non, l'intervention, d'autres forces internes ou externes dont l'action, isolée ou conjuguée avec les premières citées risque fort d'être décisive pour déboucher sur un coup d'Etat qui entraîne le pays dans une ère où les
[Page 15-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
les dictateurs se succéderont interminablement compromettant la promotion du peuple.pour plusieurs générations.
Face. à ces dangers, sur quoi repose actuellement le régime ? Les forces vives de . la nation groupées au sein d'organisations populaires authentiques et bien structurées ont été, soit éliminées, soit transformées en simples instruments d'exécution. Une réaction populaire favorable à la défense du système actuel est donc à écarter. Même si on la suscitait et la conduisait à l'occasion pour défendre le régime, elle resterait sans effet parce que les structures démocratiques qui lui donnaient vie, dynamisme, foi et vitalité ont été toutes détruites pour céder la place à de véritables appareils administratifs dont les fonctionnaires nommés se bornent à une routine quotidienne parce que mûs uniquement par le mobile de l'intérêt personnel comme on va le voir un peu plus loin, ils réagiront exactement comme avaient réagi les fonctionnaires du régime colonial devant l'offensive du mouvement national.
Au demeurant, il est clair que le régime, pour se sauvegarder, semble de plus en plus compter sur d'autres moyens.
C'est ainsi que les effectifs de l'armée ont plus que doublé par rapport à ceux du temps du protectorat. La police a plus que triplé pendant que la garde nationale a presque quintuplé en comparaison avec l'ex-gendarmerie française.
A ces effectifs s'ajoute la contribution importante des fonds secrets de la Présidence, des Ministères de l'Intérieur et des Affaires Etrangères et autres sources y compris une partie des crédits de lutte contre le sous-développement utilisés par les Gouverneurs à des fins de renseignements.
Mais cet appareil ainsi que les dépenses qu'il occasionne pèse très lourdement sur le petit pays qu'est le nôtre. Par l'activité qui en découle, il augmente le malaise d'un peuple qui a déjà prouvé sa capacité à se révolter contre un tel système et à le briser. Car, actuellement, tout citoyen, quelque soit son rang dans la société ou ses fonctions politiques, est étroitement surveillé par plusieurs polices qui s'affrontent dans une surenchère qui les oblige à inventer les renseignements. Les surveillances s'exercent de la façon la plus maladroite même dans les
[Page 16-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
ministères sur les hommes politiques et sur les techniciens, dans les organisations nationales et même dans le Parti. A l'Université où les agents pullulent, on pousse le zèle jusqu'à charger les étudiants innocents, dans la proportion de 1 sur 10, de se surveiller les uns les autres et d'épier les faits et gestes de leurs professeurs, ouvrant ainsi de tristes perspectives pour notre jeunesse montante.
Dans les campagnes, les Gouverneurs omnipotents ont la haute main sur toute l'administration de la région, ils dictent leurs ordres indiscutables aux chefs de service locaux même aux techniciens auxquels ils se substituent en cas de besoin. Certains Gouverneurs se plaisent à entretenir cette guerre des polices et s'ingénient à créer la division parmi les populations en utilisant leurs propres réseaux de renseignements et en s'exerçant ainsi à développer leur habileté politique.
La pratique de ces méthodes policières qui n'ont aucun rapport avec la défense et la sécurité nationales, s'exerce contre les nationaux même à l'étranger et particulièrement en France, en Algérie et en Libye. La plus grande arme dans ce genre d'activité est le passeport auquel s'ajoute l'utilisation exagérée des fonds secrets. Le passeport est un droit constitutionnel dont bénéficie en principe chaque citoyen, il est souvent retiré ou refusé au gré des autorités administratives sur la base de faux renseignements fournis par les informateurs intéressés.
C'est ainsi que les étudiants, parfois voués à une carrière brillante dont le pays peut être bénéficiaire, se voient privés de leur passeport et empêchés de terminer leurs études commencées à l'étranger. Sur simple présomption, ils se trouvent ainsi brisés. Les victimes peuvent être des travailleurs qui perdent le gagne-pain de leurs familles à cause du retrait de leur passeport, à l'occasion du congé passé en Tunisie, parce qu'ils sont signalés comme n'étant pas orthodoxes par des agents sans scrupules.
Dans les trois pays sus-mentionnés, de véritables brigades de polices tunisiennes opèrent presqu'au grand jour, encadrant littéralement travailleurs, commerçants et étudiants. Ces derniers en souffrent le plus parce qu'ils sont non seule ment surveillés, mais aussi à cause de l'intervention constante de ces polices dans leurs affaires intérieures, intervention qui
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Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition (1)

Ahmed Tlili, la Tunisie en 1966 : injustices, corruption, répression des opposition
Le bilan que dresse Ahmed Tlili de la Tunisie en 1966 est catastrophique: injustices, corruption, répression des oppositions....
à la page 16 (exemple parmis tant d'autres) de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili, on y lit:
"La pratique de ces méthodes policières qui n'ont aucun rapport avec la défense et la sécurité nationales, s'exerce contre les nationaux même à l'étranger et particulièrement en France, en Algérie et en Libye. La plus grande arme dans ce genre d'activité est le passeport auquel s'ajoute l'utilisation exagérée des fonds secrets. Le passeport est un droit constitutionnel dont bénéficie en principe chaque citoyen, il est souvent retiré ou refusé au gré des autorités administratives sur la base de faux renseignements fournis par les informateurs intéressés" (fin de l'extrait).
A la lumière de plusieurs documents rares et méconnus sur la Tunisie sous Habib Bourguiba, les questions se posent: L'Histoire de la Tunisie est-elle à réécrire car trop de mensonges? Qui assume la responsabilité politique de toutes ces injustices? La Tunisie sous Habib Bourguiba est-elle un Etat "moderne" ou un Etat "policier"? Quel est cet héritage de Habib Bourguiba aux Tunisiens? Libre à chacun de se faire un avis. Les faits demeurent têtus.
Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili. Imprimeries Réunies.Tunis-1988. Merci à Youssef Tlili -petit fils de feu Ahmed Tlili- qui à Tunis m'a donné ce document rare. Le Blog Sami Ben Abdallah publie sur plusieurs parties l'intégralité de la Lettre ouverte à Habib Bourguiba écrite par feu Ahmed Tlili.
[Page 1-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
Présentation d'Ahmed Tlili par Habib Boularès ( Ancien ministre des affaires étrangères en 1990 et président de la Chambre des députés jusqu'à 1997)
Ahmed Tlili est mort le 29 juin 1967. Quelque temps plus tôt, le 25 janvier 1966, il a rédigé un véritable testament politique sous la forme d'une lettre adressée au Président Habib Bourguiba, Président de la République Tunisienne. Bien que le destinataire l'ait faite lire à quelques-uns de ses intimes, elle n'a jamais été rendue publique. Mis à part ce caractère de document inédit, ces pages constituent, par-delà la mort qui a frappé prématurément leur auteur, un message émouvant et un témoignage de première importance sur la lutte, d'abord sourde, puis ouverte, pour la démocratie en Tunisie. D'ailleurs Tlili envisageait, au cours des derniers mois de sa vie, de créer un autre parti qu'il se proposait d'appeler "l'Union des Démocrates".
Cependant, pour bien comprendre la portée de cette lettre, il faut la situer dans le contexte des rapports tumultueux d'Ahmed Tlili avec son Parti et sa Centrale syndicale. Il faut également revoir les étapes marquantes d'une vie passionnante et, à beaucoup d'égards, exemplaire. Certes, il n'eut point la célébrité d'un Guevara ; même pas celle de son ami et camarade de lutte Farhat Hached, leader incontesté du syndicalisme tunisien, assassiné le 5 décembre 1952 par l'organisation extrémiste "La Main Rouge" colonialiste. Mais combien d'hommes peuvent mesurer avec le même succès leur participation à la lutte directe des peuples tunisien, algérien et angolais ? Combien d'autres peuvent à la fois se prévaloir d'une part aussi active à la lutte armée, à l'action politique et à l'action syndicale? Il a manqué à T1i1i le côté théoricien du "Che" et la proue des mouvements occupée par Bourguiba et Hached, en Tunisie, et par d'autres, en Algérie ou en Angola. Aussi, s'était-il toujours
[Page 2-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
replié sur la discrétion, sorte de prolongement d'une clandestinité où il se complaisait, et qui constitue aujourd'hui la justification, à la fois, d'un destin hors pair et d'une méconnaissance injuste. Peut-être est-ce là le tribut d'une jeunesse difficile et d'une vie d'adulte passées dans la périphérie de la société et de l'action, là où les hommes n'ont d'autre issue, pour se hisser au niveau de leur destin, que celle qui les entraîne jusqu'au bout d'eux-mêmes ?
