02 juillet 2009
Abdallah Amami: Son ouvrage rare sur les islamistes en Tunisie

Abdallah Amami est l'Ex Directeur de l'ATCE (Agence Tunisienne de Communication extréieure). Son ouvrage paru au début des années 1990 est actuellement introuvable et rare. Pourtant, cet ouvrage méconnu du grand public revient en détails sur le parcours politique d'En Nahdha et de Rached Ghannouchi.
La majorité du contenu de cet ouvrage est crédible d'autant plus que Salah Karkar (Ex Président d'En Nahdha) est revenu dans l'ouvrage de François Burgat " l'Islamisme au Maghreb" sur la tentative de Coup d'Etat organisée par En Nahdha.
Lisez des ouvrages et des documents sur la Tunisie. Ne pas lire nuit gravement à la santé et vous risquez d'être atteint de la bêtise, de la maladie de l'ignorance et de l'inculture.
Ne Soyez pas/ Ne devenez pas une « racaille » dixit Sarko






12:59 Publié dans Des documents à télécharger, La répression de l’opposition en Tunisie, La Tunisie sous le Président Ben Ali, La Tunisie sous le Président Habib Bourguiba, Tunisie,procès politiques contre les islamistes, Un livre à lire, Une page méconnue de l'Histoire de la Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : abdallah amami
25 juin 2009
Abdellatif Hermassi: l'Islamisme et l'Etat en Tunisie

J’invite tous ceux qui ont des articles ou des documents rares sur la Tunisie à les mettre en ligne et à les partager avec les autres.
Ci-joint l’article :
« l’Islamisme et l’Etat en Tunisie »,
auteur : Abdellatih Hermassi
paru dans la revue « l’homme et la société »
N°114, 1994/4. Pp 75-86.
Vous pouvez le télécharger sous format PDF sur le lien indiqué ci-dessous :
Abdellatih Hermassi l’Islamisme et l’Etat en Tunisie-1.pdf
24 juin 2009
Comprendre l’Islam politique en Tunisie

On ne peut pas discourir sur l’Islam politique en Tunisie ou l’apparition d’une tendance salafiste sans au moins comprendre le phénomène.
A cette fin, deux ouvrages de références s’imposent :
L’islamisme au Maghreb de François Burgat (paru en plusieurs Editions)
« Le syndrome autoritaire en Tunisie » (Editions Sc po, auteurs Vincent Geisser et Michel Camau), il s’agit des Chapitres 7. Du MTI à En Nahdha. Des Islamistes pas comme les autres (pp 267-314) et du chapitre 8 : « L’Université : Un champ politique de substitution ? » (pp 315-352). Ces deux ouvrages sont malheureusement « introuvables » en Tunisie.
Les travaux du tunisien Mohamed El Baki Hermassi (plusieurs de ses articles sont introuvables) . Exemple : « la société tunisienne au miroir islamiste », Mohamed El Baki Hermassi, Maghreb-Machreq monde arabe, N° 103, Mars 1984
et
Abdellatif Hermassi, exemple : article « l’islamisme et l’Etat en Tunisie » paru à la revue « l’Homme et la société » N° 114 (Editions l’Harmattan) 1994.
Pour comprendre la logique du pouvoir en Tunisie qui a motivé l’affrontement avec le parti Islamiste, il faut lire l’ouvrage de Sadok Chaabane, téléchargeable sur le site de « l’université virtuelle en Tunisie »
soit ce lien :
http://www.uvt.rnu.tn/livr
Quelques articles :
Le Mouvement de la tendance Islamique se compose selon François Burgat du
En Nahdha,
Au groupuscule appelé « parti de la libération islamique » : Il s’agit de la section tunisienne du parti (international) de libération islamique (PLI).
Au groupuscule appelé : « Le jihad islamique »
A un groupuscule « pro-iranien »,
A la Gauche islamique : « les islamistes progressistes (appelés aussi 15-21)
Sans avoir, au moins, lu ces documents, le débat public sur l’islam politique en Tunisie demeurera l’otage de clichés et de formules à l’emporte pièces qui témoignent de l’ignorance plus qu’autres choses et demeurera prisonnier du discours sécuritaire, d’un discours à relents « islamophobes » ( exprimé par une minorité de la gauche tunisienne qui joue les confusions entre les questions de la modernité, du féminisme et de l’islamophobie) et d’un troisième démagogique et fait de manipulations (exprimé par le parti islamiste En Nahdha. Exemple de démagogie, Rached Ghannouchi rappelle dans ses discours qu’En Nahdha n’a jamais répondu à la violence par la violence. Or, il suffit de lire l’islamisme au Maghreb par exemple pour lire les aveux de Salah Karkar, Président d’En Nahdha en 1987 qui en 4 pages donne des détails sur la tentative de Coup d’Etat qui était prévue pour le 8 Novembre 1987 ou lire l’Entretien de François Burgat avec Najmeddine Hamrouni, ex leader Estudiantin d’En Nahdha, qui reconnait la responsabilité d’En Nahdha dans l’attentat de Beb Souika survenu en 1991 ).
Il est significatif d’ailleurs que ces documents demeurent méconnus du grand public. Mais la majorité silencieuses qui son destin en main n’a pas à être l’otage de ces discours.
Ci-joint une petite présentation de ces groupuscules (Extraite de l’ouvrage « l’islamisme au Maghreb » de François Burgat pp 227 et suivantes) ainsi que deux articles vraiment rares sur l’islam politique en Tunisie. J’invite tous ceux qui ont des documents rares sur la Tunisie à les scanner et à les partager.