Intelligence précoce
Ahmed Tlili est né le 10 octobre 1916, à Ksar-Gafsa, dans une famille de cultivateurs ruinée. Son père avait déjà eu 7, enfants, mais le dernier-né, Ahmed, fut, l'unique enfant de sa mère. Cette solitude devait être renforcée. par le fait, qu'il n'eut même pas à connaître son père; mort prématurément. Ce, fut donc sa mère, d'une part, et son frère aîné, de l'autre, qui l'élevèrent. Mais les temps étaient diewilés à Ksar-Gafsa dans les, années 20. L'enfant eut à connaître les privations et même la faim.
Une intelligence précoce permit au jeune. Tlili de passer brillamment ses études primaire et d'entrer au collège Sadiki, à Tunis, en 1930, en pensionnaire .de la société de bienfaisance "El-Khairia". Malheureusement, 6 ans plus tard, il en fut exclu le démon de la politique l'ayant déjà signalé à l'attention de l'administration, pour ses activités nationalistes. Il arrivait pourtant au bout du tunnel qui allait lui permettre, à 20 ans, d'accéder à une autre vie, avec ce baccalauréat qu'il allait s'acharner en vain d'atteindre, au Lycée Carnot de Tunis, d'abord, et à Alger ensuite. Chaque fois, il retrouvait, l'administration coloniale vigilante lui barrant la, route.
Premier choc, première manifestation d'une volonté de vaincre, mais aussi premier contact avec l'Algérie, colonisée.Ne s'avouant pas vaincu, il dût pour vivre, se faire embaucher comme secrétaire chez un riche commerçant ; puis il s'établit, à son compte, écrivain public, il entra en relation avec les militants du Parti du Peuple Algérien, dont certains allaient devenir, plus tard, les chefs du FLN. Mais il dut vite déchanter : gravement malade, redoutant de mourir dans la solitude à 22 ans, il rentra à Ksar-Gafsa.
Quelques emplois précaires et puis le voilà instituteur.C'est alors qu'il adhéra au Néo-Destour. C'était en 1937, l'année
[Page 3-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
du 2e congrès que ce Parti, créé à partir de la scission de 1934,allait tenir, dans le souvenir de la première épreuve de deux ans que venaient de subir ses dirigeants et dans l'atmosphère équivoque créée par le Front Populaire en France.
Bientôt, l'équivoque allait se dissiper et l'administration coloniale revenir, avec la répression d'avril 1938, à ses méthodes plus traditionnelles. C'est alors dans cet état de léthargie où sombrait la Tunisie, que Tlili va quitter l'enseignement pour entrer aux PTT. Il y fit carrière et y trouva le domaine qui allait donner libre cours à son désir de lutter, il se mit à développer son activité politique et à entamer son action syndicale. Bénéficiant du réseau des PTT et de ses propres mutations (Redeyef ou Ksar Hellal entre autres) il étendit le champ de ses relations.
En 1943, grâce au renouveau que connût le Néo-Destour sous la direction du Dr Habib Thameur, les cellules reprenaient vie et Ahmed Viti prit la tête de celle de Gafsa. Mais l'enthousiasme fut, de courte durée. La bataille de Tunisie entre les Allemands et les Alliés allait éprouver durement le parti nationaliste par ses suites et il fallut, comme Sisyphe, reprendre tout à zéro. Toutefois, Gafsa, qui était un des champs de la bataille, bénéficiait d'un apport d'armes qui serviront plus tard aux fellaghas. En attendant, les cellules s'étaient reconstituées et Ahmed qui avait alors 29 ans, devint secrétaire général de la fédération de Gafsa, 1944-1945, vit également naître l'Union Générale Tunisienne de Travail (UGTT). La lutte fut donc pour l'implantation dans cette région minière, car les syndicats communistes y étaient solidement implantés. Mais Tlili déployait à partir des FIT, une grande activité fondée sur l'idéologie nationaliste, et c'est avec Farhat Hached qu'il réussit en 1946 à fonder l'Union Régionale de l'UGTT dont il devint également secrétaire général L'année suivante, tout naturellement, il fut élu membre de la commission administrative de UGTT.
Dès lors, son destin semblait avoir pris forme : chef syndicaliste et dirigeant politique de premier plan, solidement installés dans sa région natale, avec une place importante sur la scène nationale. De 1945 jusqu'à 1955 ( au moins), rien n'allait se faire, dans le sud-ouest de la Tunisie, sans Tlili.
Pourtant, c'est en 1949 qu'interviendra seulement la dernière mise au point du personnage, d'une façon qui allait le marquer définitivement : celle de la lutte armée.
[Page 4-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
En 1948, la guerre avait éclaté en Palestine. Les armées arabes régulières avaient franchi les frontières délimitées par le mandat britannique. Mais des volontaires d'Afrique du Nord étaient partis rejoindre le front. Parmi eux, des centaines de Tunisiens qui ne feront pas le coup de feu, faute de pouvoir arriver jusqu'au champ de bataille. Cependant, certains y étaient parvenus et avaient fait leurs armes. Quelques dizaines de ces volontaires rentrèrent au pays à partir de 1949, aguerris et auréolés du prestige du combattant.
Or, en septembre 1949, Bourguiba aussi était rentré d'un long exil volontaire qui avait commencé en 1945, avec Le Caire comme base.
Pour un homme tel qu'Ahmed Tlil si fiévreusement intelligent, tenant bien en main des syndicats et des cellules politiques, la stratégie adoptée par les Etats-majors de Tunis à l'époque était frustrante. La mise en place des réseaux d'action politique ouvrière, patronale, sociale et féministe que dirigeait le Néo-Destour depuis la guerre, sous la direction de Salah .Ben Youssef, prenait du temps, sans déboucher sur l'activisme. Echaudes par les répressions de 1934, 1938, 1939,1942 et 1944, les dirigeants du Néo-Des tour avaient élaboré une autre doctrine que celle des combats successifs. II s'agissait d'isoler l 'administrat ion du Protectorat par une kyrielle d'organisations de masse (parti, syndicats ouvriers, organisations de commerçants et d'artisans, d'agriculteurs, de femmes, de jeunes d'intellectuels...) gravitant autour du Néo-Destour qui, de son côté, opérait, dès 1947, un rapprochement spectaculaire du Palais Beylical et d'une façon générale de la grande bourgeoisie de Tunis. II s'agissait de bloquer le système du Protectorat en rendant impossible ou caduque toute ini t iat ive qui ne passerait pas par les nationalistes. Ou le Protectorat cédait ou l'épreuve de force se déclenchait mais avec un peuple bien mieux encadré qu'il ne le fut lors des épreuves précédentes. C'était , du moins, la théorie officiellement défendue à l'intérieur du Parti. Pour la mener à bien, cette stratégie supposait une solide structuration des organisations et une discipline à toute épreuve. Tout cela rendait le Parti méconnaissable à Bourguiba, qui ne retrouvait pas, à son retour, ces liens personnels qu'il privilégiait dans ses rapports avec tel ou tel militant dans les villes ou les campagnes. Des heurts eurent lieu entre lui et la direction du Parti, vite aplanis, mais laissant des traces indélébiles (puisque Bourguiba s'en souvient encore avec vivacité en 1974!).
[Page 5-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
LE PROMOTEUR DU COMTE NATIONAL DE IA RESISTANCE
Voilà, comment deux tempéraments, pourtant nettement différents (la suite allait le prouver), vont se rencontrer, s'estimer, et s'allier pour une action différente de celle de l'Etat- Major du Néo-Destour. Car c'est précisément de l'action dont il était épris que Tlili allait entretenir Bourguiba, chez lui, à Tunis, en cette fin de 1949 où ils se rencontraient pour la première fois. De cette entrevue et de celles qui la suivirent, allait naître le Comité National de la Résistance, dont Tiili se déclara plus tard le vrai promoteur. Qu'importe que l'idée vint de Tlili et la forme de Bourguiba, c'est ce comité de dix membres qui allait avoir la tâche combien difficile, et dans des conditions demeurées obscures, de préparer la lute armée du peuple tunisien.
Toute l'année 1950 allait se passer à la mise en place de ce comité clandestin, avec dix responsables de région, ayant chacun la charge d'organiser des groupes armés strictement cloisonnés ainsi que des dépôts d'armes. On épiloguera longtemps sur l'utilité réelle de ce comité et sur les suites que donnèrent à ce projet ses membres. Ahmed Tlili remplit, quant à lui, son contrat et bien au-delà de l'indépendance. En attendant, le voilà parti en 1951 au Caire, clandestinement, et à Milan, ouvertement, pour assister au 2 ème congrès de la CISL et enfin à Paris, en décembre.