En Nahdha:
Lire les ouvrages de François Burgat, vincent Geisser et Michel Camau et celui de Sadok Chaabane pour comprendre la logique des uns et des autres.
Le Parti de la Libération Islamique (PLI)
Il s’agit de la section tunisienne du parti (international) de libération islamique (pli).actuellement dirigé par un a’lim [savant religieux] d’origine kurde, Abd Al Qadim Zalloum, le pli a été fondé en 1952 en Jordanie par le cheikh Taqui Eddine Nabhani, juge palestinien, adepte du rétablissement du califat, qui a été son principal théoricien. Comme Yassine et comme Ghannouchi, Nabhani reproche notamment aux réformistes du xix ème siècle d’avoir attenté au dogme pour plier l’islam aux règles de la modernité, au lieu de transformer à l’inverse la société moderne pour la plier aux règles de l’islam.
Sa stratégie prévoit pour le parti, considéré comme l’instrument politique privilégié dans cette conjoncture historique, trois grandes étapes :
- une phase de préparation et d’étude destinée à mettre au point la culture propre au parti.
- Une phase –qui est censée être celle que vit en ce moment le parti- d’interaction avec la société, qui doit peu à peu être gagnée aux principes fondateurs.
- une phase de conquête totale du pouvoir, une fois levées les résistances de la société civile.
Les adeptes tunisiens de ce programme, partiellement recrutés au sein de l’armée, ont fait depuis 1982, date probable de l’implantation du mouvement en Tunisie, l’objet de trois séries de condamnation. La plus récente est intervenue en mars1985, date à laquelle 34 membres de l’antenne tunisienne du parti, dont 19 militaires, ont été condamnés (en appel)à des peines d’emprisonnement (de 2 ans, pour les civils, à 8 ans pour les militaires) pour « appartenance à une association illégale à caractère politique ». le principal accusé était un professeur d’éducation physique du nom de Mohamed Jerbi, supposé avoir adhéré au pli dans les années 70 et être responsable de la section tunisienne. Parti de petits fonctionnaires peu enclins à la réflexion philosophique, le pli a, en Tunisie, la force tranquille de ses certitudes : « nous sommes le seul mouvement islamiste à disposer dés aujourd’hui d’une alternative (badil) complète », proclament les rares militants que la répression a –dans l’attente de la confirmation du jugement en appel- extraits de la clandestinité. « la promotion 1985 , plaisantent-ils avec leur visiteur, va rejoindre la promotion 1983 » (entretien avec l’auteur, Tunis-le bardo, août 1985]
Et, de fait, l’œuvre du juge palestinien Nabhani (notamment l’Etat islamique et la trilogie de l’organisation - sociale, politique et économique - dans l’islam) fourmille de « solutions » techniques aussi détaillées que péremptoires, toutes propres à rassurer le militant inquiet et lui permettre de faire la très séduisante économie de la réflexion. Sur leur programme tunisien, les membres du pli n’ont pas, hormis quelques tracts, signé une seule ligne d’analyse ; les implications concrètes de la mise en œuvre du projet politique se suffisent des analyses du cheikh fondateur, et rien, dans la réalité tunisienne, n’apparaît comme suffisamment spécifique pour en justifier un quelconque aménagement. Dans tous les cas, les militants renvoient donc le contradicteur ou l’adhèrent en phase de formation, aux généralités intangibles du cheikh.
Parti de la Libération Islamique
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Le 22 mars 1985
« Il y a parmi les croyants des hommes qui ont été fidèles au pacte qu’ils avaient conclu avec Dieu. Tel d’entre eux atteint le terme de sa vie ; tel autre attend, tandis que leur attitude ne change pas ».[ Sourate XXXIII, « Les factions », Verset 23, Trad. D. Masson.
Le Parti de la Libération est un parti politique. Son principe est l’islam, sa finalité le recommencement de la vie islamique, qui met en application les préceptes de l’islam et porte son appel dans le monde. C’est un parti qui invite tous les hommes à l’islam, à adopter ses conceptions et ses règles. Il s’appuie sur l’interaction avec la Umma pour parvenir à ses fins. Il combat la colonisation sous toutes ses formes et appellations, afin de libérer la Umma de sa domination et d’extirper ses racines culturelles, politiques, économiques et autres du sol des pays islamiques.
Ceux qui travaillent à concrétiser ces idées authentiquement islamiques dans la vie réelle avec sincérité et piété, cherchent ce faisant la satisfaction de dieu le très haut viennent d’être jugés : 48 jeunes gens du Parti de la Libération ont été condamnés à l’emprisonnement le 16 mars 1985, pour l’unique raison qu’ils ont tenté de sauver la Umma islamique des griffes des régimes qui (illisible).
L’Etat islamique, c’est-à-dire l’Etat du califat, tire sa légitimité de ce que dieu a imposé, dans sa loi divine, aux musulmans de la concrétiser afin que la Umma s’abrite sous l’étendard de l’islam et jouisse de la sécurité, de la justice et de la confiance.
O fils de la grande Umma islamique : les gouvernants de Tunisie, qui oppriment dans les prisons la jeunesse islamique, célèbrent ce qu’ils appellent par ailleurs la fête de l’indépendance.
Ce qu’ils fêtent, c’est (en réalité) la concentration des forces de l’impiété et du colonialisme sur le pays. Le colonisateur impie (kafir), lorsqu’il lui apparut clairement qu’il lui était impossible de rester ouvertement sur notre sol, avec son armée et les autres pouvoirs coloniaux, a changé sa manière voyante de faire en retirant ses forces matérielles et en installant à leur place sa culture, ses normes et ses conceptions de la vie. Il a fait des gouvernants, enfants de ce pays, les gardiens de cette culture, de ces normes et de ces conceptions, les gardiens des intérêts du colonialisme dans l’exploitation de ses richesses et de ses biens. Et il a donné à la Umma l’illusion de ces prétendues indépendances, tant en Tunisie que dans les autres pays de l’islam.
Pour cela, le Parti de la libération s’est levé et a pris en charge la mission de sauver la Umma islamique et de la faire sortir des ténèbres et de l’égarement vers la lumière de la voie guidée (droite) et le bonheur de la vie.
O fils de la grande Umma islamique ! levez-vous (..) pour écraser les régimes qui adoptent la culture de l’occident et appliquent ouvertement les règles de l’incroyance. agissez pour faire revenir les terres de l’islam aux règles de l’islam, pour rétablir l’Etat du califat.
« O vous qui croyez ! répondez à Dieu et à son prophète lorsqu’ils vous appellent à ce qui vous fait vivre » ( Sourate VIII, « Le butin », Verset 24, Trad. D. Masson)
Traduit par R. Jacquemont pou François BURGAT)
Le Jihad islamique
La tentation radicale a gagné également un petit groupe, comprenant notamment d’anciens membres du MTI qui s’est fait appeler jihad islamique et auquel la presse tunisienne a commencé à se référer dans le courant de l’année 1986 comme à « la bande de Sfax ». ayant opté pour la radicalisation après l’amnistie de 1984 et la confirmation par le congrès de novembre 1984de l’option légaliste du MTI , les membres du jihad islamique ont opéré quelques attaques ( une poste, un commissariat) de faible envergure. Kilani Ouachachi, lieutenant de l’armée tunisienne, Habib Dhaaoui, prêcheur connu de la région de Sfax, et A. lazreq, vieux militant nationaliste, ex-membre du MTI et collaborateur de la revue Al Maarifa, expatrié en Arabie saoudite et extradé vers la Tunisie, ont été arrêtés dans le courant de l’été 1986, condamnés à mort et exécutés à la fin du mois d’août après que le président Bourguiba eut rejeté leurs demandes de grâce.
Lazreq (plaide aujourd’hui Salah Karkar, successeur de Rached Ghannouchi à la tête du MTI de mars à novembre 1987), c’est notre frère. Mais il n’a pas accepté. Il est sorti. Ni Dhaoui ni Lazreq n’étaient des membres actifs. Ils n’avaient aucune responsabilité et n’étaient membres d’aucunes instance nationale , ni même régionale. Comme partout dans le monde, il y a des gens qui ne se contentent pas d’être la minorité. Ils laissent totalement la majorité, ils sortent. (entretien avec François Burgat)
Ce sont les membres de ce même groupe qui –évoquant la vengeance d’Habib Dhaoui, pendu un an plus tôt presque jour pour jour- ont revendiqué le plus sérieux des débordements violents de toute l’histoire du courant tunisien ; : la pose, le dimanche 2 août 1987, de bombes artisanales dans quatre hôtels de Sousse et Monastir, région natale du président à vie (Bourguiba). Bien qu’explicitement revendiqués, à deux reprises (notamment par une lettre au journal français libération), par le jihad islamique, les attentats qui furent plus de dix blessés, dont l’un dut être amputé d’un pied, servirent à cautionner l’intensification de la répression contre le MTI. Moins d’une dizaine de jours après, au terme d’une enquête de police particulièrement brutale, l’un des membres du groupe, Mehrez Boudagga, a été arrêté. Condamné à mort au grand procès de septembre 1987, il a été exécuté le 8 octobre en même temps que Boulbeba Dekhil, auteur d’un vitriolage sur la personne d’un membre du PSD (Parti Socialiste Destourien, l’ancêtre du RCD, Rassemblement Constitutionnel Démocratique) qui l’avait à plusieurs reprises dénoncé à la police. La plupart des membres du jihad islamique étant encore en liberté, y compris les poseurs de bombes eux-mêmes (Boudagga les avait seulement fabriquées et n’était donc légalement passible que d’une peine d’emprisonnement) le groupe pourrait très vraisemblablement continuer à recruter sur l’aile radicale du MTI.
Quelques individualités du courant central du MTI ont également été mêlées à des actions sans doute commanditées par Téhéran, bien que les preuves formelles fassent encore défaut aujourd’hui. Fouad Ali Salah, arrêté en mars 1987 par la police française et impliqué dans les attentats parisiens de septembre 1986 (il aurait recelé certaines des bombes utilisées à cette occasion), avait gravité dans la mouvance du groupe islamiste, même si les représentants actuels du MTI cherchent à minimiser la portée de cette encombrante filiation en soulignant qu’il « fréquentait des locaux islamistes, mais n’y exerçait aucune forme de responsabilité ». Né à paris le 10 mai 1958, il a passé toute son enfance à Tunis, où il séjourne quelques mois avant de s’installer à paris. C’est vraisemblablement à cette époque qu’il se lie avec l’iranien Vahid Gorgi et le franco- libanais Mohamed Mohajer. Dans le courant de l’année 1983, i décroche une bourse d’étude pour l’université de Qom et repart pour l’Iran, où il suit un cursus de formation religieuse. Mais le séjour iranien tourne court : pour des raisons que véronique brocard , qui a patiemment reconstitué l’itinéraire du jeune militant ( véronique brocard, libération, 17 mars 1988), ne puis expulsé vers (ou extradé à ?) paris ; quelques mois plus tard, en compagnie de l’un de ses amis, Mohamed Aroua, un restaurateur lui aussi d’origine tunisienne, il y est pris en flagrant délit de transport d’explosifs.