Le voyage du Caire avait pour but de pallier la faiblesse des ressources financières accordées par le Néo-Destour au comité de la résistance : celui de Milan de permettre à Bourguiba e rencontrer Farhat Hached et les syndicalistes américains et nfin, celui de Paris, d'apprendre qu'avec la fin de non-recevoir pposée par le gouvernement français aux demandes 'autonomie interne de la Tunisie, le 15 décembre, l'heure de l'épreuve de force approchait.
Ce fut donc "La bataille décisive" déclenchée le 18 janvier 952. Ahmed Tlili était déjà rentré en Tunisie. Ses groupes rmés commençaient leur entraînement dans les montagnes e la région de Gafsa. Une erreur de la part de "ses" fellaghas allait rovoquer stupidement son arrestation le 13 février 1952. Toutefois, après bien des aléas, ses groupes avaient tenu le coup et s'étaient développés jusqu'en 1954. Quant à lui, au bout de dix ours d'interrogatoire serré, il fut transféré dans un camp où il demeura trois mois. Ensuite, accusé de complicité d'assassinat,
[Page 6-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
résidence surveillée durant six mois, il ne fut définitivement ibéré que le 12 juillet 1954.
C'est alors que lui et Taieb Méhiri, qui avait pris la direction des opérations, allaient pratiquement reconstituer le arti, passer au crible les militants éprouvés par la lutte, renouer les liens avec l'Etat-major politique détenu ou exilé, et fait peu connu) préparer une autre insurrection armée, au cas où les négociations entamées à partir d'août 1954 en vue de l'autonomie interne n'aboutiraient pas.
C'est au cours de cette même année 1954 que Tlili fut élu secrétaire général-adjoint de l'UGTT, membre du bureau exécutif et vice-président de la CISL. Ces qualités diverses lui permirent de voyager. Il se rendit à Genève où il rencontra les dirigeants du Néo-Destour en exil (Ben Youssef, Ladgham, 13ellahouane) et en France où il vit Bourguiba.
Les négociations traînaient La France exigeait le désarmement des fellaghas. Bourguiba accepta. Une commission fut créée à cet effet, en décembre 1954 et confiée, dans le Parti à Ahmed Tlili. C'est à partir de ce moment qu'il allait commencer à réaliser que le jeu de Bourguiba n'était pas aussi simple qu'il le croyait. La partie était éminemment délicate. D'un côté, les fellaghas qui ne voulaient pas rendre les armes, de l'autre Bourguiba acceptant publiquement l'opération, mais demandant en sous-main qu'elle ne se fit pas rapidement, pour ordonner, au bout de quelques temps, qu'elle eut lieu instantanément.
Enf in, tous les fel laghas, et même d'autres qui ne l'étaient pas avec l'amnistie accordée rentrèrent dans leur foyer : 2500 en tout, fellaghas, ravitailleurs recherchés par la police et même des militants qui n'avaient jamais fait le coup de feu, mais qu'on trouvait commode de faire monter au maquis, un jour, pour les faire bénéficier de l'amnitie. C'est dire qu'il fallait bien connaître son monde pour diriger une telle opération d'autant plus que l'insurrection commençait d'embrasser l'Algérie à partir du ler novembre 1954.
Le 1 er juin 1955, Bourguiba rentra en Tunisie. De tous les membres du directoire du Parti alors, seuls Méhiri et Tlili furent cooptés au bureau politique. Et c'est à partir d'octobre, le déclenchement de l'affaire youssefiste, au drame sanglant, Ahmed Tlili se rangea du côté de Bourguiba sans hésitation, mais déployant tous... les efforts pour éviter l'effusion de sang. Autant qu'il le put, il sauva de nombreux militants d'un côté ou de l'autre, mais en vit un certain nombre mourir dans cette
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il fut détenu à la prison civile de Tunisie, jusqu'en 1954. Placé en
lutte fratricide. IL reprit en main tous les fellaghas du sud et s'attela,dès lors, à la tâche du contact avec les Algériens. Au congrès de Sfax il fut élu membre du bureau politique.
1958 : l'indépendance de la Tunisie vit Tlili devenir maire de Gafsa et vice-président de l'assemblée constituante. Mais un conflit éclata au sein de l'UG7T dont il était secrétaire général-adjoint. Habib Achour avait provoqué une scission, encouragé par le Parti et fondé l'UTT. La concorde dans le monde syndicaliste ne peut se rétablir qu'avec l'éviction de Ben Salah en janvier 1957 et la dissolution de 17.11T. C'est Ahmed Tlili qui en fut l'artisan et il fut naturellement porté au secrétaire général de la centrale syndicale où il demeura jusqu'en 1963.
DEFENSEUR DES RECOMMANDATIONS DEMOCRATIQUES DU C.N.
De 1955 à 1962, sept ans durant et malgré ses charges écrasantes au Bureau Politique dont il était le trésorier, à l'assemblée constituante, puis à l'Assemblée Nationale, dont il était vice-président et à la tête de l'U.G.T.T. dont il était le secrétaire général. Ahmed Tlili fut le responsable tunisien des
affaires algériennes. Autrement dit, tout ce qui touchait au FLN et à l'ALN, du ravitaillement aux munitions, des communications à l'implantation des camps, des réfugiés aux dissidents (quelques règlements de comptes ne manquèrent pas d'avoir lieu, surtout au début entre des fractions FLN). Tlili s'en occupait pour le compte de la Tunisie. Certes, Bourguiba, en politique,
et Méhiri, au Ministère de l'Intérieur, avaient la haute main sur tout, mais l'interlocuteur des Algériens était Tlili.
Cette tache, qui l'exaltait et qui donnait à son combat la dimens ion dont il rêvait lorsqu'il préparait en 1950 l'insurrection tunisienne, était pour lui le meilleur des ressorts.Jamais il n'avait si peu dormi, ni fourni autant d'efforts.
C'est dire qu'il était tout naturel de le voir désigné, en 1961, responsable du front saharien, lorsque la bataille de l'évacuation, plus connue sous le nom de bataille de Bizerte, eut lieu en juillet. C'est lui qui prit la responsabilité de l'armement des anciens fellaghas, dont certains moururent au front (comme
Mosbah Jarbouaà) et assura la coordination politique avec l'armée régulière. Les Angolais décident-ils de déclencher à leur tour leur insurrection ? toujours lui, prit en charge l'aide
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tunisienne qui leur fut dispensée bien avant tout le monde et ne cessa jamais.
Et pourtant. les problèmes qu'il analyse dans cette lettre de 1966 se posaient déjà à lui. Pourtant, le problème qui allait provoquer son éviction du secrétariat général de l'UGTT était également là.
A la lumière de quelques confidences faites à des amis et surtout de l'entretien inédit qu'il a accordé, plus tard, à un chercheur pakistanais, on peut, toute réflexion faite, situer son différent avec Bourguiba autour de 1958.
Jusqu'à 1955, Tlili n'avait pas beaucoup connu Bourguiba.Certes, nous avons rappelé les conditions de leur rencontre de 1949 et leurs voyages au Caire et à Milan en 1951. Mais ce fut après le retour du Chef du Néo-Destour, en 1955, que Tlili eut à le fréquenter tous les jours et à découvrir le person- nage. Pourtant, les indices n'avaient pas manqué : cette même année, lui -même, étai t coopté au Bureau Politique et Ben Youssef exclu du Parti, tout Secrétaire Général,qu'il était : deux actes bien caractéristiques de ces décisions arbitraires qu'il dénonce dans sa lettre et qui ont jalonné La carrière de Bourguiba. Les circonstances exceptionnelles que traversait la Tunisie voilaient, alors, aux yeux de Tlili, la véritable signification du geste du point de vue de la personnalité du chef.
Or, en 1958, mettant à profit la mobilisation pour l'évacuation des troupes françaises à la suite du bombardement de Sakiet Sidi Youssef, en février, Bourguiba prit la décision de dissoudre les fédérations élues du Néo-Destour et leur remplacement par des "délégués du Bureau Politique", désignés et
engagés comme fonctionnaires par le Parti . Le coup était d'autant plus dur pour tous ceux qui étaient attachés aux traditions du Parti, que toute contestation, dans cette ambiance de mobilisation, risquait d'apparaître comme une trahison. Ceux qui n'acceptèrent pas la décision se sont purement et silencieusement retirés de l'arène politique.
Pour Tlili, ce fut, comme il le déclara plus tard, "une révélation".Il demeura au Bureau Politique, mais commença à regarder de plus près les décisions présidentielles. Cet acte (qui ne fut rapporté qu'au Congrès de Bizerte en 1964) joint au rôle équivoque joué par le Parti dans l'affaire de l'UGTT/UTT,
en 1956- 1957, fit prendre conscience à Tilt qu'il n'avait été jusqu'à cette année que le jouet d'une volonté de despotisme, à peine voilée. Dès lors, il refusa de jouer le jeu et décida d'user des prérogatives que lui conféraient ses différentes charges pour
[Page 9-Lettre à Habib Bourguiba par Ahmed Tlili-Tunis-1988]
contrecarrer ce qu'il appelait déjà la dictature. Les heurts ne tardèrent pas à avoir lieu. Dès 1959, l'UGTT proposa d'adhérer en bloc au Néo-Destour, mais le 6e Congrès du Parti, réuni à Sousse, rejeta la proposition. L'idée de cellules professionnelles, déjà lancée, faisait son chemin et pesait comme une menace sur la centrale syndicale.
En 1960, c'est l'UGTT qui tenait son Congrès et le différend éclata au grand jour à propos de la politique économique. Le programme des syndicats prévoyait la création de coopératives ouvrières, l'encouragement aux petites et moyennes entreprises privées d'industries de transformation employant
une main-d'oeuvre nombreuse et enfin une banque de soutien à ces projets populaires. Or, c'était l'année où le gouvernement commençait à penser à un plan de développement, et tout projet venant des syndicats ne pouvait que rappeler à Bourguiba l'incident avec Ben Salah en 1956 et avoir un certain parfum "gauchiste". C'était d'autant plus "gênant" qu'il avait placé Ben Salah à la tête des affaires sociales et que, cette même année, il al lait lui confier le Département des Finances que Mestiri quittait pour l'ambassade de Tunisie à Moscou.
L'initiative de l 'UGTT ne pouvait alors apparaître à Bourguiba que comme une surenchère ou, mieux, une mise en demeure. Dès lors, le sort de Tlilt était scellé. Toutefois, il était difficile de l'écarter dans ce congrès. Le suivant, en 1963, fut mis à profit pour cette fin. Mais déjà, l'idée des cellules professionnelles du Parti était relancée et sa mise en oeuvre permettra de faire le décompte des gens qui pouvaient servir cette nouvelle cause. En attendant, l'année 1961 fut l'année de Bizerte et 1962 vit le lancement du premier pian (pré-plan triennal 19621964). Tous les projets économiques de l'UGTT étaient gelés. Mis à part l'intermède héroïque de 1961, les rapports au sein du Bureau Politique étaient souvent difficiles entre Bourguiba et Tlili, surtout que Ben Salah fut à son tour coopté et que le Président ne manquera aucune occasion d'opposer les deux hommes.
Habib Boularès
Lire aussi:
La Tunisie sous Habib Bourguiba
Etat "moderne" ou Etat "policier"?
Extrait de l'article du Monde Diplomatique- 1975
Ombres chiliennes
Etat policier ? Certains hésitent, qui répètent, comme pour se rassurer, que « ce n’est pas le Chili ». Sans, doute. Etrange raisonnement qui consiste à se réjouir qu’il n’y ait pas de camps, au lieu de s’indigner qu’on jette au bagne de Borj-Roumi les opposants politiques. Peur des mots, puissance des mythes (la « douceur de vivre » de Sidi-Bou-Saïd) ? Mais d’un pays où la notion de droit n’existe pas, où le citoyen ne dispose d’aucun recours ni d’aucune garantie, où l’abus de pouvoir est érigé en principe de gouvernement, où l’on torture, que dire, sinon, précisément, qu’il n’est pas démocratique ?
Mais par quelle légèreté a-t-on jamais cru qu’il l’était ? Dès 1956, le régime n’hésite pas à liquider les opposants : l’armée ratisse le Sud, où se cachent des partisans de Salah Ben Youssef, tandis que, sous la conduite du député Béchir Zarg El Ayoun, des hommes de main assassinent à Zurich, en 1961, le rival de Bourguiba. Bourguiba lui-même a récemment raconté, dans un discours télévisé, tous les détails de l’exécution, et décoré les assassins, qui n’ont fait que « rendre justice ».
En 1963, des militaires, impliqués dans un complot, sont arrêtés et fusillés ; c’est l’occasion, pour le pouvoir, d’interdire le parti communiste et de pourchasser ses militants (retrait de passeport, perte d’emploi, mise en résidence surveillée). En 1965, d’autres progressistes sont emprisonnés ; mais c’est à partir de 1967, quand grèves ouvrières et contestation étudiante troublent l’ordre établi, que la répression s’intensifie : depuis cette date, on relève près de trente procès politiques. Par groupes de quarante, soixante, parfois deux cents (août 1974), ouvriers, étudiants, paysans ou employés sont envoyés devant la Cour de sûreté de l’Etat, et lourdement condamnés. Près d’un millier de personnes l’ont été jusqu’à présent ; d’autres attendent d’être jugées.(Lire:la naissance de l'Extrême gauche et du mouvement des droits de l'Homme en Tunisie,Génération Perspectives.Cliquez ICI) et (La naissance de l’extrême gauche et du mouvement des Droits de l'Homme, Génération Perspectives.Cliquez ICI)
De nombreux rapports d’avocats en font foi : qu’ils s’agisse des témoignages de Me Roland Kaufman, mandaté à Tunis par la Ligue suisse des droits de l’homme, de Me Moritz Leuenberger, au nom de la Fédération internationale des droits de l’homme, de Me Ch. Bouchet, pour l’Association internationale des juristes démocrates, ou de Me J.-J. de Félice, refoulé dès son arrivée, tous dénoncent la parodie de justice qu’ils ont pu observer.
Généralement inculpés d’appartenance à une organisation illégale (le plus souvent, « Perspectives », d’extrême gauche), d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de diffusion de fausses nouvelles et d’incitation à la rébellion, les accusés n’ont, en réalité, commis qu’un seul crime : exprimer à voix haute, ou par écrit, des opinions contraires aux positions officielles.Lire aussi:Le cinéma de Nouri Bouzid et le syndrome autoritaire en Tunisie.Cliquez ICI
Détenus plusieurs mois par la police – il n’y a pas de délai légal de garde à vue -, torturés, défendus par des avocats qui ne prennent connaissance du dossier que vingt-quatre ou quarante-huit heures à l’avance, ils sont condamnés avant d’être entendus. Envoyés – les plus durs – au bagne de Borj-Roumi, près de Bizerte, où les conditions de détention sont telles (cellules à 20 mètres sous terre, nourriture putréfiée) qu’ils sont tous atteints de maladies, ou jetés en prison, ils peuvent parfois être graciés – à condition d’écrire au président de la République une lettre de pardon ; la plupart s’y refusent.
Interrogé sur les conditions de détention des « politiques » (« Mais il n’y a pas de détenus politiques ! »), et les tortures qu’ils ont subies, Tahar Belkhodja, le ministre de l’intérieur, ne refuse pas de répondre : il nie. En bloc et systématiquement. Avec l’assurance de l’homme fort – n’est-il pas l’un des protégés de la présidente ? – et arrivé. Vêtu d’un costume bleu ciel orné d’une pochette blanche, portant beau, une cravate bariolée à grosses fleurs, le visage carré, l’œil rapide, il paraît à l’aise dans son rôle.
Des « campagnes mensongères »
Les quelques mois qu’il a passés en prison à l’époque où, directeur de la Sûreté, il « fichait » tous les ministres, lui ont peut-être laissé des traces, mais pas de souvenirs : s’étonnant qu’un journal « sérieux » prête attention à des « ragots », le ministre ne voit dans nos questions que l’« écho de campagnes mensongères ». Lui rappelons-nous qu’une organisation aussi pondérée qu’Amnesty International a porté la Tunisie – comme le Chili – sur la liste des gouvernements tortionnaires, Tahar Belkhodja repousse d’un geste méprisant cette accusation : « Amnesty International ? On sait ce que c’est. Des individus qu’on recrute, ici et là, sur on ne sait quels critères, et qui écrivent n’importe quoi. »
C’est aussi, d’après le ministre, ce que font les avocats – « ces étrangers, qui débarquent en pleine audience sans s’annoncer, portent atteinte à notre indépendance et s’étonnent d’être expulsés » – et les médecins. L’un d’eux, pourtant, a examiné M. Cantal-Dupart, expert de l’UNESCO, torturé dans les locaux de la D.S.T., puis dans des villas spécialisées, Mabrouk-I et Mabrouk-II, à quelques kilomètres de la capitale. Mme Maria Heichert porte encore, elle aussi, des traces de sévices : « Allons donc! s’exclame le ministre. Une fois à l’étranger, ces gens-là racontent ce qu’ils veulent ; ils jouent aux martyrs. »
Tahar Belkhodja, néanmoins, ne nie pas explicitement l’existence des tortures : « Nous n’en avons pas besoin, répond-il. Ceux que nous arrêtons sont généralement d’un haut niveau intellectuel ; nos inspecteurs sont licenciés en droit. Nous avons, dans ce bureau même, de longs débats d’idées. » Est-ce au cours d’une « discussion », dans ce bureau décoré de glaïeuls rouges et d’une tapisserie en soie, que notre ami Khaled s’est, par mégarde, brûlé les pieds à l’acide sulfurique, au point que, trois ans plus tard, il souffre encore en marchant ? « Oubliez ces histoires, nous dit le ministre. Quand on parle de l’intérieur, on pense toujours à la police. Mais la police, c’est presque notre dernier souci ! Le ministère s’occupe des gouvernorats, des délégations, des mairies – bref, de toute l’administration du pays. »
La contestation étudiante, où le ministre de l’éducation ne voit qu’une « excitation », connaît actuellement une pause ; mais aux revendications qui l’entretiennent depuis 1966, et qui subsistent – élections libres à toutes les instances de l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET), respect des libertés, participation aux commissions d’élaboration des programmes, – s’ajoutent de nouvelles raisons de mécontentement : sélection plus dure, « élection » d’un bureau syndical, au mois d’août, aussi peu représentatif que le précédent. Il est probable – les responsables s’y attendent – que l’année scolaire connaîtra une certaine « excitation ».