Les filières iraniennes
La gauche islamique ou l’utopie de la (ré) conciliation (15/21)
à l’opposé de ces excroissances radicales, le débat interne au Groupe Islamique a débouché sur la Constitution d’une tendance dite « islamistes progressistes » (al islamiyoun at taqadoumiyoune) après la démission de toute une série de membres du cercle dirigeant et au terme de prés de quatre années de gestation dans le cadre d’une Jemaa distincte de celle du futur mti. La mouvance progressiste ne paraît pas avoir été capable de mobiliser une base militante en mesure de concurrencer sérieusement le mti sur ce terrain. Inspirée notamment par les thèses du philosophe égyptien Hassan Hanafi, elle s’est surtout exprimée depuis 1982 par le biais d’une revue, 15/21, titrée en référence aux calendriers hégérien et grégorien. L’ambition de ses animateurs, dont Hmida Enneifer et Slah Eddine Jourchi sont les plus connus, est de concilier les deux époques : « de se demander explique, Enneifer, comment on peut être musulman aujourd’hui ». membres fondateurs du groupe islamique , Hmida Enneifer et Slah Eddine Jourchi ont été successivement tous deux rédacteurs en chef d’Al Maarifa avant de se separer, à un an d’intervalle, de Rached Ghannouchi et d’Abdelfattah Mourou. Hmida Enneifer, descendant d’une lignée prestigieuse d’Ulema zitouniens dont, sans avoir reçu la formation, il a conservé le penchant elitiste, a, tout autant que son travail d’orientation, apporté au courant la respectabilité et la caution de son nom. Slah Eddine Jourchi, d’extraction plus modeste, s’est imposé par sa seule présence intellectuelle. Tous deux ont joué les intermédiaires avec le noyau dur du mti, où Slah Eddine Jourchi a su conserver longtemps une certaine crédibilité. L’un comme l’autre se sont pourtant heurtés dans des circonstances voisines à l’autoritarisme montant de Rached Ghannouchi et à la relative rigidité de son engagement politique. Abdelfattah Mourou, l’avocat tunisois (plus jeune de huit ans) qui fait fonction de secrétaire général du bureau du mouvement, et « pourrait devenir un Bazargan », comme dit de lui Sklah Eddine Jourchi, c’est-à-dire, « un homme religieux mais tout de même libéral », a su se montrer sensible aux interrogations qui traversent depuis la moitié de la décennie les têtes pensantes du courant. Rached Ghannouchi, même s’il sait offrir à ses visiteurs un abord cordial et, à certains égards,, plus chaleureux que celui d’Abdelfattah Mourou, a la réputation –seulement partiellement justifiée- d’être plus intraitable et plus harfi, c’est-à-dire plus « littéraliste », ou – dans la seule acception étroite que l’on a suggéré pour le terme- plus « intégriste ».
Alors que Hmida Enneifer quitte le courant autant par crainte d’assumer les conséquences de sa radicalisation que par suite de ses divergences idéologiques, le départ de Slah Eddine Jourchi et, progressivement, de plusieurs intellectuels du groupe (dont Abdelaziz Temimi et Kamel Younes, qui fonderont une très éphémère tendance des indépendants ») confirme qu’un malaise s’est instauré dans le courant original et qu’un processus de diversification est en cours. Plusieurs documents attestent de la profondeur du différend qui se noue peu à peu et va donner en 1982 à la tendance des «progressistes » sa spécificité.
Quoique elle-même traversée de courants hétérogènes (dont Zyed Krichen, journaliste à l’hebdomadaire Errai, représenterait l’aile « gauchiste », la plus proche d’Hassan Hanafi) d’où un certain radicalisme n’a pas toujours été absent, la gauche islamique construit sa différence sur le refus, qu’elle va peu à peu théoriser, de se poser en alternatives gouvernementales ; elle préfère concentrer son action sur le renouvellement doctrinal du courant, et s’éloigne ainsi de la scène strictement partisane pour se replier sur la société civile. Cette démarche est précisément celle d’Hassan Hanafi, qui milite pour réconcilier, selon ses propres termes, « la légitimité révolutionnaire de la gauche et celle, historique, du peuple et de l’islam ».
Hmida Enneifer
(Entretien avec l’auteur, Tunis-Beni Khiar, julllet 1985)
(Suite)
En 1952, je me suis enflammé pour la révolution. Il y avait en moi, comme chez tout le monde, deux exigences de légitimité tout à fait authentiques : l’islam, l’islam politique et militant, et la révolution. En moi, il y a toujours ce conflit entre deux légitimité : la révolution et la révélation. Le présent et mon histoire. Je ne peux sacrifier l’un à l’autre. et bien, le mouvement de la gauche islamique est peut-être le seul espoir de combler le vide entre ces deux légitimités…, entre les laïques et les fondamentalistes. Au Caire, sur une classe de cent étudiants il y en a cinq qui sont fondamentalistes, peut-être dix. Il y en a cinq qui sont libéraux, nasséristes et marxistes. Maintenant un peu moins, disons trois. Mais les quatre-vingt-cinq autres, ils sont en attente. Ils ne sont pas contents du discours des fondamentalistes, ils ne sont pas contents non plus du discours des laïques, peu importe qu’ils soient socialistes, marxistes, libéraux ou nationalistes…ils sentent que le discours islamiste a un droit de jure, mais pas de facto. Ils ont le sentiment que le courant laïque progressiste a un droit de facto, mais pas de jure. Et moi, c’est là que je voudrais intervenir, c’est là que je voudrais apporter l’identité entre le de jure et le de facto.
Dans ma classe, on trouve le barbu et le marxiste, le socialiste et le nationaliste : ils ne s’excluent pas, ne se calomnient pas, chacun respecte l’autre. de temps en temps, on me qualifie d’opportuniste et l’on me demande dans quel camp je suis. Je réponds que ça n’est pas une question de camp[..]. on ne sait pas assez ce que c’est la synthèse.., la gloire des synthèses. L’islam, c’est la raison et la nature…platon et aristote, au fond, ne représentaient que les deux faces d’une même réalité : la raison et la nature, l’idéal et le réel, l’au-delà et l’en-deça, l’esprit et le corps, dieu et le monde… celui qui me classe dans l’un seulement, c’est quelqu’un qui vit encore dans la psychologie de guerre, et ce n’est pas la mienne.(7)
Tout en gardant sa vocation à intervenir dans le champ politique («c’est nous-mêmes, insiste Slah Eddine Jourchi, qui avons théorisé la nécessité de venir au politique : qu’on regarde bien tous les textes écrits et on le verra »), la tendance progressiste opère donc, en renonçant à la filière partisane, une rupture majeure dans le paysage islamiste. L’analyse qui détermine un tel changement est formulée aujourd’hui en ces termes par Hanahi, dont le constat oscille entre la reconnaissance de l’inefficacité de l’action vis-à-vis de l’Etat (c’est-à-dire, dans un premier temps, contre lui) et de son impossibilité, au moins conjoncturelle, compte tenu du rapport des forces en présence :
Que vous soyez un jeune officier libre ou frère musulman, au fond, vous participez de et plusieurs prétendants : le conflit est inévitable. Et qui est le plus fort ? l’Etat, l’armée, la police ou l’opposition des frères musulmans ? c’est pourquoi, pour moi, la lutte contre l’Etat et le pouvoir politique est une voie sans issue. Disons que je me considère comme un la même mentalité, qui est la suivante : on ne peut pas changer la société sans le pouvoir politique. Comme si, sans l’état, sans régner, c’est-à-dire par des idées, des discours, des prédications, on ne pouvait rien faire, [et qu’il fallait] le pouvoir, les décrets [..], ce qui n’est pas la voie islamique, car l’islam n’a pas eu un Etat…l’Etat est ultérieur…[il y a eu] ce que l’on appelle politiquement la mobilisation des cadres, puis la mobilisation du peuple…l’Etat n’est venu qu’après, comme le Mekki avant le Madani dans les sourates du Coran.
Il y a un seul pouvoir frère musulman qui, au lieu de commencer par le haut, commencerait par la société civile[..].non, je n’exclus pas le politique. Mais le politique, c’est pour moi la culture politique. C’est ça l’idée ; car l’idée n’est pas une idée vide, c’est une idée ayant un contenu réel. La politique, c’est la culture politique, et la culture politique, c’est le défi de l’autre. peut-on établir un dialogue avec vous ? avons-nous une perception commune de la réalité ? il y a une belle femme et deux prétendants. Alors, va-t-on se battre ou établir le dialogue ? l’opposition contre le pouvoir politique, c’est un shama qui ne mène nulle part. et l’opposition secrète avec l’espoir de pouvoir peut-être prendre le pouvoir, c’est encore un schéma qui ne mène nulle part. car les yeux de l’état sont partout. Même si je suis complètement silencieux…, cela sera écouté ! alors, pourquoi se mettre dans une impasse…, si je suis historiquement légitime et que je ne suis pas prétendant au pouvoir… ?
Moi, je voudrais bien que la révolution ne soit pas trahie, qu’elle dure, qu’elle ait une permanence. Dans ma tête, j’ai l’expérience de Nasser et de Mohamed Ali ? l’armée était forte, l’état était fort, il y avait eu l’expansion en Syrie, en Arabie saoudite, au Soudan, la levée contre les pouvoirs occidentaux… qu’y avait-il de plus glorieux que le nassérisme… ? Réforme agraire, tiers monde, industrialisation, éducation libre, unité arabe, socialisme…pourquoi avons-nous le souffle si court ? pourquoi nos fusées n’oint-elles pas été capables de percer l’atmosphère ? parce qu’on veut bien faire la politique, mais en la concevant [seulement] comme un changement du pouvoir. Moi, je ne veux pas faire de la politique dans ce sens-là. Je veux préparer les mentalités, ce que j’appelle la culture des masses. Pour être susceptible de recevoir la révolution sans être trahi. On peut changer le pouvoir politique, on peut changer les structures sociales, mais la culture des masses demeure conservatrices :j’entends par là qu’elles restent prêtes à accepter la dictature, que ce soit par des officiers libres ou par un clergé. Pour moi, la révolution française ne s’est pas faite le 14 juillet 1789 mais avant. C’est voltaire qui l’a faite, les encyclopédistes…, les lumières….si l’on fait la révolution sans lumières…. De quelle garantie dispose cette révolution.. ? de l’avant garde…mais l’avant garde mourra…elle serra renversée par un pouvoir fort…(18)
Pour les nouveaux venus sur la scène tunisienne, la solution ne se trouve pas non plus, au moins conjoncturellement, ni dans la confrontation avec le pouvoir, ni même dans la participation au jeu pluraliste : « c’est là quelque chose d’essentiel », confirme Slah Eddine Jourchi (19), qui a théorisé sur la scène tunisienne un retour à l’action civile auquel le mti lui-même n’est pas resté insensible :
Jusqu’à aujourd’hui, nous ne souhaitons pas constituer un parti. Nous ne visons pas une participation directe à la vie politique. Nous ne pensons pas que ce soit là que se trouve le commencement. Nous pensons qu’il faut d’abord opérer la reconstruction de la société civile. Nous pensons que le véritable mouvement révolutionnaire, c’est celui- qui transforme la société civile. Le problème du mti est d’être entré dans l’action politique sans avoir une base doctrinale réelle. Le dernier exemple qu’il en a donné est peut-être celui du code du statut personnel. Le mti s’est déclaré opposé au statut personnel et a demandé un référendum sur la question. Mais malgré cela, lorsqu’il a posé la question et a dû faire face à une violente réaction d la plupart des milieux, il s’est rétracté. Pourquoi s’est-il rétracté ? parce qu’il a pris une position sans l’avoir placée dans un cadre idéologique qui lui permette de la justifier et de la défendre.