Persistera-t-elle en milieu lycéen ? Des centaines d’élèves – à Kairouan, au Kef, à Jendouba et à Djébéniana – ont été renvoyés de leurs lycées en 1975 ; quelques dizaines ont été arrêtés, quelques-uns condamnés à la prison ferme.
Cette « agitation » ne laisse pas indifférente la population. Souvent indignée par la violence des matraquages policiers – les BOP (Brigades de l’ordre public) se recrutent parmi les ex-« enfants de Bourguiba », orphelins élevés dans des institutions de charité, et entièrement dévoués à leur « père » -, de simples gens n’hésitent pas à cacher des jeunes que la police poursuit. Bien des familles sont également touchées par la suppression d’une bourse qui les faisait vivre, et constatent, en rendant visite à leur fils de dix-huit ans, que les prisons n’accueillent pas que des truands. Derrière l’image pâlissante du leader, les citoyens découvrent peu à peu la réalité de l’Etat et, dans les filigranes d’un sourire qui s’estompe, la sombre menace de la répression.
La situation en Tunisie
Le monde Diplomatique, Janvier 1976. Source, le CD contenant les archives du Monde Diplo depuis 1973.SBA vous recommande d’acheter ce CD qui coûte 45€. ICI.
La distribution du numéro de décembre 1975 du Monde diplomatique, qui comportait un reportage sur « La Tunisie, vingt ans après », a été interdite dans ce pays. En revanche, l’article nous a valu de la part de Tunisiens vivant en Europe occidentale, de nombreuses lettres d’approbation auxquelles nous regrettons de ne pouvoir répondre individuellement.
D’autre part, le reportage citant les propos du ministre tunisien de l’intérieur mettant en doute les rapports d’Amnesty International sur la répression, les représentants de cette organisation en Allemagne fédérale nous ont envoyé le télégramme suivant :
A la suite de votre reportage sur la Tunisie, Amnesty International élève une énergique protestation contre les propos inconsistants du ministre tunisien de l’intérieur à l’égard de notre organisation.
Au vu de l’expérience que nous avons eue avec de nombreux détenus politiques tunisiens, nous vous assurons de la convergence des conclusions de votre reportage avec nos propres enquêtes sur la Tunisie.
L’article qui a provoqué la colère de l’ancien Ministre de l’Intérieur:Cliquez ICI
14:09 Publié dans Des documents à télécharger, La présidence à vie sous le Président Bourguiba, La répression de l’opposition en Tunisie, La Tunisie sous le Président Habib Bourguiba, La Tunisie sous le protectorat français, Le culte de la personnalité sous Bourguiba, Les procès politiques sous le Président Bourguiba, Tunisie, ces Ministres qui ne se rappellent plus d, Tunisie, les falleghas, ces oubliés de l’Histoire, Tunisie, les idéaux de l’indépendance trahis, Un livre à lire, Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ahmed tlili
16 mars 2009
La lourde responsabilité historique du PSD-Parti Socialiste Destourien dans la répression des Tunisiens
"Depuis 1955, et au moment du conflit Bourguiba-Ben Youssef, ont été mis en place des « comités de vigilance » qui seront légalisés quelques mois après leur constitution de fait par un arrêté du Ministre de l’Intérieur(…). « Un embryon de police politique prend forme avec l’organisation de comités de vigilance destouriens, légalisés sous l’autorité du ministre de l’Intérieur » (J.Bessis). « Ces comités ne sont rien d’autre qu’une milice politique, une milice néodestourienne », commente L’Avenir de la Tunisie (du 4 au 10 mai 1956). La constitution de tels comités a pour objectif de «rétablir l’ordre et de rechercher les auteurs des crimes et délits ». Fait bizarre quand on sait que la police, à laquelle incombe traditionnellement cette fonction, est et ne relève que de la seule autorité du gouvernement tunisien. D’où le commentaire du même hebdomadaire : « En réalité, le but poursuivi est évident. Ces comités se sont donné comme tâche de rechercher, intimider, pourchasser et même arrêter tout homme dont l’action peut être considérée comme gênante par le parti au pouvoir ».


Ces comités, selon Mohamed Dhifallah, existaient également dans tout le pays et étaient animés également par Amor Chéchia dont le centre était situé à Sidi Ben Aïssa, à Béni Khalled, et aussi par Zarg-el-ayoun, Hassen Ben Abdelaziz, Hassen el Ouertani …Ces comités disposaient de voitures sur lesquelles était inscrit le nom de tel caïd. Ils opéraient en plein jour, devant tout le monde. Dans ces centres, on torturait et des yousséfistes ont disparu. Ceux qui ont quitté ce lieu, indemnes, sont peu nombreux.Noura Borsali,20-04-2006- REALITES
Les deux premières manifestations de la Tunisie indépendante
La première manifestation a eu lieu, le 17 janvier 1961, à Kairouan, contre la mutation à El Hama, pour « motif de discipline », de Cheikh Abderrahmane Khlif, imam et membre de l’enseignement traditionnel religieux. Cheikh Khlif faisait ce qu’on appelle el emla (c’est-à-dire apprenait à, d’autres auditeurs, la récitation du coran) à la mosquée Okba ibn Nafaa. Il a fustigé, dans ses prêches, la politique religieuse du gouvernement et notamment la position de Bourguiba sur le jeûne, formulée particulièrement dans son discours de février 1960. Une autre raison a été également à l’origine de cette manifestation : il s’agit du tournage d’un film dans une mosquée, ce qui a été considéré comme une « profanation » par « une population attachée à ses rites traditionnels, longtemps immuables », note Tribune du progrès (no3, février 1961). Cette manifestation avait pour causes la réforme de l’enseignement et la marginalisation de l’enseignement religieux. Les manifestants scandaient des slogans comme « Allah Akbar, il ne partira pas ! ».
La protestation «s’amplifia et tourna au tragique. Des actes de violence furent commis, la maison du gouverneur saccagé et une voiture incendiée. Des coups de feu furent tirés et laissèrent cinq morts dont un garde national », écrit-on encore dans l’éditorial du mensuel Ttibune du progrès qui, tout en déplorant que la manifestation ait « cédé à la violence », souligne qu’ « il reste que des coups de feu ont été tirés et qu’une manifestation, quel qu’en soient les motifs, qu’on les approuve ou non, s’est soldée par tant de morts et de blessés . Ce fait est plus que regrettable. Il est inadmissible dans la Tunisie indépendante ».
Le pouvoir a considéré cette manifestation comme étant dirigée contre son autorité. Il y eut donc cinq morts et des blessés aussi bien parmi la foule que parmi les forces de police. Cheikh Khlif ainsi que 137 co-inculpés ont été condamnés de lourdes peines de prison avant d’être libérés quelque temps après. Bourguiba, dans son discours du 8 février 1961, a dit à propos du Cheikh Khlif : « Celui qu’on veut retenir est Abderrahmane Khlif ? Mais le nom de cet instituteur est lié à une formule religieuse. En clair, cela veut dire que la foule prend fait et cause pour la religion et pour A.K. et que si A.K. quitte Kairouan, son départ marque la fin de la religion musulmane dans cette ville (…). ».