Nous voulons d’abord revoir tout cela. Nous voulons revoir toutes ces questions, les approfondir, et après seulement, lorsque nous aurons des bases théoriques, il sera peut-être possible de passer à l’étape suivante et d’étendre ces questions à l’action politique et civile directe.
Voilà le premier point. Le second, c’est que, peut-être pour la première fois à l’intérieur de la pensée islamique, nous avons posé un problème. Ce problème est le suivant : qu’est ce qui vient d’abord, l’état ou la société ? on a observé que l’état, dans l’histoire de l’islam, est le résultat de conditions sociales, économiques ou géographiques, et que son influence était limitée. Sa compétence se limitait à l’armée, à l’ordre public, à la souveraineté. Mais de nombreux domaines étaient libres de toute intervention étatique : l’enseignement, l’économie…comme résultat, notamment de la révolution industrielle, l’état s’est développé. en occident, il existait toutefois des institutions qui permettaient de lutter contre cette présence envahissante de l’état ; chez nous, ces institutions n’existent pas. la société s’est trouvée seule face à un état particulièrement fort, qui, comme il contrôlait la communication, l’économie, l’enseignement, la planification, etc, est devenu ainsi en quelque sorte la base, et la société sa dépendance. En Tunisie, lorsque le président de la république s’exprime, il parle comme s’il avait lui-même créé la société. C’est sa société. Je pense que les intellectuels ont des désaccords avec le PSD, mais ils s’accordent sur un point, à savoir que l’état est préalable à la création d’une société moderne, à la transformation totale de la société. nous, nous pensons que c’est à la fois une erreur et un danger. Une erreur, parce que les changements véritables ne viennent pas de l’état. lorsque l’état opère des changements, des changements par le haut, ces changements sont temporaires, ponctuels. Ils n’ont pas de continuité historique. alors que les changements historiques sont ceux qui s’imbriquent dans la société, qui résultent d’un choix, d’une conviction de la société. prenons un exemple simple : le code du statut personnel. Nous croyons que c’est un objectif très important. A l’heure actuelle, trente années après sa promulgation et son application, interrogez la population tunisienne,[…] nombreux sont ceux qui ne sont pas satisfaits de ce statut et considèrent qu’une partie des problèmes de la société tunisienne y sont rattachés.
Pourquoi ? parce qu’il y a eu une décision politique d’en haut…Bourguiba, dans tous ses discours, lorsqu’il parle du code du Statut personnel, l’évoque comme un cadeau, comme si c’était une dette de la société à l’égard de l’état et de sa force. Nous, nous croyons que le vrai changement et celui qui va dans le sens de la reconstitution de la société civile. De sorte qu’elle soit capable de lutter contre n’importe quel état, fut-il islamique.
C’est pour cela que l’on prône d’abord une révolution culturelle : c’est l’élément essentiel de la reconstruction de la conscience de la société, et de la restructuration de cette société. dans le passé, la société avait des cadres : les tribus, des zaouias, des familles élargies ; les mosquées jouaient un rôle d’encadrement important. Aujourd’hui, il n’y a plus rien.
Je crois qu’il y a encore un autre point qui nous différencie du mti [ nuance Enneifer], c’est cette notion de continuité historique que le mti se refuse de prendre en compte. Et c’est pour cela que l’on diverge sur un point essentiel : il y avait [avant la naissance des mouvements islamiques] des acquis que l’on ne peut pas ignorer et que le MTI refuse de prendre en compte. Ils emploient d’ailleurs un terme qui est très significatif : ils disent souvent et peut-être l’ont-ils écrit, que « tout cela est arrivé », fi ghaflat min az zamane…cela veut dire que le temps « s’est endormi ». ces messieurs-là , le colonialisme et ses valets ; comme ils disent, sont arrivés, et c’est « comme si le temps s’était endormi ». c’est ridicule, cette façon de voir le monde et son évolution. Quand, en guise d’histoire, on évoque ghaflat min az zamane, « l’endormissement du temps », on ne peut plus analyser, on ne peut plus voir les étapes [..] or, il y a des acquis, dans cette période-là, que nous ne pouvons pas ignorer…, que nous, nous considérons comme des acquis et que le mti ignore…par exemple, le problème du statut personnel. Il y a des points vraiment, où il est aberrant de dire qu’il ne s’agit pas d’acquis. quand on enseigne aux filles et aux garçons, il est normal que la fille, le lendemain, ne puisse plus accepter la supériorité de l’homme sur elle… et il en va de même sur la liberté de changer de religion, dont on vient de débattre à la ligue tunisienne des droits de l’homme. il est difficile de dire que, parce que mon père était musulman, je dois l’être. ça provient de cette même façon de voir. même sur le plan religieux, ce ‘est pas juste. Lorsque le prophète est arrivé à médine, il a trouvé certaines familles qui s’étaient converties au judaïsme. Leurs pères ont demandé à Mahomet s’ils avaient le droit d’exiger de leurs enfants qu’ils reviennent sur leur judaïsme pour rejoindre le camp des musulmans. Le prophète a dit non, cela n’a rien à voir. Si vous, les pères, vous êtes devenus musulmans, c’est votre affaire, votre foi. Eux, ils ont choisi avant mon arrivée à médine le judaïsme. S’ils découvrent un jour qu’ils doivent changer, ils changeront. Mais vous n’avez aucun droit à les contraindre.