Selon Tribune du progrès , « ce n’est pas la première fois que l’on cède, à Kairouan, à la tentation de la violence. On se rappelle qu’il y a plus de quatre mois, des paysans de la région se virent répondre par des coups de feu et laissèrent deux morts sur le terrain : ils s’opposaient à la remise à un nouveau propriétaire d’une terre leur appartenant et dont les avait spoliés le colonialisme ». Et le mensuel de conclure : « Il faudrait faire revivre et élargir la démocratie, associer la population à la gestion démocratique de ses affaires, revoir la concentration des pouvoirs entre les mains des gouverneurs, faire en sorte que les organisations nationales ne soient pas dirigées d’en haut (…). Avec cette exigence préalable : donner des instructions formelles pour interdire à quiconque de faire tirer sur la population et extirper ainsi la tentation de résoudre les problèmes par la violence et la répression ».
La deuxième manifestation (la première à Tunis) a eu lieu dans la capitale le 21 février 1961, Journée Internationale de Solidarité avec la lutte anticolonialiste, qui commémore l’assassinat dès l’année 1946, sous les balles des colonialistes, d’étudiants égyptiens, indiens et autres. Chaque année, cette date est célébrée par les étudiants de tous les pays. Ce 21 février 1961, l’UGET, en collaboration avec l’UGEMA (Union Générale des Etudiants Musulmans d’Algérie) avait décidé de commémorer cette journée anticolonialiste en organisant un grand meeting à la Bourse du travail, à Tunis. Mais, cette célébration ne s’est pas passée dans le calme. Des étudiants ont demandé au Bureau exécutif de l’UGET d’organiser une manifestation devant l’ambassade belge en guise de protestation contre l’assassinat du Congolais Patrice Lumumba qui eut lieu une semaine auparavant, le 13 février et contre lequel s’est élevée l’UGET en envoyant un télégramme de protestation à Hammarksjoeld. Le Bureau n’a pas pu obtenir d’autorisation et, de ce fait, la manifestation, qui se voulait pacifique, fut interdite par les autorités.
Le BE de l’UGET, présidé par Mohamed Sayah a, par ailleurs, décidé que le meeting soit également ouvert à la jeunesse destourienne (à la tête de laquelle figurait Hassib Ben Ammar) et au Comité de Liaison des Etudiants Destouriens et consacrée pas seulement à Lumumba mais aussi et surtout à la question algérienne. « Ce qui fut accepté », note la déclaration de la C.A. Cette réunion devenue une manifestation destourienne s’est donc déroulée à la Bourse de travail.. Mais l’interdiction de la manifestation anticolonialiste a suscité le désarroi des étudiants. Et des incidents ont éclaté dans et devant la salle investie par des éléments non étudiants, entre des étudiants de la Faculté des sciences ayant rejoint en retard le meeting et la jeunesse destourienne chargée d’assurer l’ordre.
Cette dernière, aidée par des civils, « n’a pas hésité à molester quelques étudiants et à se livrer à des actes de violence » (Déclaration). La police arrêta non pas les agresseurs mais trois étudiants dont un membre du BE qui furent relâchés par la suite. Les étudiants mécontents, empêchés de manifester et dispersés dans la rue par la police, ont rejoint le local de l’UGET pour s’y réunir. La Commission Administrative de la Centrale estudiantine, réunie en session extraordinaire les 4, 5, 6 et 7 mars, a condamné, dans une motion, l’utilisation de la force par la police civile. Cet incident a suscité une polémique autour de la démocratie demeurée « formelle et décorative ». Tandis que Tribune du Progrès (no 4, mars 1961), a estimé que « certains responsables doivent réviser leur conception de l’intérêt général de la Nation qui n’exclut pas l’autonomie des organisations nationales », Hassib Ben Ammar, à la tête de la Jeunesse Destourienne, a considéré que « Les jeunes de Tunisie sauront demeurer unis parce qu’ils ont une conscience claire de l’importance de leur mission ». Et Charles Debbasch de commenter : « L’impératif d’unité est ainsi réaffirmé au détriment des opposants ».
Les Comités de vigilance
Depuis 1955, et au moment du conflit Bourguiba-Ben Youssef, ont été mis en place des « comités de vigilance » qui seront légalisés quelques mois après leur constitution de fait par un arrêté du Ministre de l’Intérieur qui annonce que « des comités de vigilance peuvent être constitués dans les villes du Royaume » (Décret du 31 mars, publié dans le J.O.T du 27 avril 1956) et qui prend effet à partir du 1er février. « Un embryon de police politique prend forme avec l’organisation de comités de vigilance destouriens, légalisés sous l’autorité du ministre de l’Intérieur » (J.Bessis). « Ces comités ne sont rien d’autre qu’une milice politique, une milice néodestourienne », commente L’Avenir de la Tunisie (du 4 au 10 mai 1956). La constitution de tels comités a pour objectif de « rétablir l’ordre et de rechercher les auteurs des crimes et délits ». Fait bizarre quand on sait que la police, à laquelle incombe traditionnellement cette fonction, est tunisifiée (décret beylical du 31 mars portant nomination de dix commissaires de police tunisiens et négociations (Mongi Slim) à Paris, le 4 avril, sur la
sécurité publique en Tunisie) et ne relève que de la seule autorité du gouvernement tunisien. D’où le commentaire du même hebdomadaire : « En réalité, le but poursuivi est évident. Ces comités se sont donné comme tâche de rechercher, intimider, pourchasser et même arrêter tout homme dont l’action peut être considérée comme gênante par le parti au pouvoir ». Pour preuves : l’agression de Belhassen Khiari à Moularès ainsi que l’arrestation de Ali Tlili et d’autres militants syndicalistes. Ces comités, selon Mohamed Dhifallah, comprenaient en leur sein des fellaghas comme Lazhar Chraïti, Sassi Lassoued ou Sassi Bouyahyia etc…qui ont, en quelque sorte, retourné leurs armes contre les leurs ralliés au camp yousséfiste.
Cheikh Hassen el Ayadi, qui était caïd, est associé au sinistre
sabat edhlem dans la médina de Tunis où l’on a réprimé les yousséfistes et qui représentait comme une sorte de tribunal où l’on intimidait, torturait et condamnait les partisans de Ben Youssef après la rupture de septembre 1955. Ces comités, selon Mohamed Dhifallah, existaient également dans tout le pays et étaient animés également par Amor Chéchia dont le centre était situé à Sidi Ben Aïssa, à Béni Khalled, et aussi par Zarg-el-ayoun, Hassen Ben Abdelaziz, Hassen el Ouertani …Ces comités disposaient de voitures sur lesquelles était inscrit le nom de tel caïd. Ils opéraient en plein jour, devant tout le monde. Dans ces centres, on torturait et des yousséfistes ont disparu. Ceux qui ont quitté ce lieu, indemnes, sont peu nombreux.
Hassen el Ayadi a évoqué sabat edhlem et aussi le centre de Sidi Ben Aïssa dans ses Mémoires qui n’ont pas été édités. Toujours, selon notre historien, Mohamed Dhifallah, l’ancien fellagha avait une relation étroite avec Saïda Sassi qui l’a aidé à regagner le Djebel en 1952-53. Il sera jugé, en mai 1963, dans la foulée des procès qui ont suivi le complot (et qu’on a appelés : mouhakemet dhouyoul al mou’amara ), condamné à mort et exécuté. Le quotidien Es-sabah a rendu compte de tous ces procès. « La création d’une milice politique, l’institution d’une juridiction d’exception pour les délits politiques, démontre une dangereuse tendance à l’étouffement démocratique », note le journal du PCT. Une campagne contre ces comités est organisée par les formations politiques autres que le Néo-Destour comme le PCT, les Archéo-Destouriens et la presse proche de Ben Youssef. En juillet 1956, le gouvernement décide la dissolution des « comités de vigilance », « inadmissibles après le transfert de la police sous l’autorité du gouvernement tunisien ». Rappelons que ces comités se sont attaqués aux partisans de Ben Youssef qui, rentré au pays le 13 septembre 1955, le quittera clandestinement le 26 janvier 1956. « Pour réduire ses partisans, particulièrement actifs dans le Sud, les Tunisiens demandèrent et obtinrent le concours de l’armée française. Ces opérations se déroulèrent dans le courant du mois de mars (1956) au moment où l’histoire politique tunisienne connaissait de nouvelles évolutions ”, écrit J-F Martin dans « La Tunisie de Ferry à Bourguiba » (L’Harmattan, 1993).