La question se pose dans les mêmes termes pour la polygamie. Si on se place au niveau de la religion islamique, la polygamie a été tolérée par le prophète. Mais il faut revenir un peu en arrière. Avant l’arrivée du prophète, l’homme avait en Arabie la possibilité d’épouser autant de femmes qu’il voulait. Dix ou plus, cela n’importait pas. dans une société qui avait toujours besoin d’enfants pour se défendre, ou faire la guerre, ils avaient besoin de plusieurs femmes pour avoir beaucoup d’enfants. cela se comprenait très bien. En arrivant, l’islam a dit : on ne va pas laisser les choses ainsi. Il ne pouvait faire un changement radical, total. Il a dit : « écoutez, il n’y a désormais de possibilités que quatre. » et puis, même s’agissant de ces quatre-là…, il faut considérer l’obligation d’équité dans le traitement. Si on lit ce texte religieux, on voit très bien e changement de cap complet. La femme n’est pas un objet sexuel. Elle est l’égale de l’homme sur le plan humain. C’est fondamental. Et puis, par la suite, il a dit, on va procéder par étapes. il a exprimé une vue générale, puis vient la réalisation de cette vue générale. Cela, le mti ne l’admet pas. pour eux, « il y a le texte qui te permet de te marier », un point c’est tout : tout l’esprit harfi[litteraliste](20)
Faisant des recherches dans plusieurs librairies en France, j’ai pu retrouver cet article que je partage avec les lecteurs :
Il s'agit de l'Entretien de François Burgat avec Hmida Enneifer, un des animateurs de la tendance de la gauche islamique (15/21)
Vous pouvez télécharger cet article rare sous format PDF sur ce lien:
http://www.sendspace.com/f
Pour comprendre la logique du pouvoir en Tunisie qui a motivé l’affrontement avec le parti Islamiste, il faut lire l’ouvrage de Sadok Chaabane, téléchargeable sur le site de « l’université virtuelle en Tunisie »
soit ce lien :
http://www.uvt.rnu.tn/livr
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28 janvier 2009
Lettre ouverte à Habib Bourguiba, Président de la république tunisienne par Mohamed Mzali (15)
Partie 15. Lettre ouverte à Habib Bourguiba : Président de la République Tunisienne. Par Mohamed Mzali, ancien Premier ministre.Lire la suite.
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14 janvier 2009
Lettre ouverte à Bourguiba, Président de la République tunisienne. Par Mohamed Mzali, ancien Premier Ministre(13)
Partie 13. Lettre ouverte à Bourguiba, Président de la République tunisienne. Par Mohamed Mzali, ancien Premier Ministre.Lire la suite
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28 décembre 2008
Lettre ouverte à Habib Bourguiba (partie 7)
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27 décembre 2008
Lettre ouverte à Habib Bourguiba (partie 6)
Samedi 27 Décembre 2008
Tunisie, la torture sous Habib Bourguiba et sous Tahar Belkhodja (Extrait de Le Monde Diplomatique, Décembre 1975. Source, le CD contenant les archives du Monde Diplo depuis 1973.SBA vous recommande d’acheter ce CD qui coûte 45€. ICI.
Interrogé sur les conditions de détention des « politiques » (« Mais il n’y a pas de détenus politiques ! »), et les tortures qu’ils ont subies, Tahar Belkhodja, le ministre de l’intérieur, ne refuse pas de répondre : il nie. En bloc et systématiquement (…)le ministre ne voit dans nos questions que l’« écho de campagnes mensongères ». Lui rappelons-nous qu’une organisation aussi pondérée qu’Amnesty International a porté la Tunisie – comme le Chili – sur la liste des gouvernements tortionnaires, Tahar Belkhodja repousse d’un geste méprisant cette accusation : « Amnesty International ? On sait ce que c’est. Des individus qu’on recrute, ici et là, sur on ne sait quels critères, et qui écrivent n’importe quoi. »… C’est aussi, d’après le ministre, ce que font les avocats – « ces étrangers, qui débarquent en pleine audience sans s’annoncer, portent atteinte à notre indépendance et s’étonnent d’être expulsés » – et les médecins. L’un d’eux, pourtant, a examiné M. Cantal-Dupart, expert de l’UNESCO, torturé dans les locaux de la D.S.T., puis dans des villas spécialisées, Mabrouk-I et Mabrouk-II, à quelques kilomètres de la capitale. Mme Maria Heichert porte encore, elle aussi, des traces de sévices : « Allons donc! s’exclame le ministre. Une fois à l’étranger, ces gens-là racontent ce qu’ils veulent ; ils jouent aux martyrs. »
(…)
De nombreux rapports d’avocats en font foi : qu’ils s’agisse des témoignages de Me Roland Kaufman, mandaté à Tunis par la Ligue suisse des droits de l’homme, de Me Moritz Leuenberger, au nom de la Fédération internationale des droits de l’homme, de Me Ch. Bouchet, pour l’Association internationale des juristes démocrates, ou de Me J.-J. de Félice, refoulé dès son arrivée, tous dénoncent la parodie de justice qu’ils ont pu observer.