Institution de la Haute Cour
En remplacement de la Cour criminelle spéciale créée le 28 janvier 1956, le gouvernement a institué, le 19 avril 1956, une Haute Cour de justice (HCJ), dite communément el mahkama echaibia (« tribunal populaire ») dont l’objectif est de « réprimer les crimes odieux ». Il s’agit d’une juridiction d’exception comprenant sept membres : un président désigné par décret par le Conseil des ministres et six jurés nommés par décret par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). « Cette Haute Cour, émanation donc du gouvernement et de l’Assemblée, n’est pas, écrit-on, compatible avec le programme électoral du Front National qui s’est prononcé pour « le principe de la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ». Sa compétence est en fait illimitée. Elle englobe les délits de presse, tels que « l’offense directe ou indirecte aux ministres ou la publication de « nouvelles fausses ». Elle s’étend à « tous actes portant atteinte aux intérêts supérieurs de la patrie ». « Cette formule générale signifie qu’une grève gratifiée pour les besoins de la cause « d’entrave à la liberté du travail » pourra éventuellement relever de cette juridiction d’exception, si celle-ci considère qu’il y a « atteinte aux intérêts supérieurs de la patrie ». Ses arrêts sont immédiatement exécutoires. Ils ne peuvent être attaqués ni par voie d’appel, ni par pourvoi en cassation. Les condamnés à mort ne peuvent pas être graciés par S.A. le Bey.
Le décret instituant cette juridiction n’a été soumis ni à la discussion, ni à l’approbation de l’Assemblée Nationale Constituante. « Au cours de la séance du 24 avril 1956, s’est exprimée une tendance à élargir les pouvoirs de l’Assemblée, cependant celle-ci a accepté, sans le moindre murmure, un décret qui la met devant le fait accompli. Oubliant leur programme électoral, les membres de l’Assemblée se sont prêtés à la désignation des jurés, procureurs et instructeurs de la Haute Cour, sans provoquer le moindre débat sur l’opportunité d’une telle juridiction (…) qui représente en revanche un grave péril pour les libertés les plus élémentaires et pour l’union de la nation » ( L’Avenir de la Tunisie du 27 avril au 3 mai 1956). Un an plus tard, le 24 mai 1957, dans un premier procès, Salah Ben Youssef en exil fut condamné à mort par contumace, à Tunis, avec d’autres de ses partisans condamnés à des peines d’emprisonnement.
Le 3 octobre 1959, un nouveau procès est intenté à 123 Yousséfistes sur 128 qui furent reconnus coupables par la Haute Cour de justice de « complot visant à assassiner le Président de la République » : sept condamnés à mort et huit exécutés. Taïeb Zalleg, originaire du Nord-Ouest (Jendouba) est l’un des exécutés. La HCJ, écrit Debbasch, “ était destinée donc à réprimer les activités yousséfistes. Pour décourager toute nouvelle opposition de ce type et donner aux sanctions contre les chefs yousséfistes toute leur portée, une très grande publicité était donnée aux débats et aux condamnations ” retransmises à la radio et avec un haut-parleur à l’extérieur du tribunal. Salah Ben Youssef sera abattu d’une balle, le 14 août 1961, par deux hommes, dans une chambre d’hôtel à Francfort.
Bourguiba, dans une de ses conférences devant les étudiants de l’Institut national de presse et de sciences de l’information, le 15 décembre 1973 (reproduite dans L’Action du 19 décembre), relatera l’assassinat en évoquant les exécutants : deux Sahéliens en contact avec Zarg-el-Ayoun, homme de confiance de Bourguiba et député à l’Assemblée nationale.Bourguiba finira par cette phrase :
« J’ai demandé récemment à Hassen
Ben Abdelaziz de me présenter ces
deux volontaires pour les décorer en
récompense de leur geste qui a
débarrassé la Tunisie de cette vipère ».
Article publié à Réalités, Hebdomadaire tunisien, le 20-4-2006
Noura Borsali
20-04-2006- REALITES
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16 décembre 2008
Discours de Habib Bourguiba en 1973
Conférences données par Le Président Habib Bourguiba (12-10-1973)
bourguiba-Conference-12-10-1973-1.pdf
Conférences données par Le Président Habib Bourguiba (19-10-1973)
bourguiba-Conference-19-10-1973-2.pdf
Conférences données par Le Président Habib Bourguiba (02-11-1973)
bourguiba-Conference-02-11-1973-3.pdf
Conférences données par Le Président Habib Bourguiba (09-11-1973)
bourguiba-CONFERENCE-4-9-NOV-1973.pdf
Conférences données par Le Président Habib Bourguiba (16-11-1973)
Habib-bourguiba-Conference-5-1973.pdf
13:08 Publié dans Des documents à télécharger, La présidence à vie sous le Président Bourguiba, La répression de l’opposition en Tunisie, La Tunisie sous le Président Habib Bourguiba, Le culte de la personnalité sous Bourguiba, Tunisie, discours du Président Habib Bourguiba, Tunisie, les falleghas, ces oubliés de l’Histoire, Tunisie, les idéaux de l’indépendance trahis, Tunisie, l’assassinat de Salah Ben Youssef, Tunisie,procès politiques contre les youssefistes, Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : habib bourguiba tunisie, discours bourguiba 1973, conference bourguiba 1973, salah ben youssef bourguiba, blog sami ben abdallah
05 décembre 2008
Des livres rares sur le blog de Sami Ben Abdallah
Vendredi 5 décembre 2008
Le livre rare "Cristal" de Gilbart Naccache. Cliquez ICI
Le livre rare: "Lettre ouverte à Habib Bourguiba" de Mohamed Mzali. Cliquez ICI
A partir du Lundi 8 Décembre, vous pouvez lire sur le blog samibenabdallah.com l'intégralité de deux livres rares qui reviennent sur des pages méconnues de l'Histoire de la Tunisie (les deux livres seront intégralement mis en ligne sur plusieurs fois).
DEDICACE: je dédie ces deux livres à tous les jeunes de ma génération. Depuis enfant, on nous racontait la fable d'un Etat " moderne" et les bienfaits d'un père "Bourguiba" "père de l'indépendance" qu'on nous a décrit comme "éclairé". Le contenu de ses deux livres révèle des chapitres très douloureux de l'histoire de notre pays : la torture d’étudiants de l’extrême gauche et leur condamnation à plus de dix ans de prison, la fraude électorale, la censure…..
Ils nous ont menti...
Lettre ouverte à Habib Bourguiba
Lettre ouverte à Habib Bourguiba de Mohamed Mzali: écrit par l'ancien Premier ministre M.Mohamed Mzali alors exilé en France. Dans ce livre, Mohamed Mzali explique comment fonctionne le système politique tunisien: la fraude électorale sous Bourguiba, le culte de la personne, la censure, comment Bourguiba nommait les Ministres...
Cristal

Cristal de Gilbert Naccache: ancien dirigeant de la gauche tunisienne. Arrêté, emprisonné et torturé lors des grands procès politiques de l'extrême gauche entre 1967 et 1975, Gilbert Naccache revient sur les conditions de détention, la torture et l'extrême gauche tunisienne. Gilbert Naccache a écrit son témoignage en prison sur des papiers cigarettes tunisiennes Cristal, d'où ce titre...

Gilbert Naccache par les Editions du Cerfs:Tunisien, né en 1939, Gilbert Naccache a été l'élève de René Dumont à l'Institut national agronomique de Paris. Il a d'abord travaillé comme ingénieur agronome au ministère tunisien de l'Agriculture, avant que ses activités politiques d'opposant à Bourguiba ne lui valent en 1968 une lourde condamnation : il sera finalement libéré en 1979. Après sa libération, il travaille comme éditeur à Tunis. Il s'est installé en France en 2004.
De sa prison, il a sorti un roman qui donnera son premier livre, « Cristal », publié en 1982 à Tunis, et de nombreux autres écrits, sur différents sujets. « Le ciel est par-dessus le toit » en rassemble quelques-uns.
16:55 Publié dans Des documents à télécharger, La fraude électorale sous le Président Bourguiba, La maladie de Habib Bourguiba, la vérité interdite, La présidence à vie sous le Président Bourguiba, La répression de l’opposition en Tunisie, La Tunisie sous le Président Habib Bourguiba, Le culte de la personnalité sous Bourguiba, Le mouvement des Droits de l’Homme en Tunisie, Les procès politiques sous le Président Bourguiba, Tunisie, ces Ministres qui ne se rappellent plus d, Tunisie, la torture sous le Président Bourguiba, Tunisie, le jeudi noir, 26 janvier 1978, Tunisie, les émeutes du pain, Tunisie, les falleghas, ces oubliés de l’Histoire, Tunisie, les idéaux de l’indépendance trahis, Tunisie, les milices du parti au pouvoir, Tunisie, les procès des anciens Premiers ministres, Tunisie, l’assassinat de Salah Ben Youssef, Tunisie, procès politiques contre l’extrême gauche, Tunisie,procès politiques contre les islamistes, Tunisie,procès politiques contre les youssefistes, Tunisie:procès politiques contre les syndicalistes, Un livre à lire, Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gilbert naccache, cristal, mohamed mzali, lettre ouverte à habib bourguiba, torture tunisie, blog tunisie
19 octobre 2008
Un livre à lire: les deux livres de Samya El Machat "Le NATIONALISME TUNISIEN SCISSION ET CONFLITS 1934-1944" et " TUNISIE Les chemins vers l'indépendance (1945-1956)"
ISBN : 2-7475-2675-5 • juin 2002 • 262 pages
Prix éditeur : 22 € / 144 FF
Les chemins vers l'indépendance (1945-1956)
Samya El Machat
Prix éditeur : 24,4 € / 160 FF
07:38 Publié dans La Tunisie sous le Président Habib Bourguiba, La Tunisie sous le protectorat français, L’Histoire de la police politique en Tunisie, Tunisie, les falleghas, ces oubliés de l’Histoire, Tunisie, les idéaux de l’indépendance trahis, Tunisie, les milices du parti au pouvoir, Un livre à lire, Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, tunis, histoire, tunisien, tunisienne, samya, machat
03 octobre 2008
l'Histoire officielle faite de mensonges? Les fellagah: ces oubliés de l'histoire Tunisienne (3)
Blog de Sami Ben Abdallah www.samibenabdallah.com
Les fellaghas qui avaient vendu leurs biens pour acheter des armes et combattre le colonialisme, ont été oublié et n'ont eu aucune compensation pour leurs pertes, et sont resté dans la précarité. L'Indépendance de la Tunisie est proclamée en 1956, elle a été acquise de haute lutte. L'histoire de son acquisition pourtant perdure. Une certaine part de celle-ci n'est toujours pas révélée...
Entretien avec Amira Aleya Sghaïer : " La Tunisie n’est devenue indépendante que sous la pression des fellaghas "
Amira Aleya Sghaïer est historien, maître de conférence et responsable de l’Unité d’Etude et de Recherches Historiques à l’Institut Supérieur de l’Histoire du Mouvement national (ISHMN). Auteur de plusieurs études dans le domaine des " groupements politiques européens et du Mouvement National en Tunisie ", il consacrera la plupart de ses recherches à la lutte armée en Tunisie, publiées dans plusieurs revues dont Rawafid (de l’ISHMN), les Cahiers de Tunisie et la Revue d’Histoire Maghrébine (de l’Institut Temimi pour la Recherche), ainsi que dans trois ouvrages en arabe:" La Résistance armée en Tunisie de 1881 à 1939 par les textes " (en collaboration avec Adnan Mansar), Pub. de l’ISHMN, Tunis, 1997; " La Résistance armée en Tunisie de 1939 à 1956 par les textes " (en collaboration avec Adnan Mansar), Pub. de l’ISHMN, Tunis, 2004 et " La résistance populaire en Tunisie dans les années cinquante ", Sfax, Ira, 2004. Pour avoir un éclairage sur le mouvement armé des fellaghas qui a marqué les années décisives de l’histoire de l’Indépendance (1952-1956), nous lui avons posé ces questions auxquelles il a eu l’amabilité de répondre.Noura Borsali, REALITES,25/06/2006
00:05 Publié dans La présidence à vie sous le Président Bourguiba, La répression de l’opposition en Tunisie, La Tunisie sous le Président Habib Bourguiba, La Tunisie sous le protectorat français, L’Histoire de la police politique en Tunisie, Tunisie, la torture sous le Président Bourguiba, Tunisie, le Coup d’Etat de 1962, Tunisie, les falleghas, ces oubliés de l’Histoire, Tunisie, les idéaux de l’indépendance trahis, Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, fellagah, tunis, tunisien, tunisienne, blog, blogueur
l'Histoire officielle faite de mensonges? Les fellagah: ces oubliés de l'histoire Tunisienne (1)
Blog de Sami Ben Abdallah www.samibenabdallah.com
Les fellaghas qui avaient vendu leurs biens pour acheter des armes et combattre le colonialisme, ont été oublié et n'ont eu aucune compensation pour leurs pertes, et sont resté dans la précarité.L'Indépendance de la Tunisie est proclamée en 1956, elle a été acquise de haute lutte. L'histoire de son acquisition pourtant perdure. Une certaine part de celle-ci n'est toujours pas révélée...
MOHAMED BEN SAID : " Nous étions des résistants au service de notre patrie "
Mohamed Ben Saïd (dit Mohamed el Klibi), résistant originaire de Kélibia, a participé à la lutte armée qui eut lieu de 1952 à 1954, dans les Djebels du Sud comme ceux du Nord-Ouest.Il a mené, sous la direction de Lazhar Chraïti, les grandes opérations et batailles qui ont caractérisé la lutte des fellaghas jusqu’au 3 décembre 1954, date à laquelle, avec ses compagnons il remettra ses armes contre " el aman ". Rentré chez lui à Kélibia, il est intégré à la garde nationale. Il vient de publier, en 2006, un ouvrage intitulé " Meçira nidhaliya "(" Itinéraire militant, vérités sur les batailles de Kélibia et du Sud tunisien ")où il relate ces années de lutte pour la libération nationale. Noura Borsali.Réalités du 25-06-2006
00:00 Publié dans La répression de l’opposition en Tunisie, La Tunisie sous le Président Habib Bourguiba, La Tunisie sous le protectorat français, Le culte de la personnalité sous Bourguiba, Tunisie, les falleghas, ces oubliés de l’Histoire, Tunisie, les idéaux de l’indépendance trahis, Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, fellagah, tunis, tunisien, tunisienne, blog, blogueur
l'Histoire officielle faite de mensonges? Les fellagah: ces oubliés de l'histoire Tunisienne (2)
Blog de Sami Ben Abdallah www.samibenabdallah.com
Les fellaghas qui avaient vendu leurs biens pour acheter des armes et combattre le colonialisme, ont été oublié et n'ont eu aucune compensation pour leurs pertes, et sont resté dans la précarité. L'Indépendance de la Tunisie est proclamée en 1956, elle a été acquise de haute lutte. L'histoire de son acquisition pourtant perdure. Une certaine part de celle-ci n'est toujours pas révélée : Lazhar Chraiti, comme d'autres hommes, a été mis à mort en janvier 1963. A ce jour, les raisons et les circonstances de sa mort ainsi que le lieu de son inhumation restent inconnus.
Ce site (http://www.lazharchraiti.org/) est destiné à recueillir témoignages et autres informations afin que les événements durant cette période soient décrits et les faits reconnus. Alors seulement, la mémoire de ceux qui ont contribué à l'indépendance de la Tunisie pourra être honorée.
Le Lion des montagnes Arbat
Le Monde 1954 : Avis de recherche
LE GRAND CHEF
La tête de cet homme est mise à prix. Lazhar Chraïti est considéré comme le grand chef des fellaghas, deux millions de récompense sont promis à celui qui le capturera mort ou vif. Il a personnellement participé à plus de dix attaques contre des Francais. Et on le soupçonne d'avoir ourdi bien d'autres attentats : Signalement de Lazhar Chraïti : né à Amra près de Gafsa ; taille : 1 m . 68 : particularité : porte un point bleu tatoué sur le milieu du front.
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Tunisie : Fatma Riahi ( Fatma Arabica) Blogueur tunisienne a été arrêté. Actuellement, elle est en prison… Le combat pour la Liberté d’expression en Tunisie continue…
Avecla famille Larbi Hachim à Tunis. Mohamed Larbi Hachem paix à son âme était unesorte de père adoptif pour moi après la mort de mon père. 
France: seul face à 3 gendarmes à 2h du matin,Après 10 minutes de discussions, les gendarmes se décident d'établir un procès au poste.
Des tortionnaires de la police politique tunisienne auraient utilisé contre les Opposants de Gauche sous Habib Bourguibales mêmes méthodes que les américains avaient utilisées contre les Irakiens.
Le projet du Coup d’Etat islamiste du 8 novembre 1987
En prison, nous avons découvert la Tunisie moyenâgeuse : les caves, la tonte, les uniformes, les besoins faits à même le sol. Il y avait dans les caves des prisonniers quasiment aveugles qui étaient là depuis la répression du coup d’État de 1962. Nous avons aussi été privés pendant des mois des droits les plus élémentaires comme la visite des parents, la lecture et la correspondance ce qui nous a poussé à faire grève sur grève de la faim afin d’imposer aux geôliers le respect. « Le drame de la répression en Tunisie, c’est que tout le monde devient amnésique. Aujourd’hui, tous disent : « on ne savait pas ! ». C’est le comble du cynisme ! Je suis persuadé que, tôt ou tard, ce dossier s’ouvrira. Ce qu’il révélera sera terrible pour ceux qui croient aujourd’hui avoir échappé à la justice humaine. » . Noureddine Ben Kheder- ancien dirigeant de la gauche tunisienne, ancien prisonnier d'opinion (1936-2005) L'Hitoire interdite de la Torture en Tunisie, Témoignage d’Ahmed Othmani