Généralement inculpés d’appartenance à une organisation illégale (le plus souvent, « Perspectives », d’extrême gauche), d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de diffusion de fausses nouvelles et d’incitation à la rébellion, les accusés n’ont, en réalité, commis qu’un seul crime : exprimer à voix haute, ou par écrit, des opinions contraires aux positions officielles.
Détenus plusieurs mois par la police – il n’y a pas de délai légal de garde à vue -, torturés, défendus par des avocats qui ne prennent connaissance du dossier que vingt-quatre ou quarante-huit heures à l’avance, ils sont condamnés avant d’être entendus. Envoyés – les plus durs – au bagne de Borj-Roumi, près de Bizerte, où les conditions de détention sont telles (cellules à 20 mètres sous terre, nourriture putréfiée) qu’ils sont tous atteints de maladies, ou jetés en prison, ils peuvent parfois être graciés – à condition d’écrire au président de la République une lettre de pardon ; la plupart s’y refusent.
(.)
Cette «agitation » ne laisse pas indifférente la population. Souvent indignée par la violence des matraquages policiers – les BOP (Brigades de l’ordre public) se recrutent parmi les ex-« enfants de Bourguiba », orphelins élevés dans des institutions de charité, et entièrement dévoués à leur « père » -, de simples gens n’hésitent pas à cacher des jeunes que la police poursuit. Bien des familles sont également touchées par la suppression d’une bourse qui les faisait vivre, et constatent, en rendant visite à leur fils de dix-huit ans, que les prisons n’accueillent pas que des truands. Derrière l’image pâlissante du leader, les citoyens découvrent peu à peu la réalité de l’Etat et, dans les filigranes d’un sourire qui s’estompe, la sombre menace de la répression. L'article du Monde Diplo de 1975. Partie 1. Cliquez ICI. Partie 2. Cliquez ICI
Mohamed Mzali, ancien Premier ministre sous Habib Bourguiba revient dans son célèbre livre « Lettre ouverte à Habib Bourguiba » (livre rare) sur le fonctionnement du « système » politique sous Habib Bourguiba : le Palais, la police, la censure de la presse et ce qui se dit dans les conseils ministériels…
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20 décembre 2008
Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Mohamed Mzali, ancien Premier ministre(5)
Samedi 21 Décembre 2008
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19 décembre 2008
Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Mohamed Mzali, ancien Premier ministre(4)
Vendredi 19 Décembre 2008
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18 décembre 2008
Lettre ouverte à Habib Bourguiba par Mohamed Mzali, ancien Premier Ministre (3)
Jeudi 18 Décembre 2008
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Autopsie de la fraude électorale en Tunisie. Les Elections de 1981.Cliquez ICI Comment ils ont assassiné Salah Ben Youssef.Cliquez ICI La maladie de Bourguiba, Un secret d'Etat, la vérité interdite.Cliquez ICI
Lettre ouverte à Habib Bourguiba ( partie 1): de la page 9 à 20.Cliquez ICI
Lettre ouverte à Habib Bourguiba (partie 2): de la page 21 à 31. Cliquez ICI
Lettre ouverte à Habib Bourguiba (partie 3). Cliquez sur "Lire la suite"
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Tunisie : Fatma Riahi ( Fatma Arabica) Blogueur tunisienne a été arrêté. Actuellement, elle est en prison… Le combat pour la Liberté d’expression en Tunisie continue…
Avecla famille Larbi Hachim à Tunis. Mohamed Larbi Hachem paix à son âme était unesorte de père adoptif pour moi après la mort de mon père. 
France: seul face à 3 gendarmes à 2h du matin,Après 10 minutes de discussions, les gendarmes se décident d'établir un procès au poste.
Des tortionnaires de la police politique tunisienne auraient utilisé contre les Opposants de Gauche sous Habib Bourguibales mêmes méthodes que les américains avaient utilisées contre les Irakiens.
Le projet du Coup d’Etat islamiste du 8 novembre 1987
En prison, nous avons découvert la Tunisie moyenâgeuse : les caves, la tonte, les uniformes, les besoins faits à même le sol. Il y avait dans les caves des prisonniers quasiment aveugles qui étaient là depuis la répression du coup d’État de 1962. Nous avons aussi été privés pendant des mois des droits les plus élémentaires comme la visite des parents, la lecture et la correspondance ce qui nous a poussé à faire grève sur grève de la faim afin d’imposer aux geôliers le respect. « Le drame de la répression en Tunisie, c’est que tout le monde devient amnésique. Aujourd’hui, tous disent : « on ne savait pas ! ». C’est le comble du cynisme ! Je suis persuadé que, tôt ou tard, ce dossier s’ouvrira. Ce qu’il révélera sera terrible pour ceux qui croient aujourd’hui avoir échappé à la justice humaine. » . Noureddine Ben Kheder- ancien dirigeant de la gauche tunisienne, ancien prisonnier d'opinion (1936-2005) L'Hitoire interdite de la Torture en Tunisie, Témoignage d’Ahmed Othmani








